Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 21:44

   Tout cet été, j'ai laissé les ruisseaux aux touristes. Aujourd'hui, 15 septembre : le matin me trouve planté devant la porte, avec à mes pieds un gros sac pour les waders, les godillots de wading, le gilet de pêche et autres slips , tee-shirts,  chaussettes, etc ...  Et un sac à dos pour les bagages à main. J-P... et M... vont arriver, me récupérer en passant, et direction plein pot vers Toulouse Blagnac... Un petit saut à Frankfort et vole jusqu' au Canada. Pas le Canada de Québec, ce serait trop facile ! Mais Calgary, côté anglophone. Je vais encore me retrouver bouche bée, l'air pas malin du tout, à écouter la réponse anglaise à la question que je me serai malheureusement laissé aller à poser ! Pendant huit ans j'ai ingurgité une bonne quantité de mots à force de punitions, de colles, de devoirs supplémentaires. On m'a appris à les agencer pour construire des phrases. Bien que souvent mes constructions s'apparentais plutôt à une juxtaposition de mots tirés d'un chapeau où on les avait mélangés ( " boulègue ! boulègue ! " dit-on chez nous, au bistrot du coin . ) Thèmes, versions et inversement. Tout par écrit. Rien de parlé. D'ailleurs, comment peut-on faire parler tous les 30 élèves- ou plus - d'une classe en 1 heure ? C'est donc J-P... qui parlera. Il s'est tapé quelques mois au Canada, dans son jeune age. Ca sert...
   Nous atterrissons donc à Calgary, avec un décalage horaire de 8 heures. Dans ces conditions, il fait toujours soleil en plein ciel. Récupération des bagages avec une crainte sournoise de n'en voir arriver que la moitié ; surtout l'étui avec les cannes. Tout est là. Nous trouverons un hotel pas trop loin avec une voiture pour venir nous chercher. La nuit sera bonne et le lever vers 8 heures. 
   Un coup de fil au loueur du camping-car qui vient nous chercher. Le même engin que dans toute l'amérique du nord.

Grand, confortable,d'une esthétique toute fonctionnelle, avec une grosse cavalerie sous le capot. Des chevaux, ça boit. On s'apercevra vite que le réservoir contient autour de 200 litres, qu'il faut le remplir souvent, et que l'essence coûte 1 dollar canadien ( 0,65 € ) le litre. Moins qu'en France, mais quand on en met beaucoup... Pour sortir de la ville, nous jetons un oeil sur le plan de Calgary : un jeu de dames où toutes les cases sont de la même couleur. Au milieu, des immeubles, autour, l'incontournable mobil-homme, ou quelque chose qui lui ressemble

Comme aux U-S. A part qu'ici, il n'y a pas, que je sache, des tornades pour souffler les plaques de bois aggloméré et les toits en tôle. L'Amérique du Nord n'a tiré aucune leçon de l'histoire des trois petits cochons et du loup qui s'époumone devant une maison en briques, la seule qui résiste.
   Sortis de la ville en damier, nous atteignons la campagne... en damiers ! Au départ, j'ai cru qu'ils avaient simplifié le tracé des routes, en les inscrivant toute droites. Mais non, la campagne est désespérément plate, avec des routes désespérément droites. Parfois goudronnées, sinon ce sont les fameuses "gravel-roads" où les véhicules de location ne doivent pas circuler. Inaplicable pour nous. Nous circulerons partout, tout droit, à 80 ou 90 km/h ( vitesse sur le goudron, quand même ! ) Pas la peine de dépenser autant d'essence pour se traîner comme un escargot. Comme c'est J-P... qui a organisé le voyage et décidé des rivières que nous allons pêcher, je ravale mon scepticisme. Mais de la truite, dans un pays aussi plat, je doute...et je ne dis rien.

On roule vers un pont sur la Bow, grande rivière au sud de Calgary. La vue du premier ruisseau que l'on traverse ne me dit rien qui vaille. Plutôt minable, il coule au milieu de rien du tout avec, tout là-bas,un pêcheur qui tente sa chance dans le seul coin où il y a plus de 15 cm d'eau. Vision pas particulièrement exhaltante...

   Et nous voilà sur la Bow River. Elle est large et puissante.

