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La truite sur la Tay, la Lyon et la Tummel
Le temps d'une bonne lessive, de sécher le tout; et dans le sous-sol, en plus ! Raison : il pleut des cordes depuis un mois et le sèche-linge m'a laissé
lamentablement tomber !
Et c'est le départ pour l'Ecosse. Pays qui n'est pas réputé pour sa sècheresse. Ici, les rivières sont dans les prés. Alors là-bas... Un camping-car, ça peut attendre, pas un avion:
alors, malgré tout, il faut partir. Trois avions, en fait : Toulouse-Londres, Londres- Edimbourg, Edimbourg-Inverness. Le temps de goûter la bière anglaise, pendant les heures d'attente.
Comme ça, en arrivant à Pitlochry, nous saurons par laquelle commencer. Pitlochry où nous avons loué -- où les copains ont loué : encore une fois, je me laisse porter ! -- un bungalow pour six
personnes. Alors à trois, ça devrait aller !
Cette fois, ce sont les copains , B... et D... qui viennent manger et coucher chez moi. C'est eux qui vont se taper les deux heures supplémentaires de route au retour,
de nuit.
Lever à 3h pour prendre l'avion de Londres à 6h45. Le voyage se terminera vers 16h, derrière les hélices d'un petit bi-moteur. Petit mais assourdissant ! Seul incident, dont on
parlera encore longtemps : j'ai mis ma trousse de toilette dans mon bagage cabine, et le douanier me dit un sympathique " merci " en me piquant la bouteille de shampoing. Et moi qui avait dit aux
copains de faire attention...!
C'est le moment de vérité : D... prend le volant de la voiture de location : à babord, toute ! Tranquille, calme, posé, le D...! Et à côté, les copains qui répètent
inlassablement " à gauche ", " à gauche " . Pendant une trentaine de kilomètres, puis D... passe la barre à B... Et moi, côté du " dead ", volant à droite : " à gauche ", " à gauche " ! Ah,
ces virages où la voiture d'en face surgit de l'autre côté ! Heureusement, d'ailleurs ! Et puis nous nous habituerons, et B... deviendra un vrai maître de la conduite inversée ...
Arrêt dans un hotel de Newtonmore, repas et plouf : au lit.
Petit déjeuner à 7h. Je n'ai pas été foutu de trouver le système pour avoir de l'eau chaude à la douche. Pour ça aussi, ils ont un code inversé ! Je me contenterai d'un peu d'eau sur la
face : inutile de se rendre ridicule ! " Ils " aimeraient trop ! Et c'est reparti, à gauche, pour quelques kilomètres -- pardon : quelques miles !
Arrivée au camping de Faskally, près de Pitlochry. Beau mobil-home sur du gazon -- parfaitement tondu, bien sûr -- avec plein de petits lapins autour .
Corvée classique des courses et prise d'un permis de pêche au magasin du coin : 5£ par jour pour la rivière Tummel qui
arrose la ville. Belle rivière de cailloux et de gravier. Pas ou peu de postes, pas ou peu de caves. Ca va être coton de sortir des truites de là dedans ! Les eaux sont claires, très claires,
avec un fond sombre, teinté un peu couleur cuivre, comme toutes les rivières acides, nées dans la
tourbe et coulant sous les sapins. Comme en Irlande. Et en plus, il fait beau. Ces grandes plages de gros gravier
laissent à penser que les eaux sont basses, très basses même.
Je ne dis rien, mais ces rares petits gobages ne m'incitent pas à l'optimisme. Marcher sur ces cailloux fait autant de bruit qu'un char
d'assaut dans une cathédrale ! Ca doit résonner fort et loin, sous cette surface lisse et brillante, réfléchissant les mille feux des vaguellettes qu'un petit vent de face agite. Petit, mais
drôlement casse pied pour fouetter. Je mets successivemet plusieurs mouches, au hasard : petit et gros sedge, clair ou foncé ; baetis olive, en cul de canard,
en araignée ; et même fourmi. Si ça ne prend rien, ça fait passer le temps. Surtout que sur 10/100ième, dur-dur pour faire les noeuds, de mes vieux yeux. Vieux et presque borgne ! J'ai droit
malgré tout à un beau refus. Ou est-ce moi qui ait manqué ? B... , plus discret, dans sa démarche et dans ses posés, prendra deux truites de 25 et de
35cm.
