Belle prise
Fin août. Réunion annuelle de vieux copains. Pas pour la pêche : il faut varier les plaisirs. Mais comment aller à l'océan sans prendre les cannes ? Retrouvailles donc à Oléron pour faire le bilan d'une année de plus.
Vieux copains éparpillés dans l'hexagone dont un seul a su garder son épouse. A moins que ce ne soit une seule épouse qui ait su garder son mari...Allez savoir !
Mais être marié entraine des contraintes : c'est le couple M&M qui reçoit J-P...,Y...,R...,et moi-même. A leur résidence d'Oléron, coin très apprécié des gars du Nord. Il fait un peu frisquet, en cette fin du mois d'Août, et il faut bien viser les jours de sortie en bateau : le "rond dans l'eau classique". Boyardville, passage entre le fort Boyard et l'île d'Aix que l'on contourne, avec arrêt pour la bière sur l'île, et retour au port. Le temps d'une marée. A la voile, bien sûr.
Fort de mon expérience récente aux Bijagos, je sors la canne qui n'a connu que les carangues de l'îlot de Kéré : un moulinet Shimano 10000 avec tresse de 20% ( je crois... ) terminé par le fluococarbone de 80% qui a servi à prendre le dernier baracudas , sur une canne Garbolino 5 brins 60gr. Un peu prétentieux pour le golfe de La Rochelle, mais je ne me sens pas le courage de refaire le montage. Au bout, un poisson nageur.
Temps ensoleillé, vent timide. Peut-être une force deux. Le bateau, un "océanis 32", se traine lamentablement. à 3 noeuds à peine. Il faut sacrément border pour le faire giter en remontant au près. Y... est à la manoeuvre : aucun risque. Les autres somnolent, se laissant doucement bercer...
J'envoie mon poisson loin derrière, et je laisse filer un bon moment. Moulinet réglé, je pose ma canne contre le balcon arrière, talon coincé sous mon genou. Nous sommes cinq à rêvasser au soleil. Aujourd'hui, faut pas compter faire le tour de l'île d'Aix. Ce sera : voir le fort Boyard et retour. La mousse, nous la prendrons après, au port.
A babord, des voiles. A tribord, d'autres voiles. Derrière, trois jet-skis qui déchirent l'air et l'eau. Du boucan comme dix tronçonneuses réunies ! Ca claque l'eau : de quoi faire un jeux d'osselets de la colonne vertébrale ! Mais il y en a qui aiment. Et je parirais qu'ils n'ont même pas besoin du permis . Quand je pense que nous, pauvres pêcheurs, il nous à fallu nous taper un stage de 3 jours et donner 250€ pour obtenir le papier rose. Pour le moindre barcot qui se traine, poussé par un moteur d'à peine plus de 6CV
En fait, moi je ne les vois pas. Je les entends à peine, à travers les brumes de mon sommeil.
Un grand coup sous le genou... La canne coincée glisse...Le moulinet se met à chanter....( pour moi, le chant des carangues !! ) Je bondis sur ma canne qui décolle, me glisse des mains . Un vrai remake du" vieil homme et la mer" ! Le moulinet se coince dans le balcon arrière...Un coup de pot, sinon, tout partait à la mer. La bobine se vide toujours...La main dessus, je freine à mort...Rien à faire. La canne menace d'exploser, mais elle est vaillante et tient le coup. Du regard, je suis la tresse qui part très loin, avec au bout... un jet-ski ! Seul. Les deux autres sont loin devant. Il vrombit toujours, mais il n'avance plus. Le copain, à la barre du voilier, met dans l'angle mort pour l'arréter. Je met la canne horizontale, bloque le moulinet et attend la casse...Impossible. J'arrive à bloquer la bobine et me voilà en train de pomper...Je ramène le jet-ski qui a calé! Pourtant, d'après les hurlements et les mouvements désordonnés, mais violents, du propriétaire, je peux vous dire qu'il se défend bien, l'animal ! Les deux copains viennent à son secours. Ca s'agite fort, là bas, à plus de 100m. On sent de la nervosité dans le banc. Je pompe toujours...Je ne sais si c'est le paquet de jet-skis ou le bateau qui bouge, mais c'est sûr, ça se rapproche. Et tout à coup, plus rien...C'était un peu trop gros por moi. Cassé ? Ben non ! Décroché ! Le leurre me revient, intact
Et pendant que le jet-ski reprend son souffle--au moins 10mn avant de repartir--Y...imperturbable à la barre prend le vent, et vogue la galère... Merci J-P... : pour notre voyage aux Bijagos, c'est du matos sétieux que tu m'as vendu.
Et un copain de clôturer en disant :" heureusement que nous étions tous là pour voir... Si tu nous l'avais raconté, on ne t'aurai jamais cru ! ". Parce qu'on a un peu d'accent, ils croient tous, ces gens du Nord (au delà de la ligne Bordeau- Avignon ) que nous ne racontons que des galégeades !
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Chute libre
Cette année,c'est à peine si je suis allé taquiner les rares truites restant dans nos rivières. Mes genoux craquent comme de vieux cardans de 4L. Et en plus, ils me font mal. Avant d'effectuer le changement du droit, prévu dans deux mois, je décide de tenter un dernier coup...
Léger de coeur et frigant de corps, j'enfourche mon camping-car et fonce vers l'Espagne. Seul. Je n'aime pas étaler ma décrépitude devant les copains. De l'autre côté de la frontière, sous l'Andore, il existe un coin où les truites sont belles, grasses et malgré tout, vaillantes. Des arc-en-ciel, bien sûr, mais bien élevées. La rivière est douce, avec plats et plages gravillonnées.... Un coin bien pépère.
Rendez-vous pris au téléphone, au premier bistrot, avec le responsable des permis de pêche qui me fera faire le tour, content de me montrer les grosses mémères qui fainéantent au soleil dans une eau trop basse, trop claire, trop calme et sans doute trop chaude...
Installation de mon camping-car dans un coin reculé, pas loin de l'eau. A l'endroit où la rivière est le moins accessible: canalisée pour contenir les inondations. On marche 5m au dessus du lit de gravier.Pour descendre, pas d'escalier avec rambarde et tout et tout, pour handicapé débutant...
Appuyé sur ma canne --mon bâton de wadding--posant mon cul rocher après rocher, j'arrive à l'eau et commence à dérouler la soie. Mouvement de toute beauté, plein de légèreté et d'élégance....sauf qu'il y a des arbres où va s'accrocher ma première mouche! Casse et rmonte....Pas plus petit que 16. Et montée avec un passe fil. Claire pour la voir sur l'eau. Ce ne sont pas les poissons qui commandent, mais moi qui décide ! Le monde à l'envers ! Pour arranger le tout, il y a des ablettes partout : pas la peine de mettre un cul-de-canard : sitôt posé, sitôt aspiré et rendu dans l'état d'un morceau de coton mouillé. Je pique, malgré tout, une arc de 35cm environ, qui fait une magnifique chandelle digne d'une autochtone de la Firehole du parc de Yellowstone, au Montana. Décrochée. La seconde, je la ramènerai...pour la relâcher. Je suis sur un parcours " sin muerte ". Et quand bien même...
La soirée avance. Je rmonte sur la digue pour chercher un fond de plat pour le coup du soir. Gros gobage sous moi. Pas facile de descendre.Entre rochers, branches et roncier, il y a une trace. Je m'approche sur le premier caillou, pose ma canne sur le second à 30cm plus bas. Je m'appuie tout en avançant...un pied dans le vide...Et...la canne s'enfonce lentement, glissant entre les pierres... Dans la fraction de seconde qui suit, j'ai jeté mon fouet mis mes deux bras en avant et...je plonge ! Poitrine en premier sur le premier rocher, je bascule cul par dessus tête. Je rebondis une ou deux fois et, entre branches et ronces atterris 5 m plus bas.Tête au sol, le reste quelque part au dessus... sonné...je souffle... Pas facile de remettre en place le haut, le bas, la droite, la gauche. La bulle de mon niveau dans le cerveau est tout éparpillée. Première chose : bouger. Ok. Tout fonctionne, même si ça grince un peu. J'arrive à me mettre droit; à remettre le gilet de pêche dans le bon sens. M'ont suivis : fond de canne avec moulinet. Le reste est resté à mi-chemin. Seulement déboîté. La bête sort du taillis meurtrie, mais entière. J'ai même récupéré soie, bas de ligne et mouche. En cinq secondes tout est rmonté et je tente ma chance là où était le gros gobage. Quand je fouette, ça fait un peu mal à gauche : une chance, je suis droitier ! J'ai une pensée pour ma chute au Maroc où le tendon de l'épaule gauche s'était arraché. Il a tenu le coup, car c'est plutôt sous l'épaule que j'ai mal. La truite qui gobait, cause de tous mes maux, est allée se balader ailleurs...Heureuse de son forfait.