Le fond n'est pas très net et je n'aime guère cette mousse qui recouvre les cailloux. Elle doit cependant contenir de belles pièces.  En plus, nous ne sommes pas seuls : c'est un signe. Pas de gobages sous le pont. Aucune activité.
Je monte deux nymphes : en bout, bille jaune n°4 avec dubbing de lièvre naturel et en potence, une faisan tail, le tout sur 12/100 ième. Et c'est là l'erreur : première touche, première casse ! Je remonte sur 14/100 ième. Deuxième touche, deuxième casse . Ca commence bien ! Et ce n'est pas le white fish de 18 cm que je monte ensuite, qui me cassera le 16/100 ième, que je mettrai, enfin. M... qui attaque en 16/10 ième se fait démolir aussi. Mais ensuite, près de la pile du pont, il sortira sans compter des arc-en-ciel. Il y a donc du poisson, et du gros. J-P... a plus de chance en amont : plusieurs a-e-c, dont une de 50 cm, en sèche.C'est aujourd'hui que ça démarre !
   Le matin, le jour se lève sur un vent frais. Après le " petit " déjeuner - oeufs, bacon, bière et café aux tartines de confiture sur pain de mie - nous refaisons un petit tour sur la Bow. J'emprunte les passages laissés par les castors dans les roseaux, pour explorer la veine profonde entre la rive et la pile du pont. Et je me fais encore casser sur 16/100 ième ! Je ne donnerai pas la marque du nouveau fil que j'utilise, acheté exprès pour l'occasion, car très résistant... sur le papie . Vraissemblablement, il n'aime pas mes noeuds. En face de moi, J-P... prend trois jolies a-e-c de 40 cm. Elles ont une belle défense. Rien à voir avec nos grasses " bassines " à manche courtes ! Départs violents prenant des mètres de soie, chandelles hors de l'eau... Un plaisir ! M... se contentera de deux petites. Et moi qui me sens bien léger à côté de ces deux champions de la mouche, je termine avec deux petits white fish de 20 cm... Mais je suis le seul à avoir pris ce type de poisson. Peut être parce que c'est plus difficile ... ?
  Vers midi, nous prenons la " gravel road " pour le sud. Bien sûr, nous nous égarons un peu dans les " méandres "  du damier avant d'atteindre Lethbridge. C'est dans un super marché que nous payons 50 dollars canadiens pour le permis de l'Alberta, pour l'année. Dans un immense magasin d'articles de pêche et surtout de chasse, on nous renseigne très aimablement  sur les meilleurs endroits du coin. Ici, pas de concurrence: sans doute parce que le " no kill " est dans les gènes ! Par courtoisie et aussi par curiosité, nous achetons quelques " mouches " : seules les énormes sauterelles sont à peu près ressemblantes. Pour le reste, c'est gros, coloré et ça a du poil partout. Sur hameçons N°10, au moins. Ca sera parfait pour le black-bass en France. Et moi qui ai plein de " cul de canard "  montés sur N°16, voire 18 !  Côté mouches, avec J-P..., nous sommes fournis. Quant à M... il pestera tout le séjour après sa boîte quasiment vide - dit-il - mais ça ne l'empêchera pas de faire de très beaux tableaux. Peut-être même les meilleurs !
   Tout le pays n'est qu'un plateau sans arbres recouvert, soit par de l'herbe séchée par le soleil d'été, soit par d'immenses étendues de céréale courte de paille - blé ?. C'est septembre, et nous sommes en pleines moissons. Les machines tournent à fond. Moissonneuses d'une coupe que nous estimons, d'un commun accord, à 15 m ! Ici et là, des silos en tôle et de gros camions tractant deux trémies. La piste débouche sur une ferme cachée dans un bosquet, près de la rivière : la Sainte-Marie River. Plutôt que rivière, j'ai envie de parler d " oued " tant ce petit coin de  pays me rappelle certains torrents du Moyen-Atlas marocain. Sauf qu'ici, la roche tient plus du schiste gris que du basalte noir. Les eaux sont basses. Pas d'arbre. Peu de trous et des fonds de gravier aux gros cailloux. Vers l'amont, un grand virage avec un grand calme. Vers l'aval, des petits courants de part et d'autre d'une île. Au milieu, une piste qui va se perdre dans l'immensité des vallonnements herbeux  et secs, et que deux pêcheurs français emprunterons demain...    C'est le coup du soir. Sur 16/100 ième - j'ai compris ! - je mets encore une nymphe au casque N° 4 avec un dubbing de museau de lièvre sur hameçon N° 12, et en potence, une faisan tail. J-P... part vers le haut, et je commence sous le radier de la piste. C'est à peine si j'ai déroulé suffisamment de soie qu'au premier passage j'ai un départ violent suivi d'un tas d'éclaboussement et de sauts en chandelle : une belle a.e.c. toute irisée, magnifique. Cette fois, je suis prudent et, dans ce bras étroit et peu profond,  elle n'a pas trop d'espace pour se battre. La belle s'abandonne assez vite. C'est après avoir fait mon plein d'adrénaline que je la remets à l'eau. Je n'ose pas le dire , tant cela me paraît improbable, et pourtant, elle fait bien ses 50 cm ! Et l'appareil photo qui est resté dans le camion !
   La nuit tombe et quelques poissons se mettent à gober timidement . Je range vite mes nymphes et sort un c.d.c. monté sur un hameçon de 16. Ca me paraît plutôt petit, ce qui gobe. Il me faudra 10 bonnes minutes pour enfiler ma mouche, le nez en l'air pour profiter de la dernière clarté. Je fouette tout près, quelque part devant moi. Je ne vois pas le gobage, mais au bruit, je sais que c'est une grosse. Elle "ne mesure que" 40 cm et résiste peu de temps à mon 16/100ième. Retour au Camping-car qui m'observe depuis le bord du talus au-dessus de moi. J-P... a fait une belle bredouille en eau calme, et M... est resté à la vaisselle et au ménage - sacrifice volontaire ! Repas au riz qui restera un peu trop longtemps sur le feu. Les arpettes râlent , parlent de porter le " pet " au syndicat, mais nettoient. Et au lit.   
    Au réveil, soleil plein pot et vent très sec. Grand petit-déjeuner et hop ! dans les waders. Oh ! ce n'est pas le lever du jour : on dort bien dans un camping-car !  Mais vers les 9 h nous sommes fin prêts. Lors des "briffings " en France, nous avons pensé : les Rocheuses = montagnes, peut-être neige :  eaux glacées. Donc, waders chauds, en néoprène de 5 mm. Ce qui était vrai pour l'Alaska ne l'est plus quelques milliers de kilomètres plus bas. Il n'y a pas la moindre trace de neige dans cette plaine - et il n'y en aura pas plus en montagne - et les eaux sont certes très fraiches, mais pas glacées. Le seul qui s'est bien débrouillé, c'est J-P... qui a prévu un wader "de rechange" en toile, au cas ou l'un de nous trois aurait un problème. Dans mon armure, j'ai du mal à plier les jambes et à sauter les rochers. Mais je n'ai pas froid. Au soleil, sous mon tee-shirt, je boue. Ca fermente dur là-dedans. La nuit, je ne voudrais pas mettre mon nez dans la soute où nous rangeons nos affaires; mouillées dehors, et puant la transpiration rancie par les émanations de néoprène, dedans. Mon collant noir - des frères Jacques, selon les copains ! - il vaut mieux le laisser à sécher sur le rétroviseur, la nuit.  Ma canne - pardon: mon stick de wading - suspendu à la ceinture, chaussé de mes " pneus à clous ", sous un chapeau de toile informe, habillé d'un gilet rouge décoloré par la pluie et le soleil, boursoufflé par les multiples boîtes à mouches et autre gadgets : voilà le tableau. En plus, mon wader est " vert batracien " selon les dire de ma fille !   Je devrai traîner cet attirail pendant 15  jours. Combien de fois ai-je porté un regard concupiscent  aux waders en toile exposés à Fernie chez un marchand d'articles de pêche.
   J-P... et M..., jeunes et bien portants, partent sur la piste, coupant à travers la prairie. Je les vois disparaître au loin, derrière la colline. Je reprends mon coin de pêche d'hier, en espérant que les truites m'auront oublié. Même monture de nymphes sans indicateur, mais sur 20/100ième cette fois. Au diable la délicatesse ! Après deux heures de pêche et un tout petit white fish, je n'espérais plus rien quand, au fond d'une petite île, dans un fort courant, j'ai un départ fulgurant. Celle-là, je ne veux pas la casser. Elle me réroule toute la soie, et je crois que c'est la première fois que je vois apparaître le backing. Direct vers l'aval. Subitement, changement de cap : la voilà qui revient. J'ai du mal à " pomper " suffisamment vite pour ne pas lui laisser du " mou ". A peine à mes pieds, la voilà repartie, le nez vers le fond, la queue en surface. Position qui conviendrait plus à une fario, voire à un barbeau, qu'à une belle a.e.c.. " Empégué " dans ma soie qui recouvre mes chaussures, ma canne dangereusement pliée, je sors mon appareil à photos de la poche étanche - pour ne pas renouveler l'expérience du plongeon, en Alaska - Je  tente quelques clichés. Heureusement, je réussi celui de la canne pliée, car pour le reste...
La belle retourne vers le fond de l'île et j'arrive à la diriger vers l'autre bras de la rivière, plus calme. Le combat durera encore un bon moment, jusqu'à ce que je puisse la prendre d'une main, appareil photos de l'autre. D'un grand coup de queue elle reprendra le large, à peine décrochée de ma nymphe. Pas de photo. La taille : 60 cm. J'ai peur que l'on ne me croit pas...! Mais le souvenir reste. Je poursuis sans grande conviction et rentre après avoir pris un autre petit white fish.
   Les deux compères reviennent, fourbus. Ils ont descendu des kilomètres de rivière en pêchant en nymphe. Ils revendiqueront quelques " gwelles " auxquelles M... ajoutera une belle fario de 40 cm. Rare, cette race de truite, ici. Ils ont aussi décroché deux ou trois pièces très grosses. Comme je le dis chaque fois," c'est fou  ce que les truites que l'on décroche sont belles ! "
    Nous reprenons la route à travers ces immensités parsemées de maisons isolées. A remarquer cependant : tout est clôturé sur des centaines de kilomètres par du fil de fer barbelé, soutenu par des millions de piquets en bois. Pas le moindre coin pour garer son camion, pas le moindre passage - fermé - qui ne possède son panneau " no trepassing" ou " no enter", et souvent les deux ! Des immensités, certes, mais bien encadrées. On sent du "chacun pour soi ". Heureusement, les nombreuses églises - en  bois peint - de différentes congrégations permettent aux gens de se rencontrer, de se réunir ... Dans la seule petite ville que nous traversons, le petit commerçant asiatique n'a pas de bières à nous vendre. Pour passer la nuit, nous arrivons sous Waterton Dam ( barrage )
   Le lendemain, nous faisons un essai en nymphe. Les eaux sont bizarres : sur les cailloux, une mousse blanche s'accroche à nos hameçons comme s'il s'agissait d'une touffe de laine mouillée. Pas très ragoûtant ! D'autant plus que je vois passer des peaux. " Des truites moulinées par les turbines ? " suggère J-P... M... pêche sans y croire et est tellement surpris par une attaque que c'est en total déséquilibre qu'il ferrera la belle fario de 50 cm ramenée au bord. Encore une fario, et c'est encore M... qui la prend.
   Pas la peine de s'attarder. Par la route 505 nous atteignons l'Old Man River, sous l'Old Man Dam. Elle est large et profonde, canalisée à la sortie des eaux par un important enrochement en épis. Plus bas, après le camping, je pars avec M... prospecter les courants. Il se place en face d'un gros rocher faisant remous et sort une " petite " et maigre bulltrout de 60 cm - environ ! Il prendra encore une petite a.e.c. puis se fera casser. Et moi, je pêche juste au dessous, pour rien. J-P..., au-dessus, parle de deux ou trois " petites  m...". Je relativise : ses " petites " doivent faire 30 cm ! Le coup du soir est nul  et ne nous empêche pas d'apprécier le repas, toujours préparé par J-P... notre coq en chef ! Pour nous les M&M, c'est la plonge. Remarque : repas à l'eau plate ce soir ; il n'y avait pas de bière chez le chinois.
    C'est vers 7 h que nous émergeons ce matin. A la sortie du barrage, entre les épis de rochers, J-P se fait casser. Entre ces blocs, dans ces eaux profondes, il doit y avoir de sacrées bêtes. Mais on ne s'attarde pas : on prend la route 510, qui fait le tour du lac. Le problème, dans ce pays, c'est de trouver les accès à la rivière. La piste suit de très loin le cours d'eau et tout ce qui ressemblerait à un passage est fermé par les fils de fer barbelés, et décoré des classiques panneaux : no trepassing, no enter....Dans leur petite maison de bois peinte en blanc, au milieu de l'immensité de ces paysages, les habitants doivent vraiment aimer être seul....ou craindre " l'autre ".
   Arrivés à un pont, en 5 minutes nous revêtons nos armures, enfonçons le chapeau sur la tête, coinçeons les lunettes polarisantes sur le nez et partons, cannes à la main. Nous nous répartissons les tâches : J-P... et M..., vieux couple de baroudeurs partent ensemble vers l'aval, et moi vers l'amont. La rivière, pas très large, n'est pas très profonde. L'eau court entre les gros galets. Je remonte jusqu'au premier trou et... j'y reste ! Arrêt sur gobages ! Les a.e.c. ne sont pas très grosses, mais j'en sors une dizaine de 30 à 35 centimètres. Pas très grosses ! Je deviens difficile. Dix truites de 30 à 35, chez moi et je prends une cuite ! Ici, c'est banal, voire médiocre. J-P... et M... que je retrouve au camping-car ne sont pas allé loin. A quelques dizaines de mètres du pont ils ont sorti un vol de truites, plus grosses que les miennes. Et tout cela, nous l'avons pris en sèche. Le pied. En plus, pas très regardantes, les bestioles : du cul de canard à l'araignée en passant par le sedge, tout marche. Je sors pour la première fois mon G.G.S. ( cf : Truites et ombres de Croatie, sur la Gachka avec C...) Qui fera un malheur tout au long du séjour. Enfin, un petit  " malheur " par rapport aux cartons des deux champions que j'accompagne !
    Comme c'est toujours mieux ailleurs, nous cherchons un coin plus haut sur la rivière, un endroit pour la nuit. Une aire de camping sauvage et officielle, avec table et w.c. fera l'affaire. Nous avons des voisins, chasseurs à l'arc. Sans doute sont-t-ils après les nombreux wapitis - des cerfs, en fait - que nous apercevons aux creux des vallons. L'approche pour tirer la bête à l'arc, ça doit être du grand art, sur ces terrains dénudés !
     Au coup du soir, si avec M... nous faisons une bredouille, J-P... pique une a.e.c. pas très grosse sur laquelle se précipite une énorme bulltrout : il y a du beau monde dans ces trous !
     Et c'est la nuit et un sommeil qui arrive vite, après un repas toujours copieux. Mais je suis vite réveillé par une température glaciale. C'est le mot : la buée a gelé sur les vitres, à l'intérieur du véhicule.
     On y revient ! A quoi sert de se doucher quand il faut remettre les collants type " frères Jacques " et les waders puants ! On n'est pas regardant. Répartition des lieux : moi en amont, eux en aval. Comme ça je peux commencer à pêcher tout de suite (en mouche sèche, on pêche en remontant la rivière  ) et mes vieilles jambes ne souffriront qu'au retour ! La rivière, encaissée entre dans les rochers, n'est qu'une succession de bassins avec, au fond,  des plaques  verticales ( de schiste ? ).   Pas facile de crapahuter là dedans ! En remontant assez vite - trop vite pour pêcher correctement les coups - j'arrive sur un grand plat avec en bout de gros rochers que l'eau a  dégagé . Pas de gobages. Je mets un gros sedge en poils de chevreuil en guise d'indicateur pour les deux nymphes habituelles, sur 16/10 ième. Et j'essuie deux gros refus sur mon indicateur ! Changement rapide de montage pour un G.G.S monté sur un hameçon de 12. Sur l'eau,ça fait un gros paquet de c.d.c. que les truites  se disputerons.  Ce sont mes premières cutthroats, au trait rouge sanglant  sous les ouïes.   Je pêche au milieu de la rivière, avec des coups sur un demi-cercle devant moi. Je commence bien sûr en fond de plat, et pose ma mouche sur vingt centimètres d'eau. Gros gobage et départ fulgurant. C'est bon d'entendre le moulinet qui déroule à toute vitesse et de voir la soie qui s'en va jusqu'au backing. Je suis pourtant monté sur du 16/100 ième, mais la canne pliée au maximum, je ne peux pas résister plus. La truite n'est pas une débutante. Tout là-bas, à plus de 30 mètres, elle se cale derrière un de ces gros rechers bien dégagé. Elle le contourne et mon fil ne résiste pas à l'usure sur le caillou. Cassé ! Ca ne fait rien . Celle là, elle doit connaître la combine, et ce ne doit pas être le premier hameçon qu'elle a à retirer de sa gueule. Je me contenterai de huit truites de 40 cm ou plus, et d'un  white fish que nous mangerons. Excellent poisson, apparenté, paraît-il au corégone ( comme je ne connais pas le corégone... ) . J-P... et M..., en plus d'une grosse cutthroat prise au streamer, attraperont trois ou quatre a.e.c. de 40 cm. Par rapport à eux, pour une fois, je ne me suis pas trop mal débrouillé.  L'après-midi, un vent violent se lève et nous empèchera de pêcher correctement.
     A peine un kilomètre plus en amont, nous nous arrêterons sur un autre emplacement avec commodités ! Ah ! S'il y avait des w-c aussi propres sur les aires de stationnement en France... Et avec papier, s'il vous plaît ! Je pêche en amont - encore -  et ne prends qu'une a.e.c. de 35 cm à peine. De retour au camping-car, je m'assois à une table de pique-nique pour prendre quelques minutes de repos en attendant les copains, et j'en profite pour lier amitié avec un adorable chien de prairie, véritable marmotte en miniature .