Truites de belle robe, sauvages sans aucun doute.
D..., lui, ne nous a pas suivi le long de la rivière : nous le retrouverons vers 19h à la voiture. Arrêt en ville pour goûter une mousse écossaise. Nous profiterons d'un spectacle : danse et
musique du coin. Avec tenues adéquates : jupes pour monsieur et madame, et la " cabrette " , comme on dit " par chez nous ". Puis repas préparé par B..., après un apéro anisé.
( Non, non, ce n'est pas à la superette de Pitlochry que nous l'avons achetée, la bouteille ! Elle a voyagé dans la soute à bagages, dans les chaussons de nos
waders ! ) Et la plonge pour moi, pendant que D... essuie...Ainsi en sera-t-il pendant tout le séjour.
Lever vers 7h30 et " petit " déjeuner, spécialité de B... : oeuf, bacon, saucisses, bière ou-et vin rouge. Dieu du cholestérol, ayez pitié de nous
!
Au passage à la superette, B... fait grise mine. Un coup de froid, dit-il. Peut-être, mais pas fier du tout, le gaillard ! Et puis, ça passe.
Nous allons acheter nos permis à Dunkeld, vers le sud, pour pêcher sur la Tay. Après avoir parcouru 15km en sens inverse, nous revenons sur nos pas pour trouver un parking et un
accès à la rivière. Large, avec de grands lisses. Faudra s'y faire. Il y a bien quelques gobages, mais toute activité cesse dès qu'on met les pieds dans l'eau et que l'on effectue quelques
fouettés. Et sur un ferrage intempestif, je trouve le moyen de casser ! B... en prendra une de 27 et moi, j'en décroche une autre. Pas de quoi alerter la presse ! D... pêche un tout petit
peu...
Vers le soir, nous allons voir la Lyon, à une quarantaine de kilomètres. Ballade entre deux murettes de granite, dans une campagne verdoyante. Pleine de moutons : les prés
tondus comme des gazons... anglais ! Et des faisans partout. Surtout écrasés sur la chaussée. Les arbres qui bordent la petite route sont majestueux. Chacun a vu passer un bon nombre de
siècles.
Et, bien sûr, des châteaux. Le pays respire l'aisance. Mais pour la pêche,ça ne va pas être aisé là non plus. Eaux très basses, entre les
cailloux.
Depuis le pont, pas l'ombre d'une truite à l'horizon. Nous prenons contact avec le propriétaire de la
rivière, pour demain. ( 10£ la journée : ça devrait être deux fois meilleurs ! ) et retour au bungalow où je retrouve le sandwich préparé pour midi ! Heureusement que les copains sont
partageurs...
Et le matin suivant, c'est D... qui est malade au super-marché. Ca commence à devenir une habitude !
Sur la Lyon, avec B... nous pêcherons côte à côte. Nous insisterons avec de l'eau qui n'arrive même pas aux genoux.. Nous ne verrons pas une truitelle fuir devant nous. Une
rivière pourtant si réputée ! On ne prend pas de poisson, mais on fait une bonne sieste, dans l'herbe grasse du printemps. Faut bien qu'il pleuve, dans ce pays, pour que l'herbe soit si
haute.
. Depuis le pont, le soir, nous verrons quand même trois ou quatre très belles truites. B... fait une tentative et fait fuir la bête avant même que la soie ait
touché l'eau. Sauvages, ces bestiaux ! Pas de doute, ici, on ne " bassine " pas . Et c'est le retour au camping pour goûter un whisky régional. Au goût fumé ! Comme le jambon ! Imbuvable
pour un palais français. La bouteille restera intacte et fera plaisir à la personne qui s'occupera du ménage. Enfin, je l'espère...
Le
moral est en berne. En plus,B... souffre d'une allergie : yeux ensablés et sinus en fontaine. Il ne supporte pas l'herbe coupée : dans ce pays
recouvert de gazon, c'est mal barré ! On se ballade dans Pitlochry-- une rue principale, et c'est à peu près tout-- et on prend un permis pour la semaine pour d'éventuels coups du soir sur
la Tummel. Nous y ferons de belles bredouilles ou presque....
