Partager l'article ! Les truites du Canada : 1ère partie: Tout cet été, j'ai laissé les ruisseaux aux touristes. Aujourd'hui, 15 septembre : le matin ...
Tout cet été, j'ai laissé les ruisseaux aux touristes. Aujourd'hui, 15 septembre : le matin me trouve planté devant la porte, avec à mes pieds un gros sac pour les waders, les
godillots de wading, le gilet de pêche et autres slips , tee-shirts, chaussettes, etc ... Et un sac à dos pour les bagages à main. J-P... et M... vont arriver, me
récupérer en passant, et direction plein pot vers Toulouse Blagnac... Un petit saut à Frankfort et vole jusqu' au Canada. Pas le Canada de Québec, ce serait trop facile ! Mais Calgary, côté
anglophone. Je vais encore me retrouver bouche bée, l'air pas malin du tout, à écouter la réponse anglaise à la question que je me serai malheureusement laissé aller à poser ! Pendant huit ans
j'ai ingurgité une bonne quantité de mots à force de punitions, de colles, de devoirs supplémentaires. On m'a appris à les agencer pour construire des phrases. Bien que souvent mes
constructions s'apparentais plutôt à une juxtaposition de mots tirés d'un chapeau où on les avait mélangés ( " boulègue ! boulègue ! " dit-on chez nous, au bistrot du coin . )
Thèmes, versions et inversement. Tout par écrit. Rien de parlé. D'ailleurs, comment peut-on faire parler tous les 30 élèves- ou plus - d'une classe en 1 heure ? C'est donc J-P... qui parlera. Il
s'est tapé quelques mois au Canada, dans son jeune age. Ca sert...
Nous atterrissons donc à Calgary, avec un décalage horaire de 8 heures. Dans ces conditions, il fait toujours soleil en plein ciel. Récupération des bagages avec une crainte
sournoise de n'en voir arriver que la moitié ; surtout l'étui avec les cannes. Tout est là. Nous trouverons un hotel pas trop loin avec une voiture pour venir nous chercher. La nuit sera bonne et
le lever vers 8 heures.
Un coup de fil au loueur du camping-car qui vient nous chercher. Le même engin que dans toute l'amérique du nord.
Grand, confortable,d'une esthétique toute fonctionnelle, avec une grosse cavalerie sous le capot. Des chevaux, ça boit. On s'apercevra vite que le réservoir contient autour de 200 litres, qu'il faut le remplir souvent, et que l'essence coûte 1 dollar canadien ( 0,65 € ) le litre. Moins qu'en France, mais quand on en met beaucoup... Pour sortir de la ville, nous jetons un oeil sur le plan de Calgary : un jeu de dames où toutes les cases sont de la même couleur. Au milieu, des immeubles, autour, l'incontournable mobil-homme, ou quelque chose qui lui ressemble
Comme aux U-S. A part qu'ici, il n'y a pas, que je sache, des tornades pour souffler les plaques de bois aggloméré et les toits en tôle. L'Amérique du Nord n'a tiré aucune leçon de
l'histoire des trois petits cochons et du loup qui s'époumone devant une maison en briques, la seule qui résiste.
Sortis de la ville en damier, nous atteignons la campagne... en damiers ! Au départ, j'ai cru qu'ils avaient simplifié le tracé des routes, en les inscrivant toute droites. Mais non,
la campagne est désespérément plate, avec des routes désespérément droites. Parfois goudronnées, sinon ce sont les fameuses "gravel-roads" où les véhicules de location ne doivent pas circuler.
Inaplicable pour nous. Nous circulerons partout, tout droit, à 80 ou 90 km/h ( vitesse sur le goudron, quand même ! ) Pas la peine de dépenser autant d'essence pour se traîner comme un
escargot. Comme c'est J-P... qui a organisé le voyage et décidé des rivières que nous allons pêcher, je ravale mon scepticisme. Mais de la truite, dans un pays aussi plat, je doute...et je
ne dis rien.