J'aperçois bientôt mes deux compères qui, de chaque veine d'eau, tirent trois ou quatre truites. Pêche lente, systématique. Rien à voir avec le brouillon que je suis. Que n'ai-je pas dit, en le leur faisant remarquer ! Ils" m'obligent " à remettre mon armure couleur vert batracien, et J-P... retrouve ses instincts d'ancien guide de pêche : "pose ta mouche là ...trop long...Tu dragues...recommence... trop droite ta soie..." Je prends trois " gwelles " pendant que lui sort truite sur truite, tout en m'expliquant. Et c'est à partir de ce moment là que je suis devenu le dragueur de l'équipe. Mais rien à voir avec les filles du coin. D'ailleurs, où sont-elles ?
   Reprenons la route. Changement de décors. Des vallons succèdent à la pleine. Seuls restent les kilomètres de clôture. Par-ci par-là, disséminées dans l'immensité des champs, des petites maisons. J'ai failli écrire  : des "baraques". Les voisins ne se gènent pas entre eux, dans ce pays !  J'essaie d'immaginer la vie quand tout cela est recouvert de neige... Au loin, les premiers sommets des Rocheuses. Après la Crowsnest Pass, nous trouverons un petit coin pénard pour passer la nuit. Nous sommes en Colombie Britannique.
      
Par Baetis
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Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 23:03

  J'ai aimé, j'y reviens ! 7h du matin, le moteur tourne. Avec B..., cette fois, je repars pour la troisième fois dans l'ex-Yougoslavie.  B... qui m'a emmené au Montana, en Alaska et en Ecosse. Pas d'avion à prendre. Nous avons un camion avec soute et placards, cuisine et "chambres'. Et même un cabinet de toilette avec douche chaude ! L'indépendance totale, en quelque sorte . Et ce n'est pas pour quatre matins que nous embarquons, mais pour trois bonnes semaines. Le temps de voir et d'apprécier.
  Au programme : la Slovénie et les fameuses Soca et Idrijka ; la Croatie bien connue avec la Kupa et la Gacka ; et la Bosnie, avec l'Unec et l'Una. Et d'autres rivières si cela ce présente.
  C'est parti pour près de 1300 km d'autoroute. Pour la multitude de tunnels en Italie, et la fastidieuse plaine du Pô. Comme d'habitude nous dormirons vers Venise. Dans un recoin d'aire d'autoroute plutôt calme pour l'endroit. D'ailleurs, cela n'a pas beacoup d'importance : assommés de fatigue, nous sombrerons comme deux grands bébé.
  Le matin : un peu d'eau sur le museau, nettoyage des quenottes et nous nous glissons entre les camions pour une nouvelle journée.. Une demi journée, plutôt : la Soca --prononcer " Sotcha"-- n'est pas très loin. Arrivée à Tolmin vers midi et premier repas à la terrasse d'un restaurant du coin, au dessus de la rivière, ou plutôt d'un lac de barrage sur la rivière.

  Les eaux sont très vertes : eaux de neige ?
  Nous prenons nos permis pour trois jours, au prix exhorbitant de 140 € en tout. Sous Tolmin, à Brod na Soci, c'est le confluent de la Soca qui descend des Alpes autrichiennes et de l'Idrijka qui naît dans un massif de Slovénie

  D'un côté, eaux fortes et vertes de la fonte des neiges qui blanchissent encore les sommets, et de l'autre, eaux claires et basses, roulant sur de gros galets.
  Nous optons pour la seconde rivière aux gros cailloux. L'enfer pour mes pauvres pieds ! Les eaux sont claires, certes, mais le fond est douteux. Je connais cette mousse sombre qui recouvre tout et rend le fond extrèmement glissant. On laisse une trace claire en marchant sur les fonds sablonneux. Ici aussi, il y a quelque ville ou village qui pollue en amont. C'est cher payé pour une qualité si médiocre.
  Le premier poisson sera on ombret de 15 cm pris par B... Suivi d'une truite de 50cm qui cassera à la remise à l'eau. Une arc-en-ciel. Une truite de bassine ! Faire tant de kilomètres pour prendre des bêtes de pisciculture, dans une rivière polluée de surcroît. Je pense que, sur un forum bien connu des pêcheurs à la mouche, certains intervenants devraient modérer leur enthousiasme quand ils parlent de l'Idrijka ! Ca éviterait les déceptions pour ceux qui se fient à leur propos pour organiser leur voyage. A moins que ce ne soit fait exprès...
  Après un coup du soir sans la moindre éclosion, sans la moidre activité, c'est de nuit que nous cherchons un coin pour dormir. Nous avons bien repéré un camping vers Bovec, mais c'est trop loin. Et de toute manière je préfère la solitude nocturne. Retour vers le bas de l'Idrijka, sous un pont... de chemin de fer !  Et un pont métallique , en plus !

Nous n'entendrons que le premier train. Les autres ne troubleront pas notre sommeil de plomb.
  Réveil à...8h45 ! Second jour de pêche. Pas très enthousiastes. Mais nous avons pris le permis pour trois jours : une erreur à ne pas renouveler. Si le premier essai est infructueux, mieux vaut ne pas être enchaîné à un lieu. Mais nous avons payé, et payé cher. On en bavera jusqu'au bout...
   Rencontre avec deux pêcheurs suisses. Sur leur conseil, nous allons sur la Boca, rivière qui vient se perdre dans l'Idrijka, tout près de notre "dortoir". Eaux très claires et gros galets. On pourrait pêcher à vue... si on voyait des poissons ! Pourtant, il doit bien y en avoir : B...sortira une belle fario d'un kilo et sera vivtime d'un décrochage. Une grosse arc-en-ciel semble-t-il. En nymphe. Moi, en sèche, je ferai une belle bredouille. J'essaie bien de pêcher en nymphe avec un indicateur ; mais, outre que c'est la galère pour obtenir un semblant de précision dans mes fouettés, je n'aime pas du tout cette pêche au "bouchon". Ca me rappelle la pêche aux barbeaux dans les courants du Tarn.
   Pour le coup du soir, ce sera sous le pont de chemin de fer où, de jour, nous trouvons un petit coin bétonné, avec un semblant de lavabo cloué sur un arbre, et un robinet...sans eau ! Quant aux poissons, dans une Idrijka aussi polluée que nombre de rivières de chez nous, nous en prendrons deux. Deux arc-en-ciel de cirque, ventrues et à moignons. La mienne fait 40 cm, et B... sera meilleur avec une truite de 50cm. Il sera d'ailleurs toujours meilleur ! Va falloir que je m'y fasse : ce sera ainsi jusqu'au dernier jour. Pas un hasard sans doute.
  Avec deux "pivos"--nom générique de la bière dans tous les pays de l'Europe de l'Est --quelques patates à l'eau mélangées à une daube--conserve maison-- nous sommes bons pour un gros dodo, bercés par quelques trains qui nous passent bruyamment sur la tête, jusqu'à...8h45 !
   Le matin nous voit émerger, mais indécis... Qu'allons nous faire un jour de plus avec, au choix, une rivière aux eaux basses et polluées, une autre plus petite, belle, mais aux poissons incertains et peu coopératifs, et une troisième qui nous conviendrait bien si elle était dans son état normal ; la Soca est magnifique mais forte de son eau de neige et difficilement pêchable. Il ne sera pas dit pourtant que nous aurons largué les derniers 50€ pour rien.Nous posons nos mouches sur les bordures, sur cette eau froide et verte. Magnifique, d'ailleurs. Mais pas facile de remonter le courant avec de l'eau jusqu'aux hanches. Pendant deux heures. Pour rien.

   Nous reprenons la route avec un sentiment de regret et d'acte partiellement accompli, le long de l'Idijka, vers Ljubijana et la Croatie proche. Plus nous remontons la rivière, plus son fond devient sombre, colmaté par la mousse. Arrêt à Idrija où malgré tout nous apercevons une truite qui survit . Heureusement, le fond de la bouteille de "pivo" n'a rien à voir avec celui de la rivière ! C'est la fin de l'après-midi : nous voilà à Brod na Kupi sur la frontière Croato-Slovène.
   Là, je connais. Rien n'a changé depuis l'an dernier. Je sais où trouver l'eau et où garer mes quatre roues pour la nuit.. Ici, camping sauvage obligatoire : par de terrain à l'horizon. Après une visite des lieux pour montrer la rivière à B... ,repas et au lit.
   Le lendemain, visite du grand centre du coin : Delnice, à une douzaine de kilomètres. C'est à la poste que nous changeons quelques euros. Nous ne sommes plus dans l'Union européenne, et on paye en Kunas. Deux superettes, un marchand de fruits et quelques autres magasins divers suffiront à nos besoins. Pour un français, le plus difficile, c'est pour le pain : grosses flûtes molles qui tiennent plus du pain de mie que du pain de campagne croustillant de chez nous. De toute manière, j'ai rarement vu des français à l'étranger contents de la nourriture autochtone.Tout au moins dans les pays où il y a des truites ! Sauf en Espagne... Nous faisons le plein d'eau à "ma"source habituelle, sous le panneau de Cocicin (prononcer : Cochichin)

   Et c'est parti pour une partie de pêche, à150 kunas ( 21 € environs ). Je suis un  pêcheur bien moyen en mouche sèche, et en nymphe, je n'y connais pas grand chose ! Quand il n'y a pas de gobages, il faut bien s'adapter. Me voilà à nouveau avec un "casque d'or" au bout du fil et un indicateur en patte toute rose ! Pas chaud du tout, le mec, pour pêcher avec cet attirail. Mais je m'y fais, et après quelques sac de noeuds, je mets même en potence une micro nymphe sombre. Si ce n'est pas efficace, j'embrouillerai encore plus : ça fera passer le temps ! Surprise : je prends, dans la matinée, six ombres dont un qui doit bien "peser" ses 45 cm ! Belle bête, grâce à ma micro-nymphe. Je commence à trouver quelque interêt dans ce montage. D'autant plus que mes fouettés se sont nettement améliorés. Dans l'après-midi, je ne ferai que quelques rares "gouelles". Au coup du soir, toujours pas de gobages malgré les éclosions--rares-- de sedges. Après deux casses sur ma micro-nymphe, je passerai du 10 au 12/10ième. Quand je dis "pas de gobages", ce n'est pas tout à fait vrai. Par deux fois, un ombre de belle taille est venu me piquer... la patte rose de mon indicateur ! Proposez à des gens une côte à l'os et voilà-t-y pas qu'ils préfèrent le hamburger du Macdo ! Et cela nous est arrivé plusieurs fois, dans le séjour. J'ai même été tenté de mettre un peu de cette mixture sur un hameçon à la place de ma mouche sèche. Ils auraient été foutus de me bouder l'appas. Allez comprendre ces bestioles !
   B... fera neuf ombres le matin ; sept en sèche, dont le plus gros de la journée. Il se permettra même de sortir deux "cabots" (chevesnes) au coup du soir.
   A noter : nous avons eu droit au passage du premier canot pneumatique, avec six hommes à bord. Ca crie, ça hurle,ça tape l'eau avec les pagaies, ça ne salue pas, et ça se fout de notre gueule quand ça passe. Rien à ajouter...
   Heureux de notre journée, nous plongeons dans nos couettes vers 23h30, après l'habituel repas arrosé de "pivo"...et peut-être aussi d'un peu de Bordeaux...
   Le lendemain matin, ça démarre fort. La batterie auxiliaire est à plat, et quand le motaur tourne, elle ne charge pas. Les années se suivent et se ressemblent. L'an dernier, c'est sur la placette de Brod na Kupi que j'ai le nez dans le moteur, en train de bricoler un montage en parallèle des deux batteries. A refaire ! Nous roulons tous les jours un peu : ça devrait charger suffisamment. Trois tours de clé et cinquante centimètres de fil électrique plus loin et c'est reparti !
   Au lever, devant nous, le canot d'hier est sur le bord d'en face, où les gars si polis ont planté leur camp. En plus, ils pêchent au lancer, à la cuillère. Ils prennent ... un chevesne ! Bien fait !
   Sur l'autre berge, tous les pêcheurs vous le diront : c'est meilleur. Nous passons donc la frontière pour la seconde fois. Dans les jours qui viennent, les douaniers auront souvent affaire à nous. Ou l'inverse !  Il n'y aura jamais le moindre problème. Nous remontons la rivière côté Slovène et nous nous apercevrons vite que les autochtones aiment aussi la pêche. Il y a du monde partout et paradoxallement assez peu de voitures.Oubien ils sont venus à six par véhicule, ou, comme le dit B... :  "c'est un bus qui les a déposé" !
   Le matin, je prends uns quinzaine d'ombres de belle taille. De trente à trente deux centimètres. Ils ont bien mangé, cet hiver : ils sont plus gros que l'an passé. Ou c'est parce que je pêche en nymphe ?