Il fait noir. C'est l'heure de revenir au camping-car. Soigner ses douleurs, car il y en a un peu partout. Sans doute une déchirure inter-costale à gauche. Problème : comment retrouver le passage dans le noir ? Je fais deux ou trois aller et retour. Nuit noire. Pas de lune. Et devant moi, un talus de 5m où je ne distingue rien. J'aperçois une vague clarté, un endroit un peu plus dégagé. Canne pliée, je grimpe à quatre pattes entre branche et ronces. Je me sens sanglier, très solitaire ! Je monte. Je suis presque en haut quand lache une branche dans ma main , et glisse mon pied droit de sur une pierre. Et je repars vers le bas, cul en premier pour atterrir presque délicatement, couché sur le dos, dans l'herbe grasse. Recommence ! Et cette fois, j'arrive jusqu'au bout, tout doucement. Et lentement jusqu'au camion.
Quitter gilet, chaussures et waders," frère Jacques" ( les initiés comprendront ) et c'est avec un immense soulagement que je me sers un bon, très bon apéritif !
Une envie bien naturelle me prend. J'ouvre la porte et enjambe mes chaussures pas rangées.Mon orteil droit s'emberlificote dans la lanière du nu-pieds. Et c'est reparti pour la troisième fois ! Au sol, je sais qu'il y a de la paille. Mains en protection, tête et épaule gaugue -- encore ! -- rentrées, j'effectue le plus magnifique roulé-boulé de ma vie et, sur mon élan, je me retrouve debout. Comme aux plus beaux jours de ma jeunesse, en salle, sur le tapis de sol. Pourtant, je suis parti de haut, et j'aurais bien pu " m'esclaffer" comme une wassingue mouillée. Je sais : d'aucun médiront qu'ayant la forme d'une grosse boule, c'est plus facile ! Que nenni ! Je me sers donc un second apéro. Faudrait voir à ne pas tomber trop souvent, ce soir......
Le lendemain matin : dur, très dur. J'ai mal partout. Aujourd'hui, sur cette portion rivière, la pêche est fermée le mercredi. J'ai projeté de faire du tourisme. J'hésite. Bien calé derrière le volant, ça a l'air d'aller. Je démarre, et à la sortie de la piste j'hésite...,et finalement, je met le cap au Nord, vers l'Andore et la France.
Arrivé dans la soirée. La nuit suivante, même dans un bon lit, ce sera très difficile. Le lendemain,tobib et radio ; une côte cassée ! Voilà pourquoi ça fait mal. On me prédit un mois et demi de convalescence. C'est bien. Juste le temps qu'il me reste avant l'opération destinée à me changer le genou droit..... Pour le gauche, on verra plus tard.
PS : Mes amis, ne dites jamais à mes proches que je suis tombé trois fois ; je ne leur ai parlé que de ma première chute...Ca leur rappellerait trop ça...
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Les carangues des Bijagos
Depuis deux jours, les valises sont prêtes. Cette fois, pas de gobages, pas de petites ou grandes rivières. La mer toute entière. Que dis-je, l'océan ! A nouvelle pêche,
nouveau type de matériel. Une canne à mouches- quand même! - soie de 8 ; deux cannes à lancer - 40gr et 60gr . Le tout en multibrins : voyage oblige ! Tresses adéquates et triples solides.
Des gros leurres, et des moins gros ; des rouges, des blancs, des rouge et blanc, des verts....Combien de fois ai-je fait et refait mon sac à dos, mon " sreet fishing bag", pas du tout
destiné, d'ailleurs, à arpenter les rues des villes ! Lui même enfourné dans un grand sac avec moulinets, et tout le barda que peut prendre un pêcheur, au cas ou.... Deux ou trois chemisettes, un
short , quelques slips une casquette avec protection de la nuque, des lunettes et la crême contre le soleil. Et on pèse . Avec une vieille "romaine" familiale suspendue par un
serre-joints au haut du chambranle de la porte de la chambre... 20kg. Pas plus pour l'avion qui doit nous transporter en Guinée Bissau. C'est J-P... qui m'entraine. Il connaît déjà pour y
avoir été avec M-P... son épouse et Emma, une de ses filles.La star du voyage!
Elles ont dû aimer puisqu'elles nous accompagnent, ainsi que
l'ami M...avec qui nous avons pêché l'Old Man River et l'Elk au Canada.
Nous sommes donc cinq à nous entasser vers 18h dans le break de J-P... Bourré comme un oeuf, le véhicule ! Direction : Toulouse Blagnac où un premier avion va nous transporter jusqu'à Lisbonne en deux heures. Le temps de prendre une mousse et on embarque pour Bissau. Dans l'avion, les touristes sont rares. Faciles à repérer.
Arrivée vers 1h, heure locale (moins deux heures par rapport à la France ) Après l'atterrissage un peu à rebonds, un bus viendra même nous chercher pour parcourir les 50m qui nous
séparent de l'aérogare. Du monde très agité et bruyant, et de longues queues. Nous sommes immédiatement repérés - difficile de ne pas se faire remarquer - et un chauffeur prend nos bagages et les
charge sur l'impériale d'un fourgon. Avec nous, un couple français venu pour une adoption, et celui qui sera "tonton", l'oncle d'un des guides de pêche du lodge où nous allons. Les vieux,
"tonton" et moi, sont installés sur le siège avant, près du chauffeur. Les autres à l'arrière, sur de confortables sièges en planches.... Avec un peu de skaï dessus, quand même ! Une grosse heure
de route goudronnée. Je ne sais s'il s'agit d'une obligation du code de la route local, mais notre chauffeur met le clignoteur à chaque virage. Clic,clic... quand ça tourne vers
la droite ; clic,clic ...quand ça tourne vers la gauche. Et puis, c'est la piste. Pourtant il y a longtemps qu'il n'a pas plu, mais à voir l'état de la piste, et le ravinement, ça doit
tomber dru dans la région. Je suis secoué, mais moins que les copains, derrière, qui rebondissent à chaque cahot. C'est à dire tout le temps. Je compatis.... Si, Si ! Et en plus, à l'entrée de
chaque village, il y a une butte de terre - un ralentisseur - qui traverse la piste. De quoi sauter un peu plus ! Une grosse heure plus tard, nous voilà au lodge-étape . Le couple qui nous
accompagne s'arrête là. Nous sommes à proximité de l'orphelinat-tourisme-équitable de Biombo. C'est au lit que nous finirons la nuit.
C'est l'aube de notre deuxième jour en Afrique. Enfin, je dis "aube" parce que ça fait plus littéraire : en fait, le soleil est déjà levé depuis longtemps quand nous
prenons le petit déjeuner sur la terrasse dominant la mangrove
et les bras de mer boueux à marée basse. Le premier étonnement, c'est pour les arbres : énormes !
Deux ou trois"locaux" se chargent de nos bagages pendant que
nous trottinons dans la boue jusqu'au bateau. En fait, une grande barque, de forme plus ou moins pirogue, en aluminium.
Propulsée par 80cv, en deux heures nous sommes en vue de "notre"
ile : un petit caillou dans l'océan.
L'îlôt de Kéré. Beau comme un diamant dans le paradis des îles. Nous accostons sur une minuscule plage, et sur l'île, entre les baobabs et les palmiers, des cases. Il serait indécent de dire "
des bungalows" tant ils s'intègrent si parfaitement dans la végétation .
Dans le batiment principal - bar, salle à manger, cuisine
-
Laurent, l'heureux propriétaire nous
salue et nos présente son équipe.
Camille, guide de pêche, qui nous ramène aux années baba-cool par son look,
Renaud, et son large sourire plein de dents,
et Maria qui a l'oeuil sur le bar et sur toute l'équipe des
cuisines. Ce sera notre premier repas de poissons.
Nous ne nous attardons pas longtemps à table. Le bateau est prêt, et celui qui nous accompagnera tout au long du séjour, nous attend. C'est Betto, l'indispenble. Assis sur le moteur, il conduit la barque, décroche les lignes, fait les noeuds, démèle les paquets de tresse, etc, etc....Et comme, sur la barque, je suis assis à côté de lui, c'est surtout moi qui en profite ! Inutile de dire que les copains me le font savoir ! Mais, n'est-ce pas le privilège de l'âge ?
