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Récits de différentes parties de pêche, en France et ailleurs.

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Le carnassier : journée de pêche ordinaire

  Depuis quelques jours, la pêche au carnassier est ouverte . Pour moi, toutes les pêches ont bon goût ! Il me faut donc faire le plein de vifs : pêcher aux leurres est une chose, mais si, de l'autre côté, je n'ai pas une canne posée , la pêche n'est pas complète !

  Equipé d'une canne à coups légère, avec une boîte de petits plombs et un paquet d'hameçons n° 20 dans la poche, me voilà parti récolter quelques petits poissons entre les rochers de la rivière du coin. Avec des petits asticots rouges et un peu de pâte pour amorcer...

  En fait, j'ai une grande envie de retouner sur le lac où j'ai fait de si belles pêches, l'automne dernier. Savoir ce que ça va donner au printemps, c'est une autre histoire ! Je dois donc prévoir des petits vifs de 8 à 9 cm, pour d'éventuelles perches, et quelques uns un peu plus gros pour des sandres potentiels !

  En deux heures j'ai largement fait le plein : une ciquantaine de petits chevesnes, gardons, ablettes et même goujons.Le seau à vifs est bondé. Faut retouner vite à la maison avant d'avoir un paquet de ventres en l'air. Vite mais pas trop : par les temps qui courent il faut préserver son permis de conduire pour pouvoir continuer à vadrouiller de lacs en ruisseaux... Le vivier, dans le sous-sol de la maison, est prêt. Une simple caisse avec couvercle, achetée dans un magasin à bibelots (chez nous, on dit "magasin à couillandres" !) et deux pompes en permanence pour oxigéner l'eau. Capacité : 180 à 200 litres.

   Et les vifs vont rester là pendant de longues journées : il fait un temps de cochon ! Beaucoup de pluie. Ce qui fait que la partie projetée avec mon copain C... tombe...à l'eau ! Pour les  conserver, pas trop de problèmes : l'eau ,dans le sous-sol est à une température correcte et  constante ; pour les nourrir : des flocons pour poissons rouges .

   Quelques jours plus tard, la méteo annonce une belle après-midi pour le lendemain, suite à une matinée de queue d'orages. Je ne veux pas partir tôt : je prends le camping-car et je pourrai rester une ou deux nuits sur place. Le camping-car et la barque. Douze mètres sur des petites routes de montagne.Ca va faire râler pas mal de monde derrière moi. Mais quand les voitures suiveuses se font trop nombreuses, je me colle sur un emplacement  au bord de la route et laisse passer la meute !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Entre huit heures et dix heures, c'est la grande hésitation : faire confiance à la météo ? D'accord, mais il tombe des cordes. Finalement, comme tout est prêt, remorque attalée, vifs embarqués, cannes dans les soutes, je décide de partir. Je pense à mon voisin, pêcheur également, qui me voit peut-être décoller, avec tout mon matos, derrière mon essuie glace vitesse plein pot ! Mais un pêcheur, ça n'a rien de rationnel, et quand on a décidé... Après vingt kilomètres dans mon bocal, avec de l'eau tout autour, j'arrive... dans les nuages ! Avec un peu de chance, quand j'aurais pris 500m de plus en altitude, j'arriverai au dessus, sous un grand soleil... Après tout, la méteo n'a pas dit à quelle altitude tombait la pluie ! Et petit à petit le miracle se produit : le temps se lève comme l'on dit. Les nuages laissent des trous bleus, la pluie cesse. Et quand j'arrive au lac, il fait presque beau. La température est très douce, l'air presque moite. Un temps des iles !

   Et c'est maintenant que commencent les problèmes ! Quand je viens ici, pour une journée, voiture et barque, mise à l'eau facile. Je recule -- tant bien que mal -- sur la cale bétonnée et, le cul dans l'eau, j'envoie la barque et le tour est joué. Mais avec le camping-car, c'est une autre histoire ! La barque, derrière, je ne la vois pas ! Reculer devient tout un problème. J'arrive poutant à présenter la remorque en haut de la mise à l'eau. Pas question de descendre en marche arrière avec le camion : c'est un vrai fer à repasser cet outil là ! J'ai toute les chances, si j'arrivais jusqu'à l'eau, de ne pas pouvoir remonter .  Ne me suis-je pas retrouvé planté, en voulant grimper, sur une toute petite route goudronnée de l'Aubrac ? Il y avait, certes un peu de gravillon... Patiner sur du goudron ! ça a le cul lourd ces engins !