   B... n'en prendra que trois ou quatre. Aujourd'hui, il est plus rochon que d'habitude : peu de poissons et trop de pêcheurs. Au coup du soir, il en sortira un de 40 cm, juste sous le camping-car.

Le coin deviendra sa boutique à ombres où tous les jours il dérouillera sa canne avec  les deux ou trois spécimens qui lui resteront fidèles. D'où l'intérêt du "no-kill'.
   Il fait déjà nuit. B... est au fourneau, et ensuite ce sera la plonge pour moi. Encore une nuit sans rêve, jusqu'à ...8h45. Je ne le répèterai pas : nous nous lèverons tous les jours à la même heure !
     La journée s'annonce mal pour moi : inflammation à mon gros orteil droit, avec peut-être infection au coin de l'ongle. Pommade, pansement sous le chausson en néoprène du wader. Le tout calé dans la chaussure à clous. Avec la macération dans la transpiration, toute la journée, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur des remèdes. Faudra bien faire avec !
   Même scénario tous les jours : lever, petit déj, douche --pas tous les jours -- permis et café au bistrot en Croatie.
  Entre 10 h et 14 h les ombres mordent bien, mais l'après-midi, je marche beaucoup pour pas grand chose. Sauf pour me faire mal au pied. Au coup du soir, je piquerai trois gros pépères de 40 cm, à la micro-nymphe, au "bouchon". D'ailleurs, à la place de la patte rose, je mettrais un jour, un vrai bouchon toulousain ! Je suis sûr que ça marchera pareil. B... fait un mauvais coup du soir. Peut-être sont-ils devenus plus difficiles, au contact du monde vu hier ? Bien sûr, on les remet à l'eau. Mais eux, ils ne le savent pas, qu'ils ne risquent rien !

   Encore une longue et bonne nuit à passer
   Après la cérémonie du permis en Croatie, nous retournons en Slovénie, près d'un centre de loisirs visiblement désaffecté. Je l'avais bien  dit que les douaniers finiraient par nous connaître ! C'est un endroit que j'aime bien.. Tout d'abord pour l'emplacement : tout près de la rivière et suffisamment plat pour que B... ne soit pas obligé de tenir la queue de la poêle pendant toute la cuisson de l'omelette ...
   Je pars sur la route vers l'aval. Pas discret, le vieux : la vallée résonne du bruit de mes godillots cloutés et du choc métallique de ma canne --pardon : mon bâton de wading ! -- sur le macadam. L'an passé, je me suis bien amusé dans ces petits courants, pendant que C..., depuis la route, faisait des photos. C...qui,dans un autre camping-car, avec une autre équipe de copains, est ce soir en train de taquiner les mêmes ombres. Je pêcherai encore toute la matinée au "bouchon" et prendrais encore un bon paquet de poissons de 30 cm en moyenne. Avec quelques truites, cette fois. Heureusement que nous relâchons ces pauvres bêtes. A ce rythme qui était le nôtre, en France, il y a 30 ans, il n'y aurait bientôt plus de poissons. Je vais en faire hurler beaucoup qui me diront : " mais si, il y a toujours beaucoup de poissons, mais maintenant, ils sont éduqués ! " Moi, vieux prof à la retraite, j'aurais bien aimé avoir la recette pour éduquer aussi efficacement les galapias que j'avais devant moi ! A croire que les poissons sont plus malins que notre progéniture. A voir comment, certains soirs, ils sélectionnent leur nourriture, et comment ils refusent mon imitation, je ne suis pas loin de le penser...
   Bon, revenons à notre Kupa ! B... est parti en amont. C'est plutôt calme, et il aime ça . Je le retrouverai, au moment du repas,complètement ébahi, espanté, sans voix ( enfin, c'est une manière de parler ! ) m'affirmant qu'il venait de vivre une de ses plus belles parties de pêche de sa vie. Des ombres pêchés tout en finesse, sur de minuscules gobages... Des ombres de 40cm et souvent plus... J'avoue ne jamais avoir vu B... dans un tel état de transe ! En fait, nous étions tous les deux... simplement heureux !
   L'après midi, c'est moi qui pars vers le haut. Je prendrai trois ou quatre gros poissons. Des oubliés ou des anciens atteints de cénilité. J'épinglerai aussi une belle et dodue fario.

Elle, elle n'a pas eu de chance : je l'ai mangée. Très bien préparée par un B... heureux d'avoir une poêle parfaitement stable sur le réchaud ! Les quelques autres truites que nous avons prises étaient de petites arc-en-ciel  d'une vingtaine de centimètres avec une robe très proche de celle d'un tacon.
   Coup du soir. Côte à côte, nous nous installons. B... commence à pêcher pendant que moi j'embrouille tout. Je dois refaire tout mon bas de ligne. C'est parti pour quatre noeuds de chirurgien. Ca me fait penser que, de ces noeuds, j'en ai plein le ventre, entr'autre ! Le nez en l'air, dans la clarté du ciel juste avant la nuit, je m'applique et monte ma mouche, avec l'aide d'un passe fil. Je fouette une fois, deux fois, trois fois, et c'est un arbre qui m'arrête. Je râle mais patiemment, je remonte la même mouche que celle restée dans le feuillage. Pour ne pas raccrocher, je me déplace légèrement, mais un caillou bloque sournoisement mon pied et je m'affale de tout mon long dans trente centimètres d'eau. Face au courant. Bien qu'il soit plutôt serré--non,non, ce n'est pas à cause d'un défaut de fabrication ! --, l'eau pénètre profondément dans mon wader pour arriver dans les chaussons quand je me relève. Et en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, me voilà râlant, pestant, bougonnant , sur le goudron, au rythme de ma canne et de mes croquenots cloutés ! Direction, le camping-car. Même B...a du mal à me suivre. Enfin, presque...
   Est-ce à cause de cela ? le tout est que l'épaule malmenée lors d'une chute au Maroc, il y a un mois, me fera souffrir toute la nuit. Et ça va durer. Mais c'est la gauche : je peux encore fouetter, à droite.
   Ne pas abuser des bonnes choses. Un pêcheur qui ne prend pas de poisson est mécontent : il change de place. Un pêcheur qui prend trop de poisson est vite blasé : il change de place. Moralité : la pêche est une éternelle quête. Le "mieux" est toujours ailleurs. Et le meilleur, une utopie. Nous partons pour la Gacka.
  Deux cent ciquante kunas de plus (35€), pour une journée, et nous voilà sur une rivière profonde, aux eaux limpides, serpentant au milieu des prés. Le camping-car s'arrête de lui-même auprès du même pont qu'en 2006 et 2008.   La première fois, notre journée avec C... s'était soldée par une magistale bredouille. L'an passé, c'était le contraire : une pêche miraculeuse. Et cette année ?  Des petites farios minables de 25 cm, toutes avec des moignons en guise de nageoires. Une pisciculture ! La mythique Gacka est devenue la minable Gacka. B... prendra une grosse arc-en-ciel, née elle aussi dans quelque bassin. Heureusement, le soir, le pavé grillé au barbecue remontera le moral.  Une habitude, ici.
   Le matin, nous repartons en vadrouille. J'ai  "entendu parler " -- toujours sur le forum de pêche à la mouche bien connu -- de deux rivières, à la frontière entre la Bosnie et la Croatie. L'Una et l' Unec. La route est compliquée : nous nous trompons souvent. Le moral est en baisse et le temps exécrable. La carte indique des postes frontaliers qui n'existent plus. C'est finalement un gars du pays qui nous guidera en voiture pour traverser en Bosnie. Le paysage change : nous avons quitté les églises fraichement repeintes pour des mosquées fraichement construites. La route suit la rivière, grande et calme au début, pour devenir plus rapide, mais trop profonde pour nos waders. Et tout au long, des voitures du pays et ...des pêcheurs. Que des cannes à lancer . Nous faisons de plus en plus la gueule... Martin Brod, le bled au confluent des deux rivières. Et au confluent aussi, une immense pisciculture ! Au dessous, des moucheurs, en rang d'oignons, les pieds bien calés dans les cailloux, bien fixes à leur poste. Sous les cannes, entre les algues noires, des truites sagement alignées. Parfois, une étourdie avale une nymphe , se bagarre un peu pour le fun, fait un tour à l'air libre et est relachée comme le fait tout vrai pêcheur. Ou qui se prend pour tel !
   On se laisse prendre en main par un jeune hotelier qui nous offre l'emplacement pour la nuit devant son établissement. Nous mangeons au restaurant et nous discutons un peu, dans notre anglais approximatif, avec un couple voisin.
   Au lever, hésitation.  Prendre ou ne pas prendre le permis. Un petit tour pour voir l'eau, et des vestiges d'un triste   moment pas si éloigné que cela .  
