Après quelques minutes de navigation sur une mer calme, Betto arrête la barque à proximité de roches basaltiques qui affleurent. Je balance un rappala pas très gros, juste contre la partie émergeante du rocher ; il disparaît aussitôt dans un grand remous et je me retrouve avec un gros "bestiaux" au bout du fil ! C'est un peu rapide, comme entrée. J'arrive à maintenir l'animal un bon moment près de la barque, jusqu'à ce qu'il décide de se dégager. Pas l'habitude de pêcher des formules 1 ! Je ne sais si je peux encore tirer, si ma tresse tiendra, si ma canne n'éclatera pas... Je cède un peu de fil. C'est ce qu'il ne fallait pas faire ! Voilà ma première carangue qui tourne autour du rocher... Terminé ! Une tresse, c'est extrèmement solide, à condition qu'elle ne frotte pas quelque part quand elle est tendue. Cassé !
Pour me montrer qu'il est le meilleur, chose dont je ne doute pas, J-P...en pique une qu'il montera d'une main de maître. C'est facile : il s'est entraîné tout un séjour, l'an passé. Ce ne sera pas la plus grosse, mais c'est la première, et elle mérite la photo.
Je suis sûr qu'elle est plus petite que celle qui m'a cassé - même - et surtout - si je ne l'ai pas vue !
M... cassera aussi son premier gros poisson, mais il prendra deux baracudas et trois minuscules mérous.
Retour au camp où nous savourons notre première bière fraîche - ça deviendra une habitude - avant l'apéro et le repas. Nous sommes nombreux à table. Il y a un couple avec ses deux enfants qui sont là pour la 7ième fois et des gens de Bissau venus en week-end. Nous comparons les carpaccios de carange, de carpe rouge et de baracuda. Le poisson, ça sera le menu de chaque repas, magnifiquement préparé par l'équipe de la cuisine. Un grand plaisir, sauf pour Renaud, le guide, qui n'aime absolument pas ça ! Il ne reste rien d'autre à faire. que d'aller au lit. Je dors dans la même case - chambre ? bungalow ? - que M...alors que J-P... partage la sienne avec M-P... son épouse et Emma, sa fille. Pour l'électricité, le " groupe " ronronne encore un peu et cèdera la place au courant " solaire ". Tout est parfaitement organisé. Quel bonheur de se coucher quasiment nu, sans même le drap sur le corps. Il fait chaud, mais c'est très supportable. Même pas un moutique pour troubler mon sommeil.
Le 3ième jour, nous sortons nos cannes à mouche. La mienne, achetée d'occasion- pas cher - sur internet s'avère de qualité égale à son prix.Très dur de fouetter avec un soie de 8,
une grosse mouche trop plombée sur une " queue de vache ". Je ne savais pas que les petits poissons du bord ( autour de 30cm ), se prendraient à quelques centimètres sous la surface.
J-P..., plus vaillant que moi pour sortir du lit, a fait quelques oleps qui serviront d'appat pour les deux cannes de surf-casting plantées en permanence sur la plage. En morceau, ou même
en vif : barracudas garantis. Petits ( 60-70cm ) ou gros ( 1,2 - 1,5m ).Vers 9h, nous embarquons, Betto au moteur.. Betto : un calme inébranlable, dans un corps de pilier de rugby. Et même plus !
Semblable aux arbres d'ici. Et quels arbres ! En trois heures de pêche, le matin, seul J-P... et M...feront du poisson.
Trois ou quatre barracudas, plutôt petits ( 60-70 cm ) Un
maquereau et une carpe rouge de deux kilos environ, sortis de l'eau avec l'aide de Betto.
. Pas de quoi pavoiser. M...commence sa longue
série de casses sur les carangues. Et moi, totalement nul. Rien. Pas le moindre bébé merou !
. On revient au lodge pour manger. Le repas est excellent, avec, bien sûr, du poisson. Ca discute, ça parlotte... 16h : c'est le moment de repartir. Trop de pemps perdu à table. A payer le bateau pour la journée, autant prendre le casse croûte. Surtout qu'avec Betto, pas question de descendre batifoler sur le sable pour manger. Sandwich d'une main, canne de l'autre ! On ne chôme pas, aux Bijagos ! Il nous emmène d'un poste à l'autre, tout autour des îles. Nous lui faisons confiance. Le choix se fait en fonction de la marée et des rochers, plus ou moins immergés. Roches basaltiques noires, très gourmandes en leurres. Mais encore une fois, du haut de son moteur, Betto est là ! Canne à la main gauche, maoeuvre du moteur de la main droite, par de violentes secousses, il libère la ligne. Nous sommes montés costaud, et le triple qui a souvent un peu souffert, est à changer.
Les leurres, toute une histoire ! Le voyage pas avion a ses impératifs. Craignant que notre matétiel ne s'égare lors d'une escale, nous nous assurons d'avoir le minimum pour pêcher
dans le sac cabine. De plus, le transport par tube est devenu hors de prix. D'où l'achat de deux cannes en 5 brins. Les triples dans la cabine, ça, ils n'aiment pas ! Il a donc fallu désarmer
tous les leurres, ce qui nous oblige, à l'arrivée, à mettre des hameçons et des anneaux brisés de mer , emportés dans les bagages en soute. Avec les carangues, faut pas lésiner sur la
qualité du matériel. Comme d'habitude, c'est J-P..., au bout de la pirogue ( en alu, quand même ) qui ouvre le bal... et qui décroche la première carange. Pour M... ce sera sa deuxième
casse. Quant à moi, en arrivant près des cailloux, j'envoie mon rappala ( ou popper, je ne me souviens plus ) dans les brisants, contre le rocher. A peine tombé, il est happé dans un gros remous,
et le festival commence. Je suis équipé de ma shimano de 40gr, la plus légère, avec un moulinet que j'ai depuis des années ( acheté dans les années " franc" ) dont je me suis très peu servi, et
qui, de par sa forme a été qualifié par un copain d' "extra terrestre". Le premier départ est très violent, mais l'animal n'est pas malin : il part en pleine eau. Là, je me sens
assez fort ! Après l'avoir " pompé " il me fait subir ses rondes sous le bateau
Surtout, ne pas le toucher, ni avec la tresse, ni avec la canne. Tendue comme elle est, le moindre frottement serait fatal. C'est mon premier " gros " poisson de mer. Je ne me sens pas très à l'aise. Au bout de 10 à 15 mn le poisson se rend et Betto, qui a mis un gant, attrappe le bas de ligne et met le tout dans le bateau. Content, le papi. Ca change des goujons du Tarn !
Ce ne sera pas tout : j'ajoute une autre carangue plus petite et un petit barracuda de 60-70cm. De quoi avoir le sourire. Pesées, on m'annonce 6,7 et 3,4 kg. C'est un début. Et la fin pour mon moulinet : l'axe n'a pas résisté et s'est un peu cintré !
Avant l'apéro, M... et Camille, le guide, réparent ma segonde canne ( 60gr ) cassée au niveau de l'anneau de tête, pendant le voyage. Faudra que je pense à engueuler B... qui m'a vendu un outil sans tube !
Discussions de bar, où on apprend que l'autre ancien, "tonton" a pris à la traine un barracuda de 12kg. Et on passe à table...Qu'ils sont bons, ces carpaccios ! Ici, pas de télé - ni "vision" ni "phone". A la case et au lit pour en ronfler une... (d'après M...)
Jusqu'à present, ça nous avait plutôt bercé, le matin. Mais là, ça devient un peu gonflant ! Il va falloir s'y habituer à ces tourterelles. Dès le lever du jour, vers 6h, elles allument la sono. Un rythme bien précis, répété des centaines de fois. Un couple de pigeons, qui roucoule, c'est harmonieux. Des centaines, ça gave, à la longue ! Mais c'est quand même mieux que le péréphérique de Toulouse à 7h.
Après le copieux petit déjeuner, on prend les cannes à mouche et on va sur le petit bout de plage. A marée basse, de l'autre côté d'un chenal, se crée un grand banc de sable où nous
pouvons pêcher pendant deux heures. Traversée du chenal en canoë. Je m'imagine : un tonneau enfouchant une allumette !