   Donc je decide de descendre la barque à l'aide du treuil. Pas rapide comme système, mais sur trois roues, ça peut se faire. Au juger, j'ai environ 35m à parcourir. J'ai de la corde ( une drisse de 8mm seulement : je ne me sens pas très rassuré tout à coup ! ) et des cables. J'accroche donc la corde autour de la boule du camping-car, et je détache la remorque ... qui commence lentement à dévaler !!! J'ai oublié de mettre le cliquet du treuil dans le bon sens ! Une seconde à essayer de retenir  remorque, barque et moteur et voilà la manivelle qui s'emballe. Et en une fraction de seconde -- ça fait long ! -- j'ai la vision de mon "Allumacraft" au fond du lac, 40m plus bas ... Je me précipite pour essayer d'arrêter la manivelle folle. Je passe une première main dedans ... au battoir... hachée menu-menu ! La deuxième suit, avec l'avant bras cette fois : ça cogne dur. Pour finir, je m'appuie dessus avec la poitrine et ... j'arrête le tout ! Couché sur le treuil, les bras ballants, je laisse passer le millier d'étoiles, de lucioles,d'étincelles et autres feux d'artifice qui menacent de m'exploser la tête. Et mes mains et avant-bras? Comme si je les avais dans de la braise. Une sacrée brûlure ! Petit à petit, le monde se remet en place ... Je regarde ma main droite : c'est la moins douloureuse. Puis la gauche. Je bouge les doigts : tiens, ça bouge encore ! Côté gauche, plus de montre et à la place un demi oeuf de poule, posé là, sur le poignet. Du sang partout. Côté droit, la peau à l'intérieur de l'avant-bras ? Comme si je l'avais décapée au papier de verre. Ca va faire de fameux bleus en viellissant !

   Je ne m'arrête pas à ces détails : je prends prudemment la manivelle et je fais descendre, tout doucement la barque jusqu'au lac. Le reste de la manoeuvre n'a aucun intérêt particulier : tout se passe bien. Pour la remontée de la remorque seule, ce sera un peu "longuet", mais avec de la patience ... Je mets le camion dans un coin, bien à plat : ma chambre et mon restaurant pour ce soir.

  Casse-croûte rapide et me voilà sur le lac.

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

  L'air est très doux, sans vent. Le ciel est encore un peu encombré par endroits, mais ça se dégage : merci météo ! Même pas besoin de mettre l'ancre. Le moteur électique me servira à traquer la perche, à la rechercher dans les cailloux. Je connais bien le lac et j'ai deux ou trois endroits ...mais, chut ! Je ne dirai rien !  Deux lignes au vif qui pêchent sous la barque, à 1 m du fond. Le sondeur me dit que j'ai 13 m d'eau sous moi. Comme à cette saison, EDF retient l'eau, le niveau est presque au maxi. Dès qu'on s'éloigne du bord, on est très vite à 20 ou 25 m. Une troisième canne pour le leurre : ça fait passer le temps et, on ne sait jamais ... Habituellement, en automne, quand on arrive sur un coin, très fréquemment ça marche à la première descente du vif. Ce qui ne présage pas de la suite. Et tout pêcheur est un peu superstitieux : un poisson pris au premier coup de ligne est considéré comme un mauvais présage pour la suite de la journée. Et bien là, pas de mauvais présage ! Je peux faire descendre mes vifs dix fois, lancer mes leurres -- que je change toutes les dix minutes ! -- dandiner, je ne sens pas le moindre poisson. Reste plus qu'à humer l'air, admirer la forêt, respirer à pleins poumons, se mirer dans une eau super claire à cette saison ... rêver, quoi ! De temps en temps, un coup de moteur électrique pour voir si par hasard, vingt mètres plus loin , trois mètres plus profond, ou plus au bord, pourquoi pas ...! On se lève pour déplier les jambes qui s'enkilosent, et on relève toutes les cannes pour aller voir, de quelques coups de piston, si de l'autre côté ça ne serait pas mieux. Mais démarrer le moteur thermique, c'est plus ou moins un sacrilège : quel vacarme sur cette mer de silence ! On entend bien dans le lointain quelque voiture qui passe, mais c'est dans un autre monde. Sur l'eau, comme l'on dit, le silence est assourdissant ! L'après midi est coupée par un jeune couple qui glisse , sans un bruit, sur un canoë. Nous discutons un moment ... A 17h, je retourne vers "ma maison" prendre une petite mousse bien fraîche, et à nouveau, me voilà sur le lac. Puisque je vais coucher là, autant profiter de la journée jusqu'à la nuit. Ce serait bien un monde si, sur le tard il n'y avait pas un sandre qui passe sous ma barque. Et bien, ce fut "un monde" ! Rien, mais vraiment rien ! Entre 20h et 21h, un ruisseau à son embouchure charriait de grosses foumis à ailes. Les chevesnes, énormes, se sont régalés. J'avais ma canne à mouches dans le camping-car. Bien sûr, ce n'était que des chevesnes -- des cabots ,comme on les appelle par ici -- mais j'aurais quand même pu me payer de rudes bagares ... Retour au bercail pour un repas sommaire et un verre de vin. Musique et bouquin, puis dodo ...Enfin, j'aurais bien voulu dormir mais le sac qui me sert de main gauche devait me "lancer" toute la nuit !