  



Il fait froid, il pleut ... Nous repartons vers "nos" ombres de la Kupa.
   Retour au centre de loisir désaffecté, côté Slovène. Nous y reviendrons tous les soirs, après avoir testé tous les coups de la rivière. A part une petite journée, un samedi passé entre pêcheurs et canoës, nous prendrons de nombreux poissons de taille respectable. En sèche ou en nymphe. Un autrichien nous indique une autre rivière vers les Alpes, au nord de la Slovénie. Il n'en fallait pas plus pour nous retrouver en selle ! Et roule....
   Passage par Delnice pour refaire des euros à partir des kunas. Tiens, dans ce sens, la poste se dit "incompétente". Ca marche à la banque. Une dernière visite à nos douaniers qui vont perdre une grande partie de leur activité journalière avec notre départ, et en route vers Ljubljana et les Kamnisko Savinjske Alpe ( ! )
   La rivière est belle. Avec encore beaucoup trop d'eau pour nos waders. Impossible de trouver un emplacement pour stationner, le long de la route qui la longe. Vers l'aval, depuis un pont, nous voyons deux pêcheurs en plein courant, dans l'eau jusqu'aux aisselles. Moi qui m'étale dans trente centimètres d'eau ... C'est pas fait pour nous motiver, malgré les deux truites que nous leur voyons prendre. Pas facile de se décider quand on arrive dans un coin inconnu. Et puis, à quelques kilomètres de là, il y a la Sava que B... connaît bien. Quatre fois, il l'a pêchée et j'étais avec lui, lors du dernier séjour, il y a ... 10 ans !
   La rivière est toujours très belle, avec ses eaux turquoises, extrêmement limpides. Installation au camping, les roues au bord de l'eau. Prise du permis, à 38 € par jour. Un peu fou, quand même ! Mais qui sont les plus fous ? Eux qui fixent le prix, ou nous qui payons ? On ne s'offrira pas cela pendant un mois...
   Premiers fouettés le matin, juste sous le camping. En nymphe, au "bouchon". C'est plein d'ombres pas très gros, mais très gourmands. Plus haut, dans l'après midi, nous réussirons beaucoup moins bien; mais B... retrouve son coin : il avait dix ans de moins ! Et moi aussi !  Le coup du soir est assez fabuleux : de grosses truites, en nymphe. Mais seulement des arc-en-ciel. Où sont donc passées les farios d'antant ? " Encavées à cause des eaux trop froides "  nous dit le garde en contrôlant nos permis.. Encore une rivière alevinée,mais avec des bestioles nerveuses et de très bonne qualité. Il doit y avoir un moment qu'elles hantent la rivière. Ces truites sont violentes et bagareuses. Et bruyantes dans leur ébats au bout de la ligne, à la nuit quasiment tombée. Si on voulait être discret, c'est loupé ! Et le pêcheur qui, plus bas ne réussira pas son coup du soir, viendra prendre notre place dès le lendemain matin, informé de notre succès par les coups de battoirs de nos prises.
   Nuit d'un sommeil profond et sans rêve. Le matin, nous sautons comme d'abitude dans nos waders vers les dix heures. Pas besoin d'aller loin : quelques centaines de mètre plus bas. Je pêche près de B... qui sort des ombres, les uns après les autres. A quelques mètres de là, je ne prends rien ! Ni en sèche, ni en nymphe. Pendant que B... s'éclate, je me contente de quelques truitelles, dont une qui serait assez belle, si elle n'était anorexique ! Longue, maigre et molle.Et pourtant, elle à pris ma mouche.

   Je la remets à l'eau en lui souhaitant on prompt rétablissement. Et toute la journée, pendant que B... prend dix poissons, j'en prends un ! Avec le même 10/100ième et parfois la même mouche.  Je n'ai toujours pas trouvé le "pourquoi"...
   L'après midi nous irons faire un peu de tourisme à un lac proche et une visite commémorative au "blue-bar" ou, quand nous étions plus jeunes, tant de "pivos" sont mortes dans nos mains... Le coup du soir sera sérieusement écourté par un B... blasé ...
   C'est fini. Il faut rentrer et se taper les 1400 km du retour. Dès le matin, je prends le volant pendant que B...retourne à ses rêves. Deux cent kilomètres plus loin, ce sera l'inverse; et ainsi de suite. Tant et si bien que les kilomètres défilent sans qu'on s'en aperçoive. Vers 10 h nous sommes chez nous. Deux jours pour vernir, un seul jour pour rentrer : qui prétend que la pêche fatigue ?

                   Cinq étapes de pur plaisir :
1- On fatigue le poisson : grosse montée d'adrénaline


2- On se saisit du poisson : grande appréhension

3- on présente le poisson : joie profonde
4 On relache le poisson : la certitude de de l'acte de pêche bien accompli
   Mais il manque, en avant première, l'instant du gobage de la mouche et le ferrage !
Par Baetis
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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /Mars /2009 18:16

   Ce bond, que j'ai fait ! Cinq heures du matin, le buzzer du réveil me vrille les oreilles. Je suis un couche tard, donc un lève tard, et je n'ai pas l'habitude, mais pas du tout l'habitude, de me lever si tôt. Dans une demi-heure, deux copains , M... et J-C... seront là, avec tout leur barda. M... a déjà rentré une pleine brouette-- et oui, une brouette ! -- de matos dans le camping-car, qui reprend du service après un long hivernage. Trente minutes pour le petit déjeuner, la petite toilette, et tout, et tout. Quand ils arrivent, quasiment en même temps, je suis en train de prélever quelques vairons dans le vivier du sous-sol.
   Le camion a à peine le temps de chauffer qu'il est déjà sur la route. Une heure trente après, avec un arrêt chez le boulanger pour acheter du pain frais et deux ou trois gâteries du matin, nous voilà rendus. Nous sommes les premiers, et le seul véhicule stationné près du pont.
   La matinée est très fraîche, avec une petite gelée blanche. Un soleil "pétard" se prépare. Vent inexistant. En quelques minutes le vairon que j'ai tué d'une pichenette sur la tête, est embroché sur le plomb, avec un triple dans le ventre. Il ne me reste plus qu'à mettre les cuissardes. Une jambe chaussée et l'autre en l'air, comme un héron, j'essaie d'enfiler la seconde botte. Mon équilibre, instable à l'ordinaire, devient précaire dans cette position. Je m'appuie lourdement contre le camping-car. Le bruit que j'entends ne fait aucun doute : il y a du carbonne brisé sous ma fesse gauche !
   Il ne me reste plus qu'à prendre la canne de secours. Trop souple, mais il faudra bien faire avec ! Pourquoi trop souple ? Parce que celle là aussi, je l'ai cassée, et le sillon de remplacement n'a pas l'action désirée. Une habitude, en quelque sorte !
  Et c'est avec un moral en berne que je pars sauter les fils de fer barbelé. En solde, ils ont dû l'avoir, le barbelé ! Il y en a partout, bien tendu, bien haut : tout pour qu'un petit gabari comme moi reste suspendu, patte en l'air . Je rêve des échelles ou chicanes à pêcheurs que l'on trouve au coin des champs dans certaines régions de France. Cela éviterait de sectionner des fils, bien malgré nous.
   En bout d'une rigole, le premier trou que l'on peut pêcher depuis la route ne donne rien. 

Pourtant, il y en a toujours une de planquée, sous la buse, 
et  je suis le premier a y tremper le vairon. Même les gens du coin ont déserté. Mauvais signe !
M... est passé du même côté de la rivière que moi. J-C... est seul, de l'autre côté. Pour le moment, la rivière est à nous. Première surprise : le niveau de l'eau . L'hiver a été très pluvieux, froid, avec une bonne quantité de neige. Il pleuvait encore il y a deux semaines. Et pourtant les eaux sont basses, très basses, et bien sûr, très claires.
Ca va être coton de sortir des bestioles de là !

Voilà près de trente ans que je pêche ce ruisseau, et il me semble qu'il y a de moins en moins d'eau. J'y fais quasiment toutes mes ouvertures. Je peux comparer. L'eau est de plus en plus basse, et surtout, quand il pleut, elle monte très vite, pour baisser aussitôt. Merci les drainages; fini le rôle d'éponge qu'avait la terre autrefois. Que reste-t-il en été ? Quelle est la température du filet d'eau qui reste sous le cagnard de Juillet ? Adieu les truites : elles ne supportent pas le bouillon !
   J'aime glisser ma ligne entre les branches, et voir mon vairon plonger dans l'ombre d'un trou profond, sous un tronc d'arbre, dans les racines dénudées par le courant. Le parcours est encombré, et les refuges nombreux.
Il faut se glisser entre les buissons, faire attention à son ombre portée,et même à celle de la canne. Et après avoir agité sans succès le vairon, en essayant de lui donner un mouvement le plus naturel, le plus attractif possible pour la truite, il faut dégager sa ligne, et la dégager sans accrocher. C'est là que, reculant tranquillement dans le pré, le fil rencontre le barbelé et s'enroule une, deux, trois fois, là-bas, à quatre mètres devant, alors que, reculé dans le pré, on se croit sauvé ! Et on recommence, vingt mètres plus loin, toujours plus discret, toujours plus précis...    La matinée s'avance. Près de moi, j'entends un bruit d'eau, d'éclaboussures : c'est M... qui vient de sortir fièrement sa truite. Oh, pas une grosse, mais c'est un début.
   Nous ne sommes plus seuls. En face, un autre pêcheur. Sa ligne est accrochée au dessus de sa tête. Il  peste, râle, et tire dans tous les sens... Et encore un bruit de carbonne qui explose ! Et de deux ! Penaud et déconfit, colère ravalée, il s'en retourne, maudissant cette fatalité qui veut que les moments auxquels on accorde le plus d'importance soient gâchés par les plus imprévisibles accidents. Qu'importe : demain ça deviendra une bonne histoire à raconter autour d'un verre. Il est parti, ses trois morceaux de canne sous le bras, et je ne l'ai jamais revu.
   La pêche continue, lamentable. Seul le temps est au beau. De plus en plus clair, de plus en plus chaud. Idéal pour la bredouille qui se précise de plus en plus.
   Sur l'autre berge, je vois J-C... qui remonte, la mine triste. Encore une canne de cassée : et de trois ! Une épidémie ! Les marchands d'articles de pêche, eux, feront une bonne post-ouverture .
   Nous pêcherons jusqu'à midi. Pour rien. Les quelques rares pêcheurs rencontrés sont comme nous. Il y a 25 ans, quand on n'arrivait pas à faire le complet de 15 truites le jour de l'ouverture,c'était un mauvais jour. Et par eau claire.
   Bon, inutile de pleurer.



















 

Après un moment d'abattement, on met les couverts, l'apéro, le vin , et l'énorme quantité de victuaille apportée par mes deux compères. La table pour le pique-nique, du soleil par dessus, et  un air printanier .. N'est-elle pas belle, la vie ?
   L'un coupe le jambon, l'autre ouvre le jambonneau, je décapsule le pâté et le bouchon du vin rouge saute bruyamment... ( "Qui c'est qui m'appelle ?" dirait un ami, trop vite disparu...) Le poulet sera le plat de résistance, avant un bon fromage bien coulant.
   Après ça, pour revenir à la pêche... Même si elle avait été bonne , nous aurions eu du mal . Mais nous  serions quand même repartis !
   Pour le retour, nous longeons une rivière qui a eu son heure de gloire, dans le temps.
   Mais les temps ont changé. Nous nous accorderons une petite heure, dans une eau desespérément vide. Le paysan rencontré jurera ses grands dieux que plus jamais il ne reprendra la carte."Les cormorans ont tout bouffé ! " assure-t-il. C'est vrai qu'en plus, ces bestioles font un sacré ravage. Même plus de poissons blancs, qui étaient la plaie des moucheurs, dès la fin du printemps.Plus rien ! Le vide sidéral.
   Reste plus quà rentrer à la maison. Deux bredouilles et seul M...à su tirer ...sa truite de l'eau ! Totalement démoralisés. Mais peut-être que la semaine prochaine... si le temps se met à la pluie... si le vent tourne à l'ouest...
   Et la fois suivante, avec J...et J-P... nous remettons cela : une truite pour trois ! Ca ne vaut même pas le coup de raconter l'aventure. Le seul moment de gloire à encore été le casse-croûte ! Mais on ne peut  quand même pas en faire un roman.
   Cette fois nous voilà calmés. Fini, la pêche. De toute la semaine. Et pour les jours suivants, je laisse les ruisseaux aux copains. Moi, je pars faire du tourisme sans les cannes--enfin, j'en ai bien coincé une petite au fond du 4x4... Des fois qu'il y ait encore des truites ou des blacks au Maroc...