On roule vers un pont sur la Bow, grande rivière au sud de Calgary. La vue du premier ruisseau que l'on traverse ne me dit rien qui vaille. Plutôt minable, il coule au milieu de rien du tout avec, tout là-bas,un pêcheur qui tente sa chance dans le seul coin où il y a plus de 15 cm d'eau. Vision pas particulièrement exhaltante...
Et nous voilà sur la Bow River. Elle est large et
puissante.
Le fond n'est pas très net et je n'aime guère cette mousse qui recouvre les cailloux. Elle doit cependant contenir de belles pièces. En plus, nous ne sommes pas seuls : c'est un signe. Pas
de gobages sous le pont. Aucune activité.
Je monte deux nymphes : en bout, bille jaune n°4 avec dubbing de lièvre naturel et en potence, une faisan tail, le tout sur 12/100 ième. Et c'est là l'erreur : première touche, première
casse ! Je remonte sur 14/100 ième. Deuxième touche, deuxième casse . Ca commence bien ! Et ce n'est pas le white fish de 18 cm que je monte ensuite, qui me cassera le 16/100 ième, que je
mettrai, enfin. M... qui attaque en 16/10 ième se fait démolir aussi. Mais ensuite, près de la pile du pont, il sortira sans compter des arc-en-ciel. Il y a donc du poisson, et du gros.
J-P... a plus de chance en amont : plusieurs a-e-c, dont une de 50 cm, en sèche.C'est aujourd'hui que ça démarre !
Le matin, le jour se lève sur un vent frais. Après le " petit " déjeuner - oeufs, bacon, bière et café aux tartines de confiture sur pain de mie - nous refaisons un petit tour sur la
Bow. J'emprunte les passages laissés par les castors dans les roseaux, pour explorer la veine profonde entre la rive et la pile du pont. Et je me fais encore casser sur 16/100 ième ! Je ne
donnerai pas la marque du nouveau fil que j'utilise, acheté exprès pour l'occasion, car très résistant... sur le papie . Vraissemblablement, il n'aime pas mes noeuds. En face de moi, J-P... prend
trois jolies a-e-c de 40 cm. Elles ont une belle défense. Rien à voir avec nos grasses " bassines " à manche courtes ! Départs violents prenant des mètres de soie, chandelles hors de l'eau... Un
plaisir ! M... se contentera de deux petites. Et moi qui me sens bien léger à côté de ces deux champions de la mouche, je termine avec deux petits white fish de 20 cm... Mais je suis le seul
à avoir pris ce type de poisson. Peut être parce que c'est plus difficile ... ?
Vers midi, nous prenons la " gravel road " pour le sud. Bien sûr, nous nous égarons un peu dans les " méandres " du damier avant d'atteindre Lethbridge. C'est dans un super marché
que nous payons 50 dollars canadiens pour le permis de l'Alberta, pour l'année. Dans un immense magasin d'articles de pêche et surtout de chasse, on nous renseigne très aimablement
sur les meilleurs endroits du coin. Ici, pas de concurrence: sans doute parce que le " no kill " est dans les gènes ! Par courtoisie et aussi par curiosité, nous achetons quelques
" mouches " : seules les énormes sauterelles sont à peu près ressemblantes. Pour le reste, c'est gros, coloré et ça a du poil partout. Sur hameçons N°10, au moins. Ca sera parfait pour le
black-bass en France. Et moi qui ai plein de " cul de canard " montés sur N°16, voire 18 ! Côté mouches, avec J-P..., nous sommes fournis. Quant à M... il pestera tout le séjour après
sa boîte quasiment vide - dit-il - mais ça ne l'empêchera pas de faire de très beaux tableaux. Peut-être même les meilleurs !
Tout le pays n'est qu'un plateau sans arbres recouvert, soit par de l'herbe séchée par le soleil d'été, soit par d'immenses étendues de céréale courte de paille - blé ?.