Encore un " petit " déjeuner à la B... : omelette aux oignons et pommes de terre, fromage. Les " tchouffas " ( pour la traduction, demandez
à un marocain ) ça ne coupe pas l'appétit. Re- ballade en ville, où c'est une gentille vendeuse française qui me vendra la casquette souvenir " of Scottland " ( Que je laisserai au dernier hotel
!)
Et nous irons sur la Tay, vers Aberfeldy, face à la distillerie. Dès le premier passage, B...en sors une de près de 35cm. Belle robe. Et ça gobe. Mais elles sont toujours très
difficiles à faire monter. Je change une bonne dizaine de fois ma mouche pour arriver à un petit sedge noir, en plume de coq, sur un hameçon de 18. Et enfin, ça marche. J'en prendrai cinq.
B...aura moins de chance : il a mis le sedge trop tard . J'aurais quatre décrochages ou casse. Moralité : changer le bas de ligne après chaque prise, surtout sur 10/10ième. Nous arrosons cela au
café du coin du pont d'Aberfeldy, avec une " Best " bien mousseuse. Nous avons gardé les trois plus belles pièces que nous mangerons ce soir.
Et nous voilà en train de monter un vol de sedges. Enfin, c'est B...qui monte; le seul à avoir des yeux -- et encore, type lapin myxomatosé-- pour monter sans loupe;
et, au lit...
Et on continue. Cette fois, pour une partie de la rivière Tay, côté distillerie d'Aberfeldy, donc face au coin d'hier. Comme d'habitude, on va prendre
le permis à la ferme.. C'est -- encore ! -- un secteur de grands plats, avec quelques gobages à l'arrivée. Au premier coup, une casse... Je suis toujours aussi violent à mon premier ferrage. Pas
moyen de me corriger. Puis ce sera un décrochage, et plus rien. D... prendra deux petites; avec B... nous traversons pour aller au coin d'hier. Pour trouver une volée de canoës, suivie
d'une autre... Ici, avec ces bestioles si craintives, ça ne pardonne pas. Toutes les truites encavées : la journée est finie. Payer pour être ennuyé -- je suis beaucoup moins poli, en langage
parlé ! -- toute la journée , merci la Tay ! Messieurs les pêcheurs en goguette sur les rivières d'Ecosse, souvenez-vous...
Nous abandonnons le coin et prenons la voiture pour aller voir en amont, comment ça se présente. Arrêt inattendu de B... qui, avec son allergie, ne peut plus conduire. Je
prends le volant pour rentrer : ce sera mon baptême à gauche. Cinquante kilomètres sans problème : j'ai mon permis pour le U.K. Nous noyons notre déception
autour d'un apéro prolongé, et au lit...
Le matin, pas très motivés, les gaillards ! Et si on changeait ? A une centaine de kilomètres, il y a la fameuse Dee. Rivière réputée, s'il y en est, pour ses saumons... Peut-être y a-t-il aussi des truites... Nous traversons une
lande de bruyères et de fougères naissantes. Des murettes courent de sommets en vallons, séparant sans doute d'immenses propriétés. Il en a fallu des siècles, pour entasser ces cailloux ! Et
partout, des moutons... Tu m'étonnes que les gigots soient fameux et d'un prix abordable ! Arrivés sur la rivière, nous allons aux renseignements, au bar d'un hotel. Coquet, l'hotel . Du
traditionnel . Du massif . Pas de cliquant. Ca respire l'aisance... Le permis ? Pour le saumon ? Ah non ! Pour la " brown ", notre truite fario. Et là, ça ne semble plus interesser la dame
qui nous répond négligemment qu'ici, on ne pêche que le saumon... En plus, j'ai du mal à croire qu'il y a beaucoup de saumons dans la rivière, somme toute assez petite, avec peu de fond, et avec
toujours ces eaux si claires sur fond rougeâtre... Et pourtant, Mister Google est formel : il y a de belles bêtes qui remontent de la mer... J'ajouterais, mais ça n'engage que moi : rares bêtes !