Par Baetis
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Mardi 15 juillet 2008 2 15 /07 /Juil /2008 22:35

         La truite sur la Tay, la Lyon et la Tummel

  

  Le temps d'une bonne lessive, de sécher le tout; et dans le sous-sol, en plus ! Raison : il pleut des cordes depuis un mois et le sèche-linge m'a laissé lamentablement tomber !
   Et c'est le départ pour l'Ecosse. Pays qui n'est pas réputé pour sa sècheresse. Ici, les rivières sont dans les prés. Alors là-bas... Un camping-car, ça peut attendre, pas un avion: alors, malgré tout, il faut partir. Trois avions, en fait : Toulouse-Londres, Londres- Edimbourg, Edimbourg-Inverness. Le temps de goûter la bière anglaise, pendant les heures d'attente. Comme ça, en arrivant à Pitlochry, nous saurons par laquelle commencer. Pitlochry où nous avons loué -- où les copains ont loué : encore une fois, je me laisse porter ! -- un bungalow pour six personnes. Alors à trois, ça devrait aller !
   Cette fois, ce sont les copains , B... et D... qui viennent manger et coucher chez moi. C'est eux qui vont se taper les deux heures supplémentaires de route au retour, de nuit.
   Lever à 3h pour prendre l'avion de Londres à 6h45. Le voyage se terminera vers 16h, derrière les hélices d'un petit bi-moteur. Petit mais assourdissant ! Seul incident, dont on parlera encore longtemps : j'ai mis ma trousse de toilette dans mon bagage cabine, et le douanier me dit un sympathique " merci " en me piquant la bouteille de shampoing. Et moi qui avait dit aux copains de faire attention...!
   C'est le moment de vérité : D... prend le volant de la voiture de location : à babord, toute !  Tranquille, calme, posé, le D...! Et à côté, les copains qui répètent inlassablement " à gauche ", " à gauche " . Pendant une trentaine de kilomètres, puis D... passe la barre à B... Et moi, côté du " dead ", volant à droite : " à gauche ", " à gauche " ! Ah, ces virages où la voiture d'en face surgit  de l'autre côté ! Heureusement, d'ailleurs ! Et  puis nous nous habituerons, et B... deviendra un vrai maître de la conduite inversée ...
   Arrêt dans un hotel de Newtonmore, repas et plouf : au lit.
Petit déjeuner à 7h. Je n'ai pas été foutu de trouver le système pour avoir de l'eau chaude à la douche. Pour ça aussi, ils ont un code inversé !  Je me contenterai d'un peu d'eau sur la face : inutile de se rendre ridicule ! " Ils " aimeraient trop ! Et c'est reparti, à gauche, pour quelques kilomètres -- pardon : quelques miles !
   Arrivée au camping de Faskally, près de Pitlochry. Beau mobil-home sur du gazon -- parfaitement tondu, bien sûr -- avec plein de petits lapins autour
.

  Corvée classique des courses et prise d'un permis de pêche au magasin du coin : 5£ par jour pour la rivière Tummel qui arrose la ville. Belle rivière de cailloux et de gravier. Pas ou peu de postes, pas ou peu de caves. Ca va être coton de sortir des truites de là dedans ! Les eaux sont claires, très claires, avec un fond sombre, teinté un peu couleur cuivre, comme toutes les rivières acides, nées dans la tourbe et coulant sous les sapins. Comme en Irlande. Et en plus, il fait beau.  Ces grandes plages de gros gravier laissent à penser que les eaux sont basses, très basses même. Je ne dis rien, mais ces rares petits gobages ne m'incitent pas à l'optimisme.  Marcher sur ces cailloux fait autant de bruit qu'un char d'assaut dans une cathédrale ! Ca doit résonner fort et loin, sous cette surface lisse et brillante, réfléchissant les mille feux des vaguellettes qu'un petit vent de face agite. Petit, mais drôlement casse pied pour fouetter. Je mets successivemet plusieurs mouches, au hasard : petit et gros sedge, clair ou foncé ; baetis olive, en cul de canard, en araignée ; et même fourmi. Si ça ne prend rien, ça fait passer le temps. Surtout que sur 10/100ième, dur-dur pour faire les noeuds, de mes vieux yeux. Vieux et presque borgne ! J'ai droit malgré tout à un beau refus. Ou est-ce moi qui ait manqué ?  B... , plus discret, dans sa démarche et dans ses posés, prendra deux truites de 25 et de 35cm. Truites de belle robe, sauvages sans aucun doute. D..., lui, ne nous a pas suivi le long de la rivière : nous le retrouverons vers 19h à la voiture. Arrêt en ville pour goûter une mousse écossaise. Nous profiterons d'un spectacle : danse et musique du coin. Avec tenues adéquates : jupes pour monsieur et madame, et la " cabrette " , comme on dit " par chez nous ". Puis repas préparé par B..., après un apéro anisé. ( Non, non, ce n'est pas à la superette de Pitlochry que nous l'avons achetée, la bouteille ! Elle a voyagé dans la soute à bagages, dans les chaussons de nos waders ! ) Et la plonge pour moi, pendant que D... essuie...Ainsi en sera-t-il pendant tout le séjour.

   Lever vers 7h30 et " petit " déjeuner, spécialité de B... : oeuf, bacon, saucisses, bière ou-et vin rouge. Dieu du cholestérol, ayez pitié de nous !
   Au passage à la superette, B... fait grise mine. Un coup de froid, dit-il. Peut-être, mais pas fier du tout, le gaillard ! Et puis, ça passe.
   Nous allons acheter nos permis à Dunkeld, vers le sud, pour pêcher sur la Tay. Après avoir parcouru 15km en sens inverse, nous revenons sur nos pas pour trouver un parking et un accès à la rivière. Large, avec de grands lisses. Faudra s'y faire. Il y a bien quelques gobages, mais toute activité cesse dès qu'on met les pieds  dans l'eau et que l'on effectue quelques fouettés. Et sur un ferrage intempestif, je trouve le moyen de casser ! B... en prendra une de 27 et moi, j'en décroche une autre. Pas de quoi alerter la presse ! D... pêche un tout petit peu...
   Vers le soir, nous allons voir la Lyon, à une quarantaine de kilomètres. Ballade entre deux murettes de granite, dans une campagne verdoyante. Pleine de moutons : les prés tondus comme des gazons... anglais ! Et des faisans partout. Surtout écrasés sur la chaussée. Les arbres qui bordent la petite route sont majestueux. Chacun a vu passer un bon nombre de siècles.

 Et, bien sûr, des châteaux. Le pays respire l'aisance. Mais pour la pêche,ça ne va pas être aisé là non plus. Eaux très basses, entre les cailloux.       Depuis le pont, pas l'ombre d'une truite à l'horizon. Nous prenons contact avec le propriétaire de la rivière, pour demain. ( 10£ la journée : ça devrait être deux fois meilleurs ! ) et retour au bungalow où je retrouve le sandwich préparé pour midi !  Heureusement que les copains sont partageurs...
   Et le matin suivant, c'est D... qui est malade au super-marché. Ca commence à devenir une habitude !
    Sur la Lyon, avec B... nous pêcherons côte à côte. Nous insisterons avec de l'eau qui n'arrive même pas aux genoux.. Nous ne verrons pas une truitelle fuir devant nous. Une rivière pourtant si réputée ! On ne prend pas de poisson, mais on fait une bonne sieste, dans l'herbe grasse du printemps. Faut bien qu'il pleuve, dans ce pays, pour que l'herbe soit si haute.

. Depuis le pont, le soir, nous verrons quand même trois ou quatre très belles truites. B... fait une tentative et fait fuir la bête avant même que la soie ait touché l'eau. Sauvages, ces bestiaux ! Pas de doute, ici, on ne " bassine " pas . Et c'est le retour au camping pour goûter un whisky régional. Au goût fumé ! Comme le jambon !  Imbuvable pour un palais français. La bouteille restera intacte et fera plaisir à la personne qui s'occupera du ménage. Enfin, je l'espère... 
   Le moral est en berne. En plus,B... souffre d'une allergie : yeux  ensablés et sinus en fontaine. Il ne supporte pas l'herbe coupée : dans ce pays recouvert de gazon, c'est mal barré !  On se ballade dans Pitlochry-- une rue principale, et c'est à peu près tout-- et on prend un permis pour la semaine pour d'éventuels coups du soir sur la Tummel. Nous y ferons de belles bredouilles ou presque....

     Encore un " petit " déjeuner à la B... : omelette aux oignons et pommes de terre, fromage. Les " tchouffas " ( pour la traduction, demandez à un marocain ) ça ne coupe pas l'appétit. Re- ballade en ville, où c'est une gentille vendeuse française qui me vendra la casquette souvenir " of Scottland " ( Que je laisserai au dernier hotel !)
   Et nous irons sur la Tay, vers Aberfeldy, face à la distillerie. Dès le premier passage, B...en sors une de près de 35cm. Belle robe. Et ça gobe. Mais elles sont toujours très difficiles à faire monter. Je change une bonne dizaine de fois ma mouche pour arriver à un petit sedge noir, en plume de coq, sur un hameçon de 18. Et enfin, ça marche. J'en prendrai cinq. B...aura moins de chance : il a mis le sedge trop tard . J'aurais quatre décrochages ou casse. Moralité : changer le bas de ligne après chaque prise, surtout sur 10/10ième. Nous arrosons cela au café du coin du pont d'Aberfeldy, avec une " Best " bien mousseuse. Nous avons gardé les trois plus belles pièces que nous mangerons ce soir.

   
  



Et nous voilà en train de monter un vol de sedges. Enfin, c'est B...qui monte; le seul à avoir des yeux -- et encore, type lapin myxomatosé-- pour monter sans loupe; et, au lit...