C'est septembre, et nous sommes en pleines moissons. Les machines tournent à fond. Moissonneuses d'une coupe que nous estimons, d'un commun accord, à 15 m ! Ici et là, des silos en tôle et
de gros camions tractant deux trémies. La piste débouche sur une ferme cachée dans un bosquet, près de la rivière : la Sainte-Marie River. Plutôt que rivière, j'ai envie de parler d " oued " tant
ce petit coin de pays me rappelle certains torrents du Moyen-Atlas marocain. Sauf qu'ici, la roche tient plus du schiste gris que du basalte noir. Les eaux sont basses. Pas d'arbre. Peu de
trous et des fonds de gravier aux gros cailloux. Vers l'amont, un grand virage avec un grand calme. Vers l'aval, des petits courants de part et d'autre d'une île. Au milieu, une piste qui va se
perdre dans l'immensité des vallonnements herbeux et secs, et que deux pêcheurs français emprunterons demain...
C'est le coup du soir. Sur 16/100 ième - j'ai compris ! - je mets encore une nymphe au casque
N° 4 avec un dubbing de museau de lièvre sur hameçon N° 12, et en potence, une faisan tail. J-P... part vers le haut, et je commence sous le radier de la piste. C'est à peine si j'ai déroulé
suffisamment de soie qu'au premier passage j'ai un départ violent suivi d'un tas d'éclaboussement et de sauts en chandelle : une belle a.e.c. toute irisée, magnifique. Cette fois, je suis prudent
et, dans ce bras étroit et peu profond, elle n'a pas trop d'espace pour se battre. La belle s'abandonne assez vite. C'est après avoir fait mon plein d'adrénaline que je la remets à l'eau.
Je n'ose pas le dire , tant cela me paraît improbable, et pourtant, elle fait bien ses 50 cm ! Et l'appareil photo qui est resté dans le camion !
La nuit tombe et quelques poissons se mettent à gober timidement . Je range vite mes nymphes et sort un c.d.c. monté sur un hameçon de 16. Ca me paraît plutôt petit, ce qui
gobe. Il me faudra 10 bonnes minutes pour enfiler ma mouche, le nez en l'air pour profiter de la dernière clarté. Je fouette tout près, quelque part devant moi. Je ne vois pas le gobage, mais au
bruit, je sais que c'est une grosse. Elle "ne mesure que" 40 cm et résiste peu de temps à mon 16/100ième. Retour au Camping-car qui m'observe depuis le bord du talus au-dessus de moi. J-P... a
fait une belle bredouille en eau calme, et M... est resté à la vaisselle et au ménage - sacrifice volontaire ! Repas au riz qui restera un peu trop longtemps sur le feu. Les arpettes râlent
, parlent de porter le " pet " au syndicat, mais nettoient. Et au lit.
Au réveil, soleil plein pot et vent très sec. Grand petit-déjeuner et hop ! dans les waders. Oh ! ce n'est pas le lever du jour : on dort bien dans un camping-car ! Mais
vers les 9 h nous sommes fin prêts. Lors des "briffings " en France, nous avons pensé : les Rocheuses = montagnes, peut-être neige : eaux glacées. Donc, waders chauds, en néoprène de 5 mm.
Ce qui était vrai pour l'Alaska ne l'est plus quelques milliers de kilomètres plus bas. Il n'y a pas la moindre trace de neige dans cette plaine - et il n'y en aura pas plus en montagne - et les
eaux sont certes très fraiches, mais pas glacées. Le seul qui s'est bien débrouillé, c'est J-P... qui a prévu un wader "de rechange" en toile, au cas ou l'un de nous trois aurait un problème.
Dans mon armure, j'ai du mal à plier les jambes et à sauter les rochers. Mais je n'ai pas froid. Au soleil, sous mon tee-shirt, je boue. Ca fermente dur là-dedans. La nuit, je ne voudrais pas
mettre mon nez dans la soute où nous rangeons nos affaires; mouillées dehors, et puant la transpiration rancie par les émanations de néoprène, dedans. Mon collant noir - des frères Jacques,
selon les copains ! - il vaut mieux le laisser à sécher sur le rétroviseur, la nuit. Ma canne - pardon: mon stick de wading - suspendu à la ceinture, chaussé de mes "
pneus à clous ", sous un chapeau de toile informe, habillé d'un gilet rouge décoloré par la pluie et le soleil, boursoufflé par les multiples boîtes à mouches et autre gadgets : voilà le
tableau. En plus, mon wader est " vert batracien " selon les dire de ma fille !