Va falloir arrêter de vouloir jouer les jeunes
! J'économise mes genoux pendant que M... et J-P.... partent sur le sable
J'ai fabriqué des mouches et des streamers. Trop plombés pour mon fouet. Seul, J-P... ( encore lui ! ) prend une carangue et en décroche une autre.
Preuve qu'elles mordent aussi à la mouche. Je me sens
un peu nul, avec ma bredouille. M.. prend quelques oleps et un maquereau-bonite.
On reprend le bateau après le repas, toujours avec Betto sur le moteur. Camille nous accompagne pour dispenser ses lumières..Pêche à la dérive, par 15m de fond. Au leurre
et surtout au madaï. Quel truc bizzare que ce leurre ! Une sorte de coquillage multicolore , lourd ( 100 gr ) d'où sort une " jupe " faite de bandelettes en plastique coloré. Ca, en
magasin, je l'aurais traité d' "attrappe pêcheur". Et pourtant, je suis le plus sceptique et c'est moi qui en prendrait le plus : Deux carpes rouges de 1 et 2,5kg
Deux otolithes que je découvre et qu'on mange le
lendemain
M...fait une carpe
. et
J-P..., une belle carangue, et autres carpes
Nous sommes contents de notre après-midi
L'apéro est accompagné de noix de cajou, grillées sur place.
On en voit partout sur les arbres. Très bon : une
saveur rappelant un peu la châteigne ( selon M... ) Du fruit, on en fait une boisson alcoolisée.
Ce matin, ça roucoule au réveil. Pas nous ; les tourterelles. Quel plaisir de se déplacer pieds nus. Il y a du sable partout, sauf sur le tour de l'île. A part les quelques mètres de plage, nous sommes entourés de rochers basaltiques. Pour aller pêcher là, par contre, mieux vaut avoir de bonnes chaussures.
Départ comme d'habitude, vers 9h, pour une journée complète. Le casse-croûte est prévu. Betto est toujours assis sur le moteur. Il manoeuvre l'accélération et la barre entre les jambes. Avec beaucoup de dextérité pour maintenir le bateau au plus près des rochers, pour aller décrocher les leurres, pour maintenir le pêcheur en bonne position par rapport au poisson. Et en plus, il s'occupe de défaire les pelotes de tresse, sort les poissons de l'eau, et s'occupe de...mon bas de ligne les copains jasent toujours... Laissons les dire !
A plus d'une heure de bateau, nous arrivons sur des bancs rocheux. La marée est presque basse. Nos pappalas et poppers ont à peine atteint l'écume que le festival commence. Les
carpes rouges sont de sortie.
Il ne faut pas laisser à cet animal le temps de réfléchir ; sinon, direct au trou et casse assurée. La grosseur ? De un à trois kilos. Il paraît que dans le coin, elle ne
sont pas très grosses. Le plus extraordinaire, c'est le spectacle des aiguilles quand elles sont piquées. Elles filent comme des flêches, bondissent dans tous les sens et se décrochent les
trois quart du temps. Pas des petites aiguilles, mais des poissons de plusieurs kilos que Betto gardera, avec une carpe rouge, pour lui et pour l'ophelinat. Sans parler des maquereau-bonite
qui attaquent tout ce qui brille - noeuds, émérillon...- et qui cisaillent le fil ou la tresse avec une facilité déconcertante. J-P prend aussi une petite carangue, et un beau barracuda qui
feront notre repas de demain. C'est une journée exceptionnelle par le nombre de prises.
Le soir, encore un bon repas - de poisson - et un bon lit dans la case. Pas le moindre moutique et la température est idéale...
Laurent, l'heureux
propriétaire de ce petit coin de paradis, mis en appétit par nos récits de la veille, décide de nous accompagner et nous retournons au même endroit. Changement de programme ! Peut-être
que l'eau est un peu plus haute.... Ce qui est sûr, c'est que la pêche s'annonce mal. Pas de carpes, pas de carangues. Laurent qui, près de moi pêche avec une canne qui me paraît bien légère, en
pique une. Et une grosse ! " Tu veux ? Prends..." et me voilà avec, à la main, un lancer que j'utiliserais bien pour le black-bass, au petit popper ! Il plie, pointe dans l'eau, sous la
barque.
Ne rien toucher, sinon ce
sera l'explosion .
La carangue, après trois ou quatre départs fulgurants, se met à tourner sous la barque
Je vois les reflets du poisson : il me paraît énorme,
surtout au bout du brin ce canne. Mais c'est du solide, et ça tient. Betto attrape la gaffe et sort un poisson que nous estimons à 12 ou 13 kg. Ce n'est certainement pas un record pour le pays.
Pour moi, si !
. La
pêche continue. M... pique lui aussi sa carangue. Mais la tresse, mal embobinée sur le moulinet, fait une énorme perruque ! Pas grave. Il se passe de la canne et ramène le poisson à la main
!
On se
pose la question : "est-il bien utile de dépenser son argent en cannes onéreuses, qui en plus, risquent de casser ?! " J-P... qui les vend : " oui, c'est utile !!! "
Ces poissons chassent en équipe, et quand l'un de nous en pique un, les copains peuvent se préparer. C'est ce qui m'arrive avec Laurent. Nous avons deux attaques simutanées. Lui, il décroche, et moi, la main sur la bobine du moulinet, je n'arrive pas à maîtriser le rush. La tresse passe derrière un rocher : fin de l'épisode.
Le soir, on accompagne le poisson de M... et J-P... d'un petit vin blanc, et la grosse que j'ai combattue avec la canne de Laurent sera pour l'orphelinat.
Nous sommes le septième jour après notre départ de France. Le matin, pêche du bord sur le banc de sable., en face de la plage de Kéré. M... et J-P... ne font rien, ni à la mouche, ni
au lancer. Je prends un élops qui servira d'appat pour pêcher de la plage. Et aussi un mérou. Dans notre imaginaire, le mérou est un gros poisson présent en Méditerranée, très recherché par
les pêcheurs sous-marin - et même protégé. Le mien mesure 25cm ! Seul J-P... en fera un durant le séjour d'un peu plus joli
Il suffit de bien racler le fond avec le rappala.
D'ailleurs, c'est souvent avec de la "salade", qu'on le ramène. Je ne crois pas que ce genre de mérou devienne bien gros.
Après le repas, bien que ce ne soit pas notre pêche préférée, nous allons essayer la traine, avec des cannes prétées.Les nôtres sont trop légères. Impressionnante la dimension des leurres utilisés des poissons nageurs de l'ordre de 25cm ! Cannes plantées sur le bateau, nous partons en promenade. Nous brûlons de l'essence...Le temps passe... Et le moulinet de M... se met à chanter ! Il prend la canne fortement pliée, se laisse déséquilibrer par le roulis du bateau et la tresse touche la coque... C'est fini. Le barracuda est parti avec des hameçons plein la gueule et quelques dizaines de mètre de fil. Et plus rien. Une petite demi-heure au madaî ne rapportera rien de plus ( si ce n'est un autre petit mérou )
Fin de la journée à la calée. Deux cannes plantées sur la plage, et pêche à la mitraillette pour prendre les élops qui serviront de vif. Il fait presque nuit, et, depuis les
transats, à quelques mètres, M... et J-P... surveillent sans passion. Mais " voyou " est là, couché dans le sable.
" Voyou " est un chien qui a la particularité d'aboyer
quand il voit bouger la canne. Un chien de pêche, en quelque sorte ! Il informe donc nos pêcheurs des touches ! Ce qui ne les empêche pas d'en manquer deux simultanées, signalées par
un aboiement soutenu. C'est la marée haute : il souffle un vent humide et frais. Le temps change. La saison des pluies commence en mai.
Les touterelles roucoulent. Leur rythme est immuable : deux longs, deux courts.Z,Z,Z... en morse, et cela en même temps, répété des milliers de fois. A vous donner envie de les mettre avec des lardons dans des petits pois. Surtout quand on est en manque de viande fraîche ! Ces oiseaux sont gris très foncé, plus foncé que nos tourterelles sauvages ou que celles du Maroc. Avant le déjeuner, petit coup de rappala. Je n'attrape qu'un rocher, et c'est M...qui, à marée basse , le récupèrera.
Bien sustentés, nous partons en mer. La matinée commence mal et malgré nos lancés assidus, et le panel de leurres que nous offrons, vers midi, nous sommes encore bredouilles.