    Pas de problème pour me réveiller au lever du jour. C'est le moment du matin calme. Pas une ride sur l'eau. Une brume d'altitude cache le soleil matinal : le temps sera beau. Par-ci par-là, des gobages. Ce sont les rotangles et les chevesnes qui déjeunent des dernières fourmis. Quelques carpes batifolent bruyamment.  En arrivant à ma barque, je chasse un couple de colverts : ils sont très amoureux à cette époque ! Je n'ose pas mettre le moteur en marche : le sentiment de déstabiliser un équilibre fragile. Je récupère mon seau à vifs que j'ai laissé tremper hier soir. Il est toujours fermé et pourtant il ne me reste que deux poissons sur toute la quantité que j'ai laissé. Où sont-ils passés ? Quelqu'un a t-il eu envie de manger une friture ? Ou était-il en manque de vifs ? Celà ne me gène pas outre mesure : je sens que ça me suffira ...

    Et me revoilà en train de draguer mes coins préférés. A peine arrivé sur un emplacement rocheux, je vois le bout de ma canne frémir ... Des petits à coups, pas violents mais réguliers et soutenus. Je la saisis avec précaution. Pas de doute, quelqu'un, au fond de l'eau se boulotte mon vif. Laisser faire. Le sandre est un délicat, un gourmet, tout le contraire d'un goinfre ! Tant de finesse dans la manière : il ne peut être que très beau... L'émotion est vive... "Le meilleur de la fête, c'est avant la fête" disait le philosophe Alain ( ou quelque chose comme çà ! ) Et vlam ! Je ferre et ...rien. Ou presque. Je remonte une petite perche juste assez grosse pour servir de vif pour la pêche au brochet. Même pas vingt centimètres ! Le goujon qui a glissé sur le fil est à peine plus petit ! Je rejette le tout, dégoûté. Et je continue à me ballader, au large, au bord ... Je trouve même dans les cailloux un sandre mort d'au moins 90 cm. Je relève une ligne de fond, attachée à un morceau de polystirène : ça braconne dur dans le coin. Et sur le coup de 10 h la rage me prend. Je pose mes lignes et décide de décamper. Je passe sur l'arrière de la barque pour atteindre le moteur et ... crac ... J'ai mis le pied sur ma belle canne à manier ! Une trois brins ,carbonne, emmanchement à spigots ... Elle fait quatre brins maintenant ! Retour rageur au port d'attache.

    Reste à remonter tout le matos et à atteler. Trente cinq mètres à grimper avec le treuil, en prenant soin de ne pas lacher la manivelle. Il existe, paraît-il, des treuils avec un système de frein de sécurité : faudra que je me renseigne. Le jeune couple rencontré hier sur l'eau, vient estimer le résultat de ma pêche, sans illusion : un pêcheur ne rentre pas au port à 10 h si ça mord ! Ils me proposent de m'aider en poussant, ce qui soulage ma longue drisse de 8 mm en laquelle, aujourd'hui, j'ai une confiance limitée. Et si elle cassait au milieu de la descente de la mise à l'eau? J'ai beau me rassurer en me remémorant les indications du fabricant, je ne suis pas tranquille. Dès mon retour, sûr que je la change pour une corde de 10 ! Finalement, tout se passe bien --lentement, mais bien ! --et me voilà sur la route , avec ma longue caravane ... Je provoque des bouchons ; je me gare pour laisser passer les vehicules, au son de quelques klaksons : à petits coups pour un "merci" et à coups rageurs d'un raleur ( "je travaille, moâ ! )

   Je concluerai sur la reflexion faite par ma fille, après que je lui eu raconté mes journées. Etait-ce : " Une journée de merde d'un pêcheur moyen "? oubien  " Une journée moyenne d'un pêcheur de merde " ? Pas très élégant comme réflexion, mais ça a le mérite de poser le problème !

  P.S. J'ai retrouvé ma montre, bracelet arraché, dans un coin, au fond de la barque où elle avait été projetée. Apprécions les rares côtés positifs des choses ! 

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