Je devrai traîner cet attirail pendant 15 jours. Combien de fois ai-je porté un regard concupiscent aux waders en toile exposés à Fernie chez un marchand d'articles
de pêche.
J-P... et M..., jeunes et bien portants, partent sur la piste, coupant à travers la prairie. Je les vois disparaître au loin, derrière la colline. Je reprends mon coin de pêche
d'hier, en espérant que les truites m'auront oublié. Même monture de nymphes sans indicateur, mais sur 20/100ième cette fois. Au diable la délicatesse ! Après deux heures de pêche et un tout
petit white fish, je n'espérais plus rien quand, au fond d'une petite île, dans un fort courant, j'ai un départ fulgurant. Celle-là, je ne veux pas la casser. Elle me réroule toute la soie,
et je crois que c'est la première fois que je vois apparaître le backing. Direct vers l'aval. Subitement, changement de cap : la voilà qui revient. J'ai du mal à " pomper " suffisamment vite
pour ne pas lui laisser du " mou ". A peine à mes pieds, la voilà repartie, le nez vers le fond, la queue en surface. Position qui conviendrait plus à une fario, voire à un barbeau, qu'à une
belle a.e.c.. " Empégué " dans ma soie qui recouvre mes chaussures, ma canne dangereusement pliée, je sors mon appareil à photos de la poche étanche - pour ne pas renouveler
l'expérience du plongeon, en Alaska - Je tente quelques clichés. Heureusement, je réussi celui de la canne pliée, car pour le reste...
La belle retourne vers le fond de l'île et j'arrive à la diriger vers l'autre bras de la rivière, plus calme. Le combat durera encore un bon moment, jusqu'à ce que je puisse la prendre d'une
main, appareil photos de l'autre. D'un grand coup de queue elle reprendra le large, à peine décrochée de ma nymphe. Pas de photo. La taille : 60 cm. J'ai peur que l'on ne me croit pas...! Mais le
souvenir reste. Je poursuis sans grande conviction et rentre après avoir pris un autre petit white fish.
Les deux compères reviennent, fourbus. Ils ont descendu des kilomètres de rivière en pêchant en nymphe. Ils revendiqueront quelques " gwelles " auxquelles M... ajoutera une
belle fario de 40 cm. Rare, cette race de truite, ici. Ils ont aussi décroché deux ou trois pièces très grosses. Comme je le dis chaque fois," c'est fou ce que les truites que l'on décroche
sont belles ! "
Nous reprenons la route à travers ces immensités parsemées de maisons isolées. A remarquer cependant : tout est clôturé sur des centaines de kilomètres par du fil de fer
barbelé, soutenu par des millions de piquets en bois. Pas le moindre coin pour garer son camion, pas le moindre passage - fermé - qui ne possède son panneau " no trepassing" ou " no enter", et
souvent les deux ! Des immensités, certes, mais bien encadrées. On sent du "chacun pour soi ". Heureusement, les nombreuses églises - en bois peint - de différentes congrégations permettent
aux gens de se rencontrer, de se réunir ... Dans la seule petite ville que nous traversons, le petit commerçant asiatique n'a pas de bières à nous vendre. Pour passer la nuit, nous arrivons sous
Waterton Dam ( barrage )
Le lendemain, nous faisons un essai en nymphe. Les eaux sont bizarres : sur les cailloux, une mousse blanche s'accroche à nos hameçons comme s'il s'agissait d'une touffe de
laine mouillée. Pas très ragoûtant ! D'autant plus que je vois passer des peaux. " Des truites moulinées par les turbines ? " suggère J-P... M... pêche sans y croire et est tellement surpris
par une attaque que c'est en total déséquilibre qu'il ferrera la belle fario de 50 cm ramenée au bord. Encore une fario, et c'est encore M... qui la prend.