   Et on continue. Cette fois, pour une partie de la rivière Tay, côté distillerie d'Aberfeldy, donc face au coin d'hier. Comme d'habitude, on va prendre le permis à la ferme.. C'est -- encore ! -- un secteur de grands plats, avec quelques gobages à l'arrivée. Au premier coup, une casse... Je suis toujours aussi violent à mon premier ferrage. Pas moyen de me corriger. Puis ce sera un décrochage, et plus rien. D... prendra deux petites;  avec B... nous traversons pour aller au coin d'hier. Pour trouver une volée de canoës, suivie d'une autre... Ici, avec ces bestioles si craintives, ça ne pardonne pas. Toutes les truites encavées : la journée est finie. Payer pour être ennuyé -- je suis beaucoup moins poli, en langage parlé ! -- toute la journée , merci la Tay ! Messieurs les pêcheurs en goguette sur les rivières d'Ecosse, souvenez-vous...
   Nous abandonnons le coin et prenons la voiture pour aller voir en amont, comment ça se présente.  Arrêt inattendu de B... qui, avec son allergie, ne peut plus conduire. Je prends le volant pour rentrer : ce sera mon baptême à gauche. Cinquante kilomètres sans problème : j'ai mon permis pour le U.K. Nous noyons notre déception autour d'un apéro prolongé, et au lit...
   Le matin, pas très motivés, les gaillards !  Et si on changeait ? A une centaine de kilomètres, il y a la fameuse Dee. Rivière réputée, s'il y en est, pour ses saumons... Peut-être y a-t-il aussi des truites...  Nous traversons une lande de bruyères et de fougères naissantes. Des murettes courent de sommets en vallons, séparant sans doute d'immenses propriétés. Il en a fallu des siècles, pour entasser ces cailloux ! Et partout, des moutons... Tu m'étonnes que les gigots soient fameux et d'un prix abordable ! Arrivés sur la rivière, nous allons aux renseignements, au bar d'un hotel. Coquet, l'hotel . Du traditionnel . Du massif . Pas de cliquant. Ca respire l'aisance... Le permis ? Pour le saumon ? Ah non ! Pour la " brown ", notre truite fario. Et là, ça ne semble plus interesser la dame qui nous répond négligemment qu'ici, on ne pêche que le saumon... En plus, j'ai du mal à croire qu'il y a beaucoup de saumons dans la rivière, somme toute assez petite, avec peu de fond, et avec toujours ces eaux si claires sur fond rougeâtre... Et pourtant, Mister Google est formel : il y a de belles bêtes qui remontent de la mer... J'ajouterais, mais ça n'engage que moi : rares bêtes ! Qui peut m'apporter la preuve du contraire veuille bien me le dire... Il y a bien une petite rivière où nous pourrions pêcher. Nous venons de la suivre et la hauteur d'eau ne devrait pas dépasser la cheville de B..., qui est le plus grand de nous trois !  Retour à Pilochry où nous irons promener notre tristesse le long des berges de la Tummel. Belle rivière qui doit avoir ses moments d'exception quand le temps est propice.
   Le lendemain, après les courses habituelles, c'est à Dunkeld que nous reviendrons prendre le permis pour la Tay, sur un pool très amménagé pour la pêche au saumon. Deux pêcheurs vont peigner l'eau toute la jounée, et nous ne les verrons pas en attaper un. Premier contrôle par un garde qui nous indique un coin à truites, là-bas, au fond, au plus loin du pool à saumons. D'ailleurs, une très belle place pour la truite, si elle daignait se manifester ! Rien. Strictement rien ! Ni en sèche, ni en nymphe ! Pourtant, au départ, près des voitures, il y avait quelques gobages. Mais nous avons voulu aller voir plus loin. Morale : ne jamais lâcher la proie pour l'ombre.
   Problème récurant : où aller pêcher aujourd'hui ? Après tout, c'est à Brolik, en face de la distillerie d'Aberfeldy, que nous avons fait une pêche correcte, un jour... On y revient. C'est un des rares endroits où il y a un beau courant qui vient buter sur un rocher, sur la rive opposée. Une belle cave où doivent se planquer un paquet de truites. Nous arrivons vers 10h et dès le premier fouetté, sur un gobage, je casse. Toujours aussi délicat, mon premier ferrage ! En fait, c'est le noeud qui s'est défait. Ca commence à me faire râler. Et ça n'arrête pas : j'embrouille, je casse, je décroche deux autres truites. Je fouette mal et ma soie arrive sur l'eau avec la délicatesse d'un câble de débardage ! Sur un lisse, ou presque, ça ne pardonne pas. Les quelques truites qui gobent du bout des lèvres n'apprécient pas les coups de fouet et retournent très vite " at home " . B... tout en délicatesse et précision en prendra quand même cinq. Et D... sera bredouille lui aussi. Pourtant, faisant preuve d'une témérité rare, il a mouillé les waders  jusqu'aux genoux.

   Et le soir, après avoir mangé, nous allons nous ballader au dessous du camping, sur la Tummel. Dans les dernières lueurs du jour, ça gobe de tous les côtés. Sous notre mobil-home !  Il faudra bien essayer un vrai coup du soir.
   Nous n'avons plus tellement envie de roder. Ce matin, nous voilà encore sur la Tummel, en aval de Pitlochry. Soleil et vent frais : nul . Un pêcheur du coin prend pitié de nous et nous montre d'abord, puis nous donne à chacun une de ses mouches noyées, avec laquelle il vient de prendre huit truites. Retour au camping et, après avoir mangé, voilà B... qui sort sa boîte à mouches et qui se met à en monter de semblables. Nous les essayerons, l'après-midi, sans plus de succès ! Sèche ou noyée, même résultat.
  Nous nous installons pour le coup du soir. D... est resté à la maison. Avec B... nous sommes à trente mètres l'un de l'autre. Lui sur un plat assez profond, moi sur un courant régulier d'un mètre de profondeut à peine. Devant lui, des gobages. Devant moi, le calme plat. Il prendra deux ou trois poissons au petit sedge noir et continuera à l'oreille de lièvre. Finalement, je le rejoins et j'en fais trois. Cette fois, il y en a qui finiront dans la poêle.

Et nous partons en nous disant que nous aurions dû faire plus souvent le coup du soir. Nous y reviendrons... pour rien ! Ou presque : B...en sortira une de 22. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ; les coups du soir aussi... Heureusement, dans la journée, il y a les matches de l'Euro 2008 de football. Au bistrot devant une mousse. Mais, avions nous vraiment besoin de venir en Ecosse pour les voir ?
  Et avant d'aller au lit, nous bouclons les bagages. Demain, trois avions à prendre dans la jounée. Trois sauts de puce avec de longues heures d'attente. Mais cette fois, j'ai de la chance : je me coucherai le premier, alors que B... et D... devront encore se taper plus de cent kilomètres avant de retrouver leur draps. Et en roulant à droite !

Par Baetis
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /Juin /2008 22:35

 

                 Retour en Croatie

    C'est la mi-mai. Fini le vairon.J'ai sorti le fouet, graissé la soie, classé mes mouches... Depuis deux semaines je cours les ruisseaux de la région. Sans beaucoup de succès.La mouche se fait rare et le gobage anecdotique. La nymphe a encore ses moments de gloire. Mais pour moi, ça ne vaut pas le beau rond fait sur l'eau par une truite gourmande. Et en plus, mon vieux camping-car a des fourmis dans les ressorts... Alors, je pars.
    Chez l'ami C..., tout est prêt. Il est 7h du matin. Il n'y a plus qu'à tourner la clé de contact. Et c'est tout frigant que les dix chevaux vont nous emporter sur l'autoroute, vers la Croatie. Il y a deux ans, nous avons découvert les rivières du pays, en septembre. Pour la mouche, ça devrait être mieux cette année, en mai. Pas le temps ni l'envie de batifoler en route. L'un conduit, l'autre sommeille. L'autre conduit, l'un sommeille. Et inversement ! Et c'est avant Venise, sur une aire dite " de repos " que nous tenterons de dormir. Pas toujours facile. Entre le camion frogorifique qui ronronne, un moteur qui démarre, ou un groupe de gais lurons qui exprime bruyamment sa joie... Jusqu'à 6h du matin. Passage aux toilettes pour se mouiller le museau et détartrer les quenottes, un café -- oups !  le café italien, ça réveille ! -- et c'est reparti. On brûle du gas-oil, on fait le plein -- cher, très cher le mazout ! -- et nous voilà en Slovénie. Pour une trentaine de kilomètres seulement.
   Arrivée en Croatie : fini l'Europe. De l'euro on passe à la kuna. Le rapport entre les deux ? Facile. Il suffit de revenir quelques années en arrière et de se dire que les prix sont affichés en francs. Ca facilite sérieusement les calculs. Encore une centaine de kilomètres et nous voilà à Brod Na Kupi. Le pont sur la Kupa, avec le poste frontière, deux trois maisons et autant de bistrots. J'exagère, mais si peu ! Et c'est notre première " pivo ", la bière au demi- litre.
   La rivière est toujours aussi belle;Tout au fond, un pêcheur.. Sur la Kupica la passerelle suspendue est toujours là. Il n'y a que deux ans : rien n'a changé. Les eaux sont légèrement plus fortes, mais toujours aussi limpides. Mêmes courants, mêmes lames, mêmes veines d'eau, et mêmes rochers..." Notre " source est toujours aussi claire. Commode pour faire le plein d'eau du camping-car : le plus important problème dans ce type de ballade se trouve ainsi réglé. Et nous dormons entre route et rivière, au même endroit. Pour les repas, je suis au fourneau et C... à la plonge, comme d'hab !
   Ce matin, nous commençons la semaine par l'achat des permis dans un bistrot du coin. Toujours 150 kunas  la journée( soit environ 23 euros ) Pas donné, mais beaucoup plus accessible qu'en Slovénie, sur l'Unec ou sur la Krka . Passage à l'épicerie : spartiate, le  décor  du  "magasin " ! Un long comptoir, des étagères et ... du pain ! Le grand problème du français à l'étranger : trouver du " bon pain bien de chez nous " pour accompagner saucisses, jambon, et autres fromages que l'on a pris soin de mettre dans les soutes. Un peu molassonne, la mie, mais on a vu pire ( Allez faire un tour aux US et vous comprendrez ! )
   Sans tarder, nous voilà sur l'eau, après Kuselj, petit village au bord de la Kupa. Nous retrouvons le virage où nous avions commencé, il y a deux ans.

   Même remous : je m'y installe. Même lame en fond : C... prend place. En bout de la queue de rat, une baetis : c.d.c. gris et corps olive foncé. Au hasard... La canne haute pour éviter de draguer et la mouche, au bout du bas de ligne de 6m, sur 10/10ième. Et  ça monte. De l'ombre, petit : 27cm; tantôt plus, tantôt moins. J'en prends rapidement cinq ou six, pendant que C... , en bas du courant, attend toujours son premier. Il passe au dessus, sur le calme, par fond de gravier. Il ne tardera pas a s'y mettre, lui aussi. C'est un bon début, un débourrage plutôt correct.
   L'après midi, c'est de l'ombre en rafale que nous prenons. C... avec une nymphe, la faisan tail, réussit mieux que moi, qui pêche en sèche. Il en prend de plus gros, aussi. Plusieurs pièces frôleront les 40cm. Mais pas de truites. Voilà deux poissons qui ne semblent pas se mélanger. La truite se tient essentiellement dans les endroits  torrentueux, derrière les rochers, voire dans les forts courants. Alors que l'ombre aime les endroits plus calmes, les fins de courrant, les grandes landes de cailloux. Mais ce n'est pas une loi. Nous prendrons aussi des ombres dans les courrants. Le coup du soir dure jusqu'à 21h....  
   C'est heureux et comblés que nous préparons le repas....Et plouf ! chacun dans son lit. C'est à la deuxième page de lecture --à la première pour C...! -- que nous plongeons dans un sommeil sans rêves...
   Le lendemain, c'est la séance " montage de mouches ". C... revoit sa stratégie :" le " fun " ( prononcer le "u" à la française ) d'oreilles de lièvre que j'avais montées ne marche pas un "pêt"!  " dit-il.
   Repas fini, nous voilà au dessus de Turki, juste à l'endroit où la partie goudronnée de la route  s'arrête. Toujours le long de la Kupa. Au passage, approvisionnement en eau

   Ici, la rivière se resserre entre les rochers, avec en amont un grand virage.