Qui peut m'apporter la preuve du contraire veuille bien me le dire... Il y a bien une petite rivière où nous pourrions pêcher. Nous venons de la suivre et la hauteur d'eau ne devrait pas dépasser
la cheville de B..., qui est le plus grand de nous trois ! Retour à Pilochry où nous irons promener notre tristesse le long des berges de la Tummel. Belle rivière qui doit avoir ses moments
d'exception quand le temps est propice.
Le lendemain, après les courses habituelles, c'est à Dunkeld que nous reviendrons prendre le permis pour la Tay, sur un pool très amménagé pour la pêche au saumon. Deux pêcheurs vont
peigner l'eau toute la jounée, et nous ne les verrons pas en attaper un. Premier contrôle par un garde qui nous indique un coin à truites, là-bas, au fond, au plus loin du pool à saumons.
D'ailleurs, une très belle place pour la truite, si elle daignait se manifester ! Rien. Strictement rien ! Ni en sèche, ni en nymphe ! Pourtant, au départ, près des voitures, il y
avait quelques gobages. Mais nous avons voulu aller voir plus loin. Morale : ne jamais lâcher la proie pour l'ombre.
Problème récurant : où aller pêcher aujourd'hui ? Après tout, c'est à Brolik, en face de la distillerie d'Aberfeldy, que nous avons fait une pêche correcte, un jour... On y revient.
C'est un des rares endroits où il y a un beau courant qui vient buter sur un rocher, sur la rive opposée. Une belle cave où doivent se planquer un paquet de truites. Nous arrivons vers 10h et dès
le premier fouetté, sur un gobage, je casse. Toujours aussi délicat, mon premier ferrage ! En fait, c'est le noeud qui s'est défait. Ca commence à me faire râler. Et ça n'arrête pas :
j'embrouille, je casse, je décroche deux autres truites. Je fouette mal et ma soie arrive sur l'eau avec la délicatesse d'un câble de débardage ! Sur un lisse, ou presque, ça ne pardonne pas. Les
quelques truites qui gobent du bout des lèvres n'apprécient pas les coups de fouet et retournent très vite " at home " . B... tout en délicatesse et précision en prendra quand même cinq. Et D...
sera bredouille lui aussi. Pourtant, faisant preuve d'une témérité rare, il a mouillé les waders jusqu'aux genoux.
Et le soir,
après avoir mangé, nous allons nous ballader au dessous du camping, sur la Tummel. Dans les dernières lueurs du jour, ça gobe de tous les côtés. Sous notre mobil-home ! Il faudra bien
essayer un vrai coup du soir.
Nous n'avons plus tellement envie de roder. Ce matin, nous voilà encore sur la Tummel, en aval de Pitlochry. Soleil et vent frais : nul . Un pêcheur du coin prend pitié de nous et
nous montre d'abord, puis nous donne à chacun une de ses mouches noyées, avec laquelle il vient de prendre huit truites. Retour au camping et, après avoir mangé, voilà B... qui sort sa boîte à
mouches et qui se met à en monter de semblables. Nous les essayerons, l'après-midi, sans plus de succès ! Sèche ou noyée, même résultat.
Nous nous installons pour le coup du soir. D... est resté à la maison. Avec B... nous sommes à trente mètres l'un de l'autre. Lui sur un plat assez profond, moi sur un courant régulier
d'un mètre de profondeut à peine. Devant lui, des gobages. Devant moi, le calme plat. Il prendra deux ou trois poissons au petit sedge noir et continuera à l'oreille de lièvre. Finalement, je le
rejoins et j'en fais trois. Cette fois, il y en a qui finiront dans la poêle.
Et nous partons en nous disant que nous aurions dû faire plus souvent le coup du soir. Nous y reviendrons... pour rien ! Ou
presque : B...en sortira une de 22. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ; les coups du soir aussi... Heureusement, dans la journée, il y a les matches de l'Euro 2008 de football. Au
bistrot devant une mousse. Mais, avions nous vraiment besoin de venir en Ecosse pour les voir ?
Et avant d'aller au lit, nous bouclons les bagages. Demain, trois avions à prendre dans la jounée. Trois sauts de puce avec de longues heures d'attente. Mais cette fois, j'ai de la chance
: je me coucherai le premier, alors que B... et D... devront encore se taper plus de cent kilomètres avant de retrouver leur draps. Et en roulant à droite !
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