Pas la peine de s'attarder. Par la route 505 nous atteignons l'Old Man River, sous l'Old Man Dam. Elle est large et profonde, canalisée à la sortie des eaux par un important
enrochement en épis. Plus bas, après le camping, je pars avec M... prospecter les courants. Il se place en face d'un gros rocher faisant remous et sort une " petite " et
maigre bulltrout de 60 cm - environ ! Il prendra encore une petite a.e.c. puis se fera casser.
Et moi, je pêche juste au dessous, pour rien. J-P..., au-dessus, parle de deux ou trois " petites
m...". Je relativise : ses " petites " doivent faire 30 cm ! Le coup du soir est nul et ne nous empêche pas d'apprécier le repas, toujours préparé par J-P... notre coq en
chef ! Pour nous les M&M, c'est la plonge. Remarque : repas à l'eau plate ce soir ; il n'y avait pas de bière chez le chinois.
C'est vers 7 h que nous émergeons ce matin. A la sortie du barrage, entre les épis de rochers, J-P se fait casser. Entre ces blocs, dans ces eaux profondes, il doit y avoir de
sacrées bêtes. Mais on ne s'attarde pas : on prend la route 510, qui fait le tour du lac. Le problème, dans ce pays, c'est de trouver les accès à la rivière. La piste suit de très loin
le cours d'eau et tout ce qui ressemblerait à un passage est fermé par les fils de fer barbelés, et décoré des classiques panneaux : no trepassing, no enter....Dans leur petite maison de
bois peinte en blanc, au milieu de l'immensité de ces paysages, les habitants doivent vraiment aimer être seul....ou craindre " l'autre ".
Arrivés à un pont, en 5 minutes nous revêtons nos armures, enfonçons le chapeau sur la tête, coinçeons les lunettes polarisantes sur le nez et partons, cannes à la
main. Nous nous répartissons les tâches : J-P... et M..., vieux couple de baroudeurs partent ensemble vers l'aval, et moi vers l'amont. La rivière, pas très large, n'est pas très
profonde.
L'eau court entre les gros galets. Je remonte jusqu'au
premier trou et... j'y reste ! Arrêt sur gobages ! Les a.e.c. ne sont pas très grosses, mais j'en sors une dizaine de 30 à 35 centimètres. Pas très grosses ! Je deviens difficile. Dix truites de
30 à 35, chez moi et je prends une cuite ! Ici, c'est banal, voire médiocre. J-P... et M... que je retrouve au camping-car ne sont pas allé loin. A quelques dizaines de mètres du pont ils
ont sorti un vol de truites, plus grosses que les miennes. Et tout cela, nous l'avons pris en sèche. Le pied. En plus, pas très regardantes, les bestioles : du cul de canard à l'araignée en
passant par le sedge, tout marche. Je sors pour la première fois mon G.G.S. ( cf : Truites et ombres de Croatie, sur la Gachka avec C...) Qui fera un malheur tout au long du séjour. Enfin, un
petit " malheur " par rapport aux cartons des deux champions que j'accompagne !
Comme c'est toujours mieux ailleurs, nous cherchons un coin plus haut sur la rivière, un endroit pour la nuit. Une aire de camping sauvage et officielle, avec table et
w.c. fera l'affaire. Nous avons des voisins, chasseurs à l'arc. Sans doute sont-t-ils après les nombreux wapitis - des cerfs, en fait - que nous apercevons aux creux des vallons. L'approche pour
tirer la bête à l'arc, ça doit être du grand art, sur ces terrains dénudés !
Au coup du soir, si avec M... nous faisons une bredouille, J-P... pique une a.e.c. pas très grosse sur laquelle se précipite une énorme bulltrout : il y a du beau monde
dans ces trous !