   C... reprendra "sa" place en bas des "gorges". ( un bien grand mot !) et moi, je retrouverai "mon" virage, plus calme, au courant plutôt régulier et assez fort, avant l'étranglement entre les rochers. Par -ci, par- là, quelques gobages et de beaux sedges : l'un va avec l'autre. Je mets d'abord une imitation en poil de chevreuil : ça n'a pas l'air de les satisfaire. Elle non plus ne vaut pas un "pêt" ! Finalement, c'est sur un gros sedge, hameçon n°12 sur 10/10ième, avec ailes en plume de poule faisanne, ou plume de bécasse, qu'ils monterons. Et des gros !  Et pour les surprendre, il me faudra changer plusieurs fois. Si je leur présente le même menu, au bout de quelques passages et d'une ou deux prises, ils boudent. A croire que le téléphone est arrivé jusqu'à eux. Chez eux aussi, la technologie avance. Ou l'éducation... Sur l'après-midi, sans compter les nombreux petit de 27cm, je prendrais 7 poissons de 40 ou plus ! Magnifique ! J'ai égalé mon record d'il y a de nombreuses années, à Beaulieu, sur la Dordogne. Ca a bien changé, là-bas !
   Malheureusement, je n'ai pas de photos. L'appareil, depuis le bain que j'ai fait prendre au précedent, reste au sec, dans le véhicule. Et comme nous relâchons nos prises... C..., de son côté, est plutôt heureux lui aussi.
   Nous revenons à "notre" parking, entre route et rivière. Mais, gros problème : la batterie auxiliaire est vide. pourtant, nous avons roulé. Donc, problème de charge..Je me couche anxieux, et ma nuit sera mauvaise. Pas d'électricité veut dire : pas de lumière (mais pour cela il ya le lumogaz) et surtout, pas de pompe à eau. Faire la vaisselle à la rivière, passe encore ( surtout que c'est C... qui la fait !! ) mais pour la douche ?
   Au lever, je décide de faire une tentative de branchement direct, les deux batteries en parallèle. Récupération de fil de cuivre et me voilà en train de bricoler sur la place du vilage. Et ça marche !    Nous passons la frontière pour aller sur la rive Slovène. J'annonce la couleur: " fishermen! ". Et nous passons sans contrôle. Nous n'aurons même pas droit à la visite de la police qui, il y a deux ans , a fouillé très soigneusement, jusque dans les placards, à la recherche de potentiels clandestins. Nous retrouverons la base de loisir, toujours fermée. Un coin idéal pour camper. C... qui n'a mal, ni aux jambes, ni au pied, ni au dos ... descend plus bas, par la route. Et moi, je choisis l'amont. Nul. Une seule petite truite de vingt centimètres, et en plus, une arc -en-ciel. Commenceraient-ils à bassiner, eux aussi ?
   Je rejoins C... ( malgré mes douleurs aux jambes, au pied, au dos,à la tête...alouette ...! ) et je passe une très bonne fin d'après-midi, entre ombres et truites, pêchés dans les courants, entre cailloux et rochers.     Après la pivo de 18h, nous nous installons pour le coup du soir, entre deux autres pêcheurs. La rivière coule régulièrement, et sa profondeur ne nous permet pas de nous avancer de plus de deux ou trois mètres. Des gobages, il y en a partout. Je change vingt fois de mouche. Je râle sans arrêt. C'est commode d'enfiler les hameçons et de faire les noeuds, le nez levé vers le ciel pour profiter des dernières lueurs du jour ! Les gobages ? De toute petites aspirations. Un petit rond qui laisserait croire qu'il n'y a que du petit. Erreur : ils chipotent, voilà tout ! Leur menu, ils le prennent du bout des lèvres ; et moi, avec mes grossières fabrications, c'est d'une queue d'honneur, qu'ils doivent les saluer ! Et je fais une magnifique bredouille ! C... a plus de chance : sur un sedge, il en fait monter trois ou quatre. Dont un ombre de 50cm ; " au moins" dit-il. C 'est fou ce que les poissons sont gros, quand on n'a pas de mètre et que l'on pêche en " no kill " !!  Bon ! je ne connais encore pas tout dans l'art de la pêche à la mouche :  il me faut donc y aller encore souvent, si je veux apprendre...
  Après un lapin en sauce ( conserve maison ) préparé avec des pâtes, c'est le dodo habituel : comme un coup de massue sur la tête !
   Aujourd'hui, voyage à Delnice, à une trentaine de kilomètres, pour aller chercher de la monnaie, à la poste -- qui prend la carte sans problème. Je me souviens du cirque que ça avait été, dans une banque du Montana (  US )  pour obtenir des dollars à partir d'une carte ! C'est vrai que j'en voulais plus. Exactement la somme que j'avais changée, et que j'avais laissée sur mon bureau avant de partir !
   Nous redescendons sur la Kupa, vers Cuzelj. La pêche sera moyenne, sans gros poisson, à l'exception d' un ombre d'une quarantaine de centimètres. Sur l'eau, de très gros sedges. Par deux fois, je vois une truite sortir  carrément hors de l'eau pour en attraper un.
   Retour au camping-car, et me voilà à mon étau. Pour créer l'impression du vol, je mets sur une grosse imitation   montée avec un hameçon n°12, -- sedge à ailes en plume de poule faisane et collerette en coq brun; avec un corps en dubbing de lièvre naturel  --  un paquet de cul-de-canard beige. Sans en couper les extrémités. Ca fait une grosse boule cotonneuse qu'il vaut mieux ne pas monter sur du fil trop fin : bonjour les vrillages !
   Premier fouetté et une truite bondit littéralement hors de l'eau pour prendre ma mouche. Il faut dire que, sur le coup, avec un vent léger de face, mon bas de ligne de 6m flotte un moment en l'air, et c'est avec une grande douceur que mon sedge allait se poser sur l'eau... Imitation réussie. Seul ennui : avec la quantité de c.d.c. fixé par dessus les ailes, dès la première prise, tout se gorge d'eau, et c'est minable que je le pique à mon gilet, en attendant qu'il sèche. En prévoir plusieurs pour demain.
  Et c'est dans l'eau, sur les fesses, que je termine ma soirée... Un petit bain du soir...
   Début de la journée suivante, courses dans l'épicerie de Brod Na Kupi et nous passons la frontière pour revenir vers le bâtiment désaffecté de ce qui paraît avoir été un centre sportif.
   Canoë ? Pas étonnant qu'il ait fermé !  La descente de la rivière, juste en dessous est rude pour de non initiés.
   C... qui a encore la jambe allègre, descend loin. Et moi, je commence à l'endroit où j'avais pris ma tôle, au coup du soir. Mon gros sedge va faire des malheurs. Dans les grands courants, les truites les  prennent sans rechigner. A chaque prise, en  mettre un nouveau, et piquer l'autre sur le gilet pour le faire sécher. Les ombres ne sont pas totalement inconscients. Après en avoir pris un ou deux , j'ai droit à des refus, et puis, plus rien : il faut changer le menu .
   Cette fois, c'est C... qui a plongé. Complètement. Les waders pleins. Comme de la pêche, il en veut, il continue. Et c'est grelottant, claquant des dents qu'il rentrera au bercail. Dans le bâtiment, il y a un auvent. Fil tendu, tricot et petite culotte suspendus : de vrais "gens du voyage" ! 
   Après une excellente nuitée et un bref déjeuner, je saute dans mes waders pendant que C..., sans doute pas remis de ses ébats aquatiques, reste au lit avec un bouquin. Cannes de pêche et de wading  à la main, me voilà  dans les courants,sur les rochers glissants.    Mais je suis chaussé clouté. Comme les bagnoles sur le verglas. Et c'est reparti. Même au  déjeuner truites et ombres mangent des mouches. Avec le soleil, C... sort de son duvet pour me photographier depuis la route.
A midi, avant de partir sur une nouvelle rivière où nous avions fait  une belle bredouille ( C... ne veut pas rester sur un échec ) , nous nous offrons le  restaurant à Delnice. Repas médiocre à 5 euros. Pourtant, sur le papier, ça paraissait copieux. En Croatie, la quantité et la qualité ne doivent pas être proportionnelles à la longueur du menu affiché. 
  Et nous partons vers la fameuse Gacka, avec un passage imprévu par une longue piste forestière. Pas très précise, la carte ! 
   Arrivés à Otavac vers les 18h. Nous retrouvons "notre" emplacement près de la rivière. Comme si nous n'en étions jamais partis ! Le soir, gobages sur la Gacka... sur de  gros sedges... Ca va chauffer, demain, avec ma nouvelle création ! On verra aussi quelques rares, mais si belles, mouches de mai . On fête ça par une bonne grillade sur barbecue, arrosée au vin Croate. ( précédée de l'anisette bien française : de l'exotisme, d'accord, mais point trop n'en faut ! ) A demain , la pêche...
   C'est à un hotel, restaurant, bistrot, que nous prenons notre permis. Plus cher : 200 kunas, soit près de 40 euros ! Ils ne s'em.... pas! Ca va devenir comme en Slovénie : inabordable ! Pourvu que eux aussi ne se soient pas mis à "bassiner" !
  Et on y revient... Un ou deux fouettés et mon gros sedge se pose sur l'eau. La prise est immédiate !  Et ça va continuer quasiment à ce rythme toute la journée. Des farios de 30 à40cm. Les premières, je les casse : elles plongent dans les herbes et mon 10/10ième ne résiste pas. Je monte en 14/10ième, et là, la force est avec moi !  Jusqu'à ce qu'une de plus de 50cm ( toujours très grosse quand elle est encore dans l'eau !! ) s'enroule dans les joncs du bord . J'ai pris toute une batterie de sedges et je les change après chaque prise. C'est à dire sans arrêt ! Sedge que nous baptiserons le G.G.S. ( Gacka, G... ,Sedge ) Je ne suis pas sûr qu'il marche ailleurs... Et je termine sur du 16/10ième : en surf, je les ramène !  En vérifiant bien, on s'aperçoit vite que certaines ont des nageoires un peu courtes  : truites à moignons de pisciculture. Des "bassines" ! La gacka était la rivière des trphées, c'est devenu une poissonnerie !  Ici  aussi, c'est fini. J'y reviendrai peut être ... comme on va au cirque ! Un jour, à cete cadence, passe encore ; deux, ce serait trop.
   Et c'est le départ. Six heures du matin et nous re-voilà sur l'autoroute, le long de la côte d'abord, puis c'est la Slovénie, l'Italie par la vallée du Pô, et la France.
   Arrivés chez C...,l'ami B... Vient nous voir ... pour régler les derniers détails du prochain voyage, dans dix jours, en Ecosse... Plus qu'à faire une lessive, et vogue la galère...
    

Par Baetis
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