Un peu avant Kéré, arrêt sur une pointe de rocher. Et nous recommençons à peigner la mer. J'ai mis mon gros popper blanc à tête rouge sur ma Garbolino cinq brins de 20-60gr, armée d'un moulinet shimano 10000. Un peu lourd, tout ça, pour mes petits biceps ! Mais avec ce gros leurre, je me sens mieux armé qu'avec ma shimano de voyage de 14-40gr. Et surtout plus à l'aise qu'avec mon moulinet Daîwa. Le Mitchell repose dans la chambre, paix à son âme ! Des moulinets tout juste bons pour les sandres de Méquinenza !
Je lance donc mon popper que je ramène violemment, selon les conseils de Betto. Loin devant moi, près de la mangrove. A peine tombé, il disparaît dans un beau remous. C'est le moment
magique, aussitôt suivi d'un départ fulgurant. Je freine à mort ( la mort de ma canne ! ) pour éviter les rochers. Ce n'est pas très gros, et en moins de 10mn, c'est au bateau. Nous gardons :
Betto a besoin de poissons pour le lodge et l'orphelinat. C'est à peine si le poisson s'est rendu, qu'une violente chasse se déclare en pointe de barque. Sous le nez de J-P... qui lance à droite
et moi à gauche. Et c'est reparti... Celle là me part en pleine eau, loin des rochers, et si je mets plus de temps à la ramener, c'est pour en profiter d'avantage... Betto se penche déjà pour
attraper le fluorocarbone quand tout se décroche Perdue. Evidemment, les copains qui n'ont encore rien pris, jubilent. Puisque c'est ainsi, je dédaigne le côté rocher et je jette loin, en pleine
eau. J'ai dû lui tomber sur la tête pour qu'elle attaque si vite !.Fort de ma canne solide, et de mon expérience grandissante, en 10mn elle est dans la barque. Ca grogne de plus en plus, vers
l'avant. J'ignore. Et je relance. Rien à la tombée. Je ramène vite et à trois mètres du bateau, à travers mes lunettes polarisantes, je vois surgir la bête des profondeurs et happer mon leurre.
Elle est belle , celle là. Elle me fera travailler plus longtemps. J'en ai mal aux bras, mais quel bonheur ! Trois carangues et une de décrochée en une heure
La plus grosse ; 8,9kg, pesée Ce ne sont pas des records, mais quand même... Et Betto qui m'appelle " M... la carangue". On en parlera longtemps.
J-P... fait un maquereau-bonite. Ils n'ont pas de chance, ces poissons. Comme ils coupent toutes les lignes , nylon ou tresse, d'un simple coup de dent, il est d'usage de les occires. Comme quoi, la vie ou la mort se décide bien en fonction du trottoir sur lequel on naît. ( Ce n'est pas moi qui l'ai inventé ! )
Avant de reprendre le bateau pour l'après midi, M... se permet d'attraper, sur les cannes qui sont toujours disponibles un beau barracuda de 14kg.
Il en prend encore un sur le bateau, avec quelques carpes. Mais à sa longue liste des casses, il ajoute une carangue: il avait bien repéré une petite boucle, sur la tresse... Une négligence qui ne pardonne pas.
Emma, qui nous accompagne, digne fille de J-P... et M-P... sort aussi une belle carangue, qu'elle est heureuse de présenter
Retour sur la plage où on ne prend rien.
Ni au leurre, ni au tendu. Seuls les élops se laissent tenter à chaque coup de " mitraillette ". Mais à quoi bon, puisque ça ne mord pas au vif.
Tous les matins, avant même le lever du jour, un client du lodge est sur la plage, derrière ses cannes. Je m'approche au moment où il a une touche. Je suis au plus près de la canne. J'hésite un instant de trop à m'en saisir. Et la voilà dans le sable qui file vers l'eau. Le plongeon que je fais sur le moulinet est digne d'un joueur de rugby -- enfin, presque ! Je manque la touche, mais je récupère la canne. Elles tirent, ces petites bêtes ! On remet un appat. Attente de quelques minutes, et c'est reparti...Cette fois, je laisse mordre, canne en main. Du bord, équipé de grandes cannes, sur du sable, le combat me paraît plus facile. La carangue que je ramène pèse pourtant 8,5kg.
Tout le monde part en bateau.J-P..., M-P... et Emma, M... et moi. Avec toujours Betto assis sur le moteur. Il est solide, ce moteur ! Les dauphins nous accompagnent.
Sur le poste, à marée descendante, l'eau est touble. A la limite de cette eau qui remue du sable, et de l'eau claire, nous assistons à un festival de chasses. Ce sont de violents
remous au milieu d'une explosion de mulets. Le festin des carangues ! J-P... en pique deux, dont une qu'il fait monter par emma. M-P se bat aussi avec la sienne.
D'où la belle photo de famille
Et celle du meilleur pêcheur du séjour
Sur une chasse, J-P..., M... et moi piquons chacun notre poisson. difficiles à diriger, ces torpilles : ça part, ça revient et...ça se croise ! Et alors, Betto est arrivé, sans se presser... Deux tenant les cannes et un autre les tresse, il arrive à mettre les poissons au sec. Deux belles carangues de 8 Kg chacune. Et la troisième ? c'est celle de M...,encore décrochée.
C'est bien connu, pour un pêcheur plus loin, c'est toujours meilleur. Betto nous emmène plus loin, sur un banc de sable qui se dégage à marée basse. Hier, une équipe a fait un
carton... C'était hier. Nous ferons une quasi bredouille. Mais le coin est beau et la plage immense...
Le vent s'est levé. Le retour vers Kéré est un brin secoué. Profitons bien. Plein les poumons. Demain, c'est l'avion du retour qui nous attend.
Le déjeuner est tristounet. Jusqu'à ce que laurent nous dise : "Allez, pas envie de faire une dernière partie ? "¨Pas besoin de nous prier et nous sautons sur une occasion qui ressemble à un cadeau de départ. Mais non. La sortie nous sera aussi facturée ! ( 125 € pour deux heures, quand même ! ) Nous avions oublié que derrière le côté " copain " il y avait aussi la côté " business " ...D'ailleurs le dépassement sera aussi conséquent : de l'ordre de 900 € à quatre. En comptant M-P... qui pourtant n'a pas beaucoup participée à nos sorties de pêche. Mais nous avons usé du bateau plus que prévu dans le contrat. Et ça, c'est cher, parce que ça boit beaucoup. Il y a le bar, aussi ...( ou le tarif des boissons est tout à fait correct ). Surprenant aussi le décompte des bouteilles d'eau minérale : 50 unité pour 7 jours de pêche ( et parfois la demi-journée seulement ) soit 2,3 litres d'eau pour quelques heures de sorties journalières. C'est sans doute ce que préconiserait nos urologues, à moi et à M..., pour soigner nos calculs. Nous l'aimons bien, l'eau, mais pas trop plate ! Des détails, mais qu'il vaudrait mieux noyer dans quelques euros de plus ajoutés au prix global. Petites mesquineries qu'au demeurant l'équipe, patron compris, ne mérite absolument pas; le service fourni étant irréprochable. Tant dans la restauration, l'hôtellerie (on vous lave même le linge ) et l'organisation des sorties de pêche.
Après le repas, nos valises sont chargées sur la grande pirogue. Au revoir, Laurent, Camille, Renaud, Maria, Betto et tous les autres
la marée est basse et à l'arrivée à Biombo le pilote est obligé de descendre et de tirer le bateau à la main, dans la vase de la mangrove. Marche dans la gadoue jusqu'au lodge,
où la douche sera la bien venue.
Le retour sur piste et goudron se fait en taxi : plus confortable qu'à l'aller. C'est le premier mai, jour de fête en Guinée-Bissau. Beaucoup de monde endimanché se ballade de part et d'autre de la piste. De puissantes sonos animent les places des villages. A Bissau, sur une route défoncée par des travaux, le taxi zizague entre les piétons et nous amène manger chez " le corse ", rendez-vous de ce qui semble être la société aisée de la capitale. Ambiance, bruit, chaleur du soir... Souvenir des brochettes au gris de Boulaouane, à la terrasse de quelque bistrot de Meknès.... C'était, il y a.....très, très longtemps
Nous attendrons l'avion à l'aéroport. Tellement longtemps que nous manquons la correspondance à Lisbonne. Arrivés à Toulouse 30 heures après le départ de Kéré. Trente heures passées sur des fauteuils très inconfortables. Surtout pour dormir. Et bien sûr, un bagage manquait à l'arrivée. Le sac de J-P... lui sera livré, chez lui, deux jours après.
En deux mots, voyage mention " très bien " sous tout rapport. Prêt à y retourner !
Suivent quelques autres belles images.

Croatie, Serbie, Slovénie...
A peine sorti du boulot, J-P... a juste le temps de déposer ses affaires de pêche dans la soute du camping-car, de ranger deux ou trois polos et petites culottes dans le placard, et nous voilà sur la route... Privilège du retraité : j'ai eu toute la semaine pour remplir les placards. Ce qui veut dire que, de peur d'oublier quelque chose, je suis paré pour un voyage de six mois ! Nous partons pour une douzaine de jours. Pour la Serbie, en passant par la Croatie à l'aller, et par la Slovénie au retour. Enfin, en principe, car avec le camping-car, toutes les options sont possibles, au gré de l'humeur du moment, et surtout en fonction des conditions climatiques. Et cette année, j'ai envie d'aller explorer des rivières qu'un moucheur serbe, "ami d'un ami", m'a indiquées.
Le soir, nous dormons à d'Aix en Provence, près du garage des pompiers. C'est toujours trois cents kilomètres de gagnés.
Nous avons décidé de passer par Turin. Ca tournicote un peu trop, du côté de Tallard, Briançon, le col de Montgenèvre ... Et pour les péages, moi qui ai toujours dit qu'en Italie, tu prends ton ticket en entrant, et tu paies en sortant, je me trompais lourdement ! Ici comme en France, tu paies un euro par ci, trois euros par là, et tu t'arrêtes donc tous les dix ou vingt kilomètres ! La multiplication des péages, il n'y a pas qu'en P.A.C.A !
Mille kilomètres plus loin, nous voilà sur la Kupa, frontière entre la Slovénie et la Croatie. Pour la cinquième fois.
Même les
ombres du coin me saluent. Depuis le temps que je viens sur cette rivière, j'aurais dû marquer les poissons relâchés. J'aurais sans doutes repris des vieilles connaissances ! En plus, cette
année, j'étais là il y a à peine quinze jours, avec dix copains du club "mouche".
Cette fois, le passage entre la Slovénie et la Croatie, après Trieste, se passe bien malgré la nouvelle règlementation qui interdit d'importer viandes, oeufs, fromages, lait et autre produit animal comme.... les plumes pour faire les mouches !! Nous en avons fait l'expérience, il y a environ trois semaines. Nous étions quatre voitures. Les trois premières sont passées sans encombre. La quatrième qui s'était arrétée malencontreusement deux ou trois mètres après le "stop", a été vidée de tout son contenu, avec confiscation de veau, vache, cochon et ...plumes de coq. C'était aussi la voiture qui transportait tous les pique-nique pour onze gais lurons qui ne chipotent pas sur la gamelle et la boisson qui l'arrose ! Et les trois autres voitures arrêtées à proximité pour les attendre, avec leurs occupants qui "bâdaient" le spectacle, sans trop frimer, d'être rappelées par la police, avec une autorité aux relents d'un passé pas si lointain, pour être fouillées et dévalisées à leur tour. Finalement, nous avons en quelque sorte négocié notre expulsion, et d'un demi-tour rageur (rage toute intérieure : ce n'était pas le moment de rouler des épaules ! ) ,nous retournions en Slovénie ou Nada, qui devait nous recevoir sur la Sava en fin de séjour, nous ouvrait ses portes dès le début.
Donc nous repassons par la même douane en camping-car, quelques jours plus tard. Avec nourriture, et plumes pour faire les mouches; c'était peut être un peu risqué. Eh bien nous sommes passés, mieux que, de nos jours, une lettre à la poste !
Je connais, avant la descente qui mène à la rivière, une petite source bien aménagée : un endroit sympa pour passer la nuit, et pour faire le plein d'eau potable.
Le matin, petit déjeuner tranquille. Première étape du séjour, la Kupa : j'en connais les coins, les recoins, et quelques ombres me reconnaissent ! Descente sur Brod Na Kupi, village frontière entre la Slovénie et la Croatie. Nous serons amenés à traverser souvent, d'un pays à l'autre, sans le moindre problème.
C'est au bistrot du coin que nous prenons le permis journalier à... 36€ ! Plus de 50% d'augmentation en un an ! Voilà de quoi déséquilibrer sérieusement nos prévisions de budget. Un
petit tour sur le pont suspendu pour voir comment se présente la rivière, et nous remontons sur quelques kilomètres.
Arrêt au niveau d'un pont où la traversée n'est autorisée qu'aux autochtones. Maintenant, il y a une barrière fermée à clé. Autrefois, il n'y avait qu'un panneau interdisant le passage. Ecrit en Croate. Déjà qu'en anglais nous avions du mal... Avec C..., nous étions passés en camping-car, ce qui n'avait pas fait rire du tout le douanier du poste suivant à qui nous avions eu la naîveté de lui raconter. Il nous avait fait le signe très expressif de deux poignets croisés, pour nous expliquer ce que nous avions risqué. Bon ! Cette fois, si on traverse, c'est à pied. Notre permis est valable des deux côtés de la rivière.
Les eaux sont claires mais assez fortes. Quelques fouettés sur une lande de gravier et nous ramenons des ombres pas très gros.
.
Le premier contact est très moyen. Nous reprenons un peu la route pour nous arrêter à " mon virage" ! La première fois que je suis venu, j'y ai
pris sept gros ombres de 40cm environ, et C... avait donné mon nom au coin !
J-P... pêche la lande du dessous : il fera un "carton", surtout en arrivant en amont, dans les "gorges" . Un bien grand mot pour un simple retraississement entre les roches. Je me
contente de trois ou quatre poissons
.
Ce sera pareil pendant tout le séjour : pendant que je bricole deux ou trois ombres dans mon coin, lui en cartonne une quinzaine. Je ne pense pas que ce soit une question de chance... ! Déjà, au
Canada, M... et J-P... m'ont mis de belles déculottées. A côté, je me sens un peu un bricoleur de la pêche à la mouche. Qu'importe : j'aime ! Le principal, c'est de se faire plaisir. Et en
plus rien à voir avec le fait que je marche de plus en plus difficilement dans les cailloux et que je parcours de moins en moins de rivière : J-P..., lui, se plante au fond d'un plat et
sort les poissons quasiment sans bouger de place ! Moi, je remonte le courant, écrasant le gravier de mes gros godillots. Godillots cloutés, qui plus est ! Je ne prends pas les truites en traître
: je m'annonce bruyamment. Dans les plats ou en fin de courant, ça agite le monde sous l'eau : je fais le vide autour de moi et je ne suis pas géné par les gobages ! Bon ! il faut que je révise
mes plans de bataille.
Nuit auprès du centre de loisir désafecté : une habitude, en cinq ans.
La seconde journée de pêche s'annonce belle.
Pour varier les plaisirs, décision est prise d'aller vers le haut de la Kupa, au dessus du second poste de douane qui ouvre sur un parc nationnal. Il n'est pas question d'aller plus haut, chez
Joseph. La route est certes goudronnée, mais très étroite et sinueuse, ravinée par endroit, et le camping-car, s'il est capable de descendre, aurait bien du mal à remonter. Mais il nous est
impossible d'obtenir le permis pour la partie en amont de la douane. Aux deux endroits où nous avons tenté notre chance, il nous a été répondu qu'il n'avaient plus de cartes ... Bon,
pourquoi pas ! Ca nous aura forcé à boire deux "pivo". Donc, retour en Slovénie (Taxe de 1,66€ pour passer la frontière ! ) où, à l'hotel Kovac on nous vend la licence journalière de pêche
pour...20€ ! 16€ de moins qu'à Brod Na Kupi pour la même rivière. L'excuse, c'est qu'en Croatie, on a aussi le droit de pêcher la petite Kupica.
Je suis J-P... qui choisit un fond de lame bien lisse. Il voit de l'ombre partout. Mes lunettes polarisantes ne doivent pas être aussi performantes que les siennes. A travers l'eau parfaitement limpide, le lit de gravier est pour moi totalement désert. Je me concentre... Je commence à repérer quelques poissons, souvent grace à leur ombre portée sur le sable ou les graviers. Grace à l'ombre de l'ombre, en quelque sorte ! C'est peut être de là qu'il tire son nom, ce poisson.
J-P... pêche. Un posé délicat de sa mouche au dessus de celui-ci : pendu ! Un posé au dessus de celui là : pendu.... J'admire ! Il s'éloigne. A moi de faire. J' en sors deux ou
trois, tous plus jolis les uns que les autres, de 35 à 40 cm
. Mais j'ai
toujours des fourmis dans les jambes, et j'ai du mal à limiter mes ballades. Il me semble que la petite veine d'eau, là-bas, à quelques mètres, sera meilleure. Pourtant, rester immobile est
payant : d'abord paniqués par le bruit fait en marchant sur le gravier, le poisson se remet en poste autour de soi. Patience. Moi qui me plains toujours de mes vieilles guiboles, c'est pourtant
un bon moyen de les économiser.
Nous pêchons à 50m l'un de l'autre, et nous prenons du poisson : un pour moi, cinq pour J-P...
Ce soir, campement près de la source, ce qui nous permet de refaire le plein d'eau
, après une
bonne douche bien chaude. Etude de l'itinéraire pour demain : direction la Serbie, à 700km plus loin. J'appréhende un peu : le camping-car donne certains signes de faiblesse au
démarrage. Il me faut tourner la clé plusieurs fois pour que le démareur réagisse ! En insistant, ça repart quand même : ne pas s'affoler ...
Il pleut toute la nuit. Et toute la journée aussi. Fort, très fort, parfois. L'autoroute, rectiligne, suit une plaine marécageuse. Les champs inondés ne nous laissent espérer rien de
bon. Le GPS nous envoit dans la banlieue de Belgrade. Triste : des immeubles les uns sur les autres
et en bas, sur les bords de la deux voies sans trottoirs, un imbroglio de petits commerces, avec un goût très marqué pour les casses de voitures. Que nous sommes loins des maisons pimpantes de la
Slovénie, et même de la Croatie ! Vers les montagnes les maisons et les villages sont mieux entretenus, mais c'est toujours sous la pluie que nous atteignons Bajina Basta, dans le parc
national de Tara, sur la Drina, à frontière Bosniaque.
La rivière sépare la Serbie de la Bosnie. Grand cours d'eau, sous le barrage de Pérucac. L'eau arrive au pied des arbres : vraisemblablement un à deux mètres de plus que la hauteur normale. Nous faisons un peu la gueule.
Pour le paysage, côté Serbie, petite ville de vacances, petites maison avec, au bord de la route, à même les champs, des petits cimetières d'une dizaine de tombes à peine.
Côté Bosnie, au loin, sur l'autre berge de la Drina, disséminées dans la forêt, à flanc de colline, des ruines. Tout est brûlé, explosé. Restes d'une guerre récente.
Nous stationnons pour la nuit sur une petite place, près d'une résurgence de trois cents mètres de long où sont postées des truites à touristes.
Il fait nuit, il pleut. Nous mangeons. Avant le coucher, J-P...sort prendre l'air et revient tout excité.. "Viens voir...". Entre deux arbres, sous la pluie fine, à la lumière des lampadaires,
deux pêcheurs au fouet essaient de tenter les truites de cirque ! J-P... monte rapidement sa ligne et sort un ou deux poissons. Il y a, au milieu des arc-en-ciel, un poisson d'un jaune violent.
Sont-ce des carpes japonaises ? "Mais non, mais non ! Ce sont de vraies truites. Tu vas voir..." Et sur une nymphe bien placée, il me sort cette bête venue de je ne sais qu'elle fête foraine
!
Arrêt sur nos excentricités, et direct sous la couette( il ne fait pas une chaleur étouffante, et ...il pleut toujours! )
La décision d'un repli stratégique vers la Croatie s'impose. Avant de partir, nous jetons un oeil sur la Drina. Le barrage a fermé ses vannes : l'eau a baissé d'un bon mètre. Dans un remous quelques poissons" marsouinnent". Je leur offre, l'une après l'autre, mes plus belles mouches. Ils dédaignent. Sur ce coup là, je les sens plus joueurs qu'affamés. Ce ne sont pas des truites, c'est sûr, mais c'est quoi...? Impossible à reconnaître. Tout ça, sur un fond sonnore qui nous vient de la berge bosniaque. Un haut-parleur inonde toute la vallée d'une mélodie aux accents mauresques. Provocation ? En tout cas, ce n'est pas fait pour endormir les passions !
Nous faisons une pose casse-croûte à l'embouchure d'un ruisseau sur la Drina. Un coin aménagé où une vingtaine de pêcheurs, accompagnés parfois de leur famille, mangent sous abri. Côte à côte, dans l'eau jusqu'aux cuisses, cinq ou six d'entr'eux jètent un gros bouchon dans le courant, raclent visiblement le fond, et recommencent. Ca me rappelle la pêche d'antan au barbeau. Nous ne voyons personne prendre un poisson : nous ne saurons pas ce que contient cette grande rivière .
Pluie, nuages bas .
Le cours d'eau que nous devions pêcher, vers Valgevo n'est qu'un torrent de boue.
Nous retrouvons l'autoroute, et la nuit est tombée quand nous atteignons la Croatie. Heureux de ne pas être dans l'autre sens, où nous comptons 60 km de bouchon après Zagreb. Et encore nous quittons l'autoroute pour Delnice : le bouchon doit arriver jusqu'à Split. Le Croate aime passer le week-end sur la côte, magnifique au demeurant. Retour auprès de "notre" source, à quelques kilomètres de la Kupa. Il ne pleut pas !
Ablutions et petit déjeuner et nous passons en Slovénie où nous prendrons notre permis à 20€ chez Kovac. La pluie serbe n'est pas arrivée jusqu'ici : les eaux ont baissé.
Je pêche les courants pour cinq beaux poissons et trois ou quatre" sifflets". J-P...fait sa vingtaine d'ombres : une habitude ! Même rapport pour l'après midi où, alors que je sors sept ombres de 35 à 40 cm, il en prend trois fois plus que moi, et sur les plats, en plus ! Moi, il me faut un peu de courant, ça permet quelques approximations dans le fouetté et dans le posé...
Le soir, nous nous offrons le repas chez Kovac. Bof ! Du décongelé style cantine amélioré ( à peine ) . Pas très cher, pas terrible ! Nous rêvons des cochons grillés au barbecue aperçus dans différents restaurants du bord des routes.
Pour varier, sinon de rivière ou de poisson, nous allons dérouler la soie en aval, nettement en dessous de Brod Na Kupi, côté slovène. Peu de coins sont accesssibles depuis la route
qui est séparée de la rivière par de nombreuses résidences secondaires ou des emplacements pour camper. Le Slovène aime visiblement le plein air. De par le nombre de bateaux qui dévalent le
week-end, je m'en étais déjà aperçu ! Nous arrêtons notre camping-car à quelques mètres de l'eau, à un endroit plutôt calme qui devrait convenir à J-P... Il traverse pour pêcher le gravier d'en
face et je reste sur la berge extérieure.
J'ai cinq ou six gobages devant moi. Un nid que j'exploite jusqu'au dernier des occupants. De beaux ombres de 40 ou plus. Serais-je devenu bon, tout à coup? En face, J-P... râle à cause des "sifflets" de 20 cm. Le coin, très en aval, doit être moins pêché, donc la "bête" est plus naïve. Tant mieux pour moi ! En remontant sur la berge, un gros chien râleur m'arrive dessus ... pour se faire carresser ! Le jeune couple de campeurs qui le suit m'invite à boire la "pivo". On se comprend peu, mais le geste est universel, et je me retrouve avec une bouteille à la main , et un chien qui ne veut plus me quitter. J-P..., est un peu dégoûté par ses "ombrets" : nous repartons vers l'amont. Où nous serons deux à prendre du petit ! Bon, ce n'était pas le jour de J-P... Ca change !
Pour le consoler, au menu ce sera foie gras aux vendanges tardives, accompagné de cèpes cueillis ce matin.
Je suis fatigué, et en plus, mon beau wader en toile, tout neuf, prend l'eau. J'ai passé la journée à suer tout le sel de mon corps dans mon vieux néoprène. Tant mieux pour mon hypertension.. Je couche mes jambes enflées et douloureuses pendant que J-P..., sonorisation nocturne branchée, rêve à des jours meilleurs...
Lever difficile. Pas la forme et état fébrile. Ca me rappelle un matin à Méquinenza. Mais tout passe dès que j'ai la canne à la main. Quelle formidable thérapie qu'est la pêche !
De toute la matinée, je sors deux ombres, pour au moins vingt poissons manqués ou décrochés Alors que J-P... fait sa quinzaine habituelle. L'après-midi, je recommence le même cirque, mais devant lui. Et je me fais engueuler! " Trop de soie dans l'eau, ta courbe est mal faite, ta mouche drague..." Je m'applique. Et le soir, côte à côte, pendant que je mets trois gros ombres hors de l'eau, J-P... ne touche que trois ou quatre sifflets. Tout fier, le papi !
Dodo à la fontaine de Delnice : plein d'eau et récurage des deux bestiaux ! Au menu, entr'autre, bananes flambées.
Le séjour sur la Kupa se termine et demain quelques tours de roues vont nous amener sur la Sava, à Bistrica. Une autre découverte pour J-P..
La rivière se pêche depuis Bled, jusqu'au lac Bohinjsko. Le parcours est divisé en trois parties, et il faut un permis journalier différent pour chacune. Et les prix varient d'environ ....40€ à 60 € !! Ici, ils ont tout compris ! On ne va pas y passer un mois ! Nous entrons, pourtant en pleine possession de nos moyens, dans le piège à pêcheur, où nous sommes délestés des 60€. Pour une fois, on ne se refuse rien. Il y a une douzaine d'années, on prenait de très belles farios et de gros ombres, à des prix infiniments plus raisonnables..
J'attaque la rivière au plus près, en amont de la partie choisie, juste sous le pont où passe la route. En mouche sèche. Deux lourdauds se mettent à l'eau près de moi et descendent la rivière en passant quasiment sous ma canne, écorchant la rivière de leur lourd streamer. Il semble que "ça" parle italien...Le séisme passé, je repère quelques " barres " , bien alignées en fond de courant. Je monte une nymphe et je pique aussitôt une grosse et grasse arc-en ciel mise là pour appâter le touriste naïf et bon pigeon que je suis! Et en plus, ça pue !!! Un égoût ! je pêche dans un égoût ! L'eau de Bistrica n'est même pas trairée et se jète directement dans la rivière. Payer 60€ pour pêcher une truite de cirque dans un égoût....
J-P... qui a commencé en aval, me rejoint : ce n'est pas l'enthousiasme !
Nous changeons de place. Trouver un coin accessible avec le camping-car n'est pas chose aisée. Surtout que nous sommes séparés de la rivière par une voie ferrée, et les passages en dessous sont beaucoup trop bas. Bien sûr, tout le monde se retrouve au coin le plus facile. Nous y sommes aussi, avec encore un pont, et en dessous, les grosses truites lachées font leur boulot d'aguicheuses à touristes.
Dans l'après-midi, je prends une quinzaine de poissons dans les courants, dont trois belles mollassonnes et quelques petites nerveuses. Il semble donc que certaines arc-en-ciel -- où sont les farios ? -- grandissent dans la rivière. Un moindre mal : ça donne des poissons combatifs.
Comme il n'y a pas de coup du soir, nous nous rabattons sur des cous de canards aux haricots verts, préparés par l'excellent " cuistologue " qu'est J-P...
Reste à tuer un jour de pêche. Et à prendre un autre permis ... Je ne pense pas revenir de sitôt dans cette région. Mais j'ai déjà dit la même chose... Je décide de trouver
un poste et de ne plus en bouger. Calmer mes ardeurs, arrêter de courrir.C'est encore en aval d'un autre pont que je me cale. Sous ma canne, un paquet de truites en " ringuette ",
prêtes à assumer leur rôle d'animatrices... Ce sont, bien sûr de belles arc-en-ciel. Dès le premier passage de ma mouche, j'en pique une. Plutôt vaillante, la petite ( de 40 cm quand même ) Et
j'en sortirai 13 identiques ! Seule difficulé : changer de mouche de temps en temps, pour les surprendre. Ma GGS, gros tas de cul de canard sur hameçon n° 12, fera merveille. J-P... qui pêche en
amont prendra une énormité de 70 ou 80 qui lui vaudra d'être photographié par un pêcheur envieux. Pendant qu'il tente sa chance sur un autre coup, je range et nettoie ( un peu ! ) le
camping-car pour le retour. Nous partons vers 17h par une petite route sinueuse mais fort agréable,
qui nous amènera en Italie, en passant par la vallée de Tolmin, où coule la fameuse Soca.
A minuit, nous nous arrêtons sur une aire d'autoroute d'où nous repartons à 3h sans avoir fermé l'oeil : il fait une chaleur moite et étouffante. Contact, et c'est reparti. Contact que nous n'utiliserons plus jusqu'à notre arrivée, puisque nous laissons tourner le moteur : à chaque arrêt, le camping-car nous fait la gueule et refuse de repartir à chaud.
Nous voulions passer par Gènes, et nous nous retrouvons à Turin. Il faut dire que je fais un piètre copilote. Je récupère profondément ma nuit blanche et c'est J-P... qui se tapera tout le trajet au volant. Arrivée en milieu d'après midi : il fait toujours aussi chaud.
Une semaine au sandre sur le lac de Mequinenza
9h30. Départ tranquille vers l'Espagne, avec B.... Nous avons décidé de lâcher les truites pour aller chatouiller le sandre. Où ? Tous les pêcheurs vous le diront : sur le lac de Méquinenza, en Espagne. La banlieue, pour nous, gens du Sud-- du midi moins le quart. Nous connaissons tous les deux ; nous y avons déjà fait un séjour, il y a fort longtemps, chacun de notre côté. B... à la poursuite des carpes, et moi, faisant les débuts au fouet derrière les black-bass. C'est un lac immense, tout en longueur. Cent kilomètres de long pour les modestes ( rares, parmi les pêcheurs ! ) et cent vingt pour ceux qui exagèrent ( c'est ce que nous dirons ! ) C'est la mer d'Aragon, à droite de Lérida, en "descendant" sur la carte. Un immense réservoir d'eau destinée à transformer la caillasse en terrain à vergers, et aussi accessoirement à la pêche. Il va falloir se coltiner 500km en passant par le val d'Aran, pour terminer au camping de Caspe. A cette saison (avril), les seuls clients sont des pêcheurs. Avec des barques partout, du petit canot de 2,8m , au puissant "Nitro", la bête des lacs. Ce n'est pas en vendant le poisson que le propriétaire d'un tel engin pourra se rembourser de ce qu'il lui a coûté ! Mais quand on aime...(et qu'on a des sous !). Nous, nous avons loué une barque en aluminium de 4,3m, avec un moteur de 10cv. Plus modeste, mais suffisant pour se faire plaisir. Nous aurions pu mettre une de nos barques au cul du camping-car. Mais quand on connaît la galère que c'est pour pouvoir l'utiliser là-bas... Immatriculation spécifique au lac, avec taxe à renouveler tous les ans. Si je ne suis pas bon en Anglais, en Espagol ce n'est guère mieux. Alors les administrations du pays, au téléphone, ou même par e-mail...
Passé le rituel des courses au super-marché juste après la frontière - spécialisé dans la vente par cartons entiers d'une anisette très appréciée en France - nous arrivons dans l'hotel-restaurant qui nous héberge habituellement quand nous allons passer un week-end en bande organisée à piquer les truites de la Garonne. Et B... voudrait savoir si les cailles à la "plancha" sont toujours aussi bonnes. Ca tombe bien,c'est l'heure !
Le repas était bon, la patronne toujours aussi accueillante. Espérons que la guardia civil n'aura pas des ballons à gonfler... Je laisse élégamment le volant à B... pendant que moi, j'incline le dossier de mon siège... Repos et béatitude... Je me réveille pour voir la dite guardia civil qui nous double dans sa belle voiture aux guirlandes bleus qui clignotent sur le toit. Bizarre comme ils ralentissent après nous avoir doublé. B... les avait vus, un peu avant, attendant le chaland au bord de la route. Moi, aux trois quarts couché, j'en profite pour mettre la ceinture. "Tellement j'étais pressé de ronfler que je l'avais oubliée" dirait.... Et quelques kilomètres plus loin, voici à nouveau nos deux guardias, plus militaires que civils dans le comportement et surtout dans le geste de l'un d'eux, ne laissant aucun doute sur ce qu'ils nous commandent... On s'arrête. Papiers et explications dont il ressort que, précédemment, je dormais certes, mais non ficelé sur mon siège. "Mais maintenant je suis attaché...". "Ok. Vous pouvez contester, mais vous laissez votre véhicule ici." Je nous vois, tous les deux, faisant du stop