Et c'est la nuit et un sommeil qui arrive vite, après un repas toujours copieux. Mais je suis vite réveillé par une température glaciale. C'est le mot : la buée a
gelé sur les vitres, à l'intérieur du véhicule.
On y revient ! A quoi sert de se doucher quand il faut remettre les collants type " frères Jacques " et les waders puants ! On n'est pas regardant. Répartition des lieux
: moi en amont, eux en aval. Comme ça je peux commencer à pêcher tout de suite (en mouche sèche, on pêche en remontant la rivière ) et mes vieilles jambes ne souffriront qu'au
retour ! La rivière, encaissée entre dans les rochers, n'est qu'une succession de bassins avec, au fond, des plaques verticales ( de schiste ? ).
Pas facile de crapahuter là dedans ! En remontant assez vite - trop vite pour pêcher
correctement les coups - j'arrive sur un grand plat avec en bout de gros rochers que l'eau a dégagé . Pas de gobages. Je mets un gros sedge en poils de chevreuil en guise d'indicateur pour
les deux nymphes habituelles, sur 16/10 ième. Et j'essuie deux gros refus sur mon indicateur ! Changement rapide de montage pour un G.G.S monté sur un hameçon de 12. Sur l'eau,ça fait un gros
paquet de c.d.c. que les truites se disputerons. Ce sont mes premières cutthroats, au trait rouge sanglant sous les ouïes.
Je pêche au milieu de la rivière, avec des coups sur un demi-cercle devant moi. Je commence
bien sûr en fond de plat, et pose ma mouche sur vingt centimètres d'eau. Gros gobage et départ fulgurant. C'est bon d'entendre le moulinet qui déroule à toute vitesse et de voir la soie qui s'en
va jusqu'au backing. Je suis pourtant monté sur du 16/100 ième, mais la canne pliée au maximum, je ne peux pas résister plus. La truite n'est pas une débutante. Tout là-bas, à plus de
30 mètres, elle se cale derrière un de ces gros rechers bien dégagé. Elle le contourne et mon fil ne résiste pas à l'usure sur le caillou. Cassé ! Ca ne fait rien . Celle là, elle doit connaître
la combine, et ce ne doit pas être le premier hameçon qu'elle a à retirer de sa gueule. Je me contenterai de huit truites de 40 cm ou plus, et d'un white fish que nous
mangerons.
Excellent poisson, apparenté, paraît-il au corégone ( comme je ne
connais pas le corégone... ) . J-P... et M..., en plus d'une grosse cutthroat prise au streamer, attraperont trois ou quatre a.e.c. de 40 cm. Par rapport à eux, pour une fois, je ne me suis pas
trop mal débrouillé. L'après-midi, un vent violent se lève et nous empèchera de pêcher correctement.
A peine un kilomètre plus en amont, nous nous arrêterons sur un autre emplacement avec commodités ! Ah ! S'il y avait des w-c aussi propres sur les aires de stationnement
en France... Et avec papier, s'il vous plaît ! Je pêche en amont - encore - et ne prends qu'une a.e.c. de 35 cm à peine. De retour au camping-car, je m'assois à une table de
pique-nique pour prendre quelques minutes de repos en attendant les copains, et j'en profite pour lier amitié avec un adorable chien de prairie, véritable marmotte en
miniature .
Pêche lente, systématique. Rien à voir avec le brouillon que je suis. Que n'ai-je pas dit, en le
leur faisant remarquer ! Ils" m'obligent " à remettre mon armure couleur vert batracien, et J-P... retrouve ses instincts d'ancien guide de pêche : "pose ta mouche là ...trop long...Tu
dragues...recommence... trop droite ta soie..." Je prends trois " gwelles " pendant que lui sort truite sur truite, tout en m'expliquant. Et c'est à partir de ce moment là que je suis devenu le
dragueur de l'équipe. Mais rien à voir avec les filles du coin. D'ailleurs, où sont-elles ?
Après la Crowsnest
Pass, nous trouverons un petit coin pénard pour passer la nuit. Nous sommes en Colombie Britannique.| Mai 2012 | ||||||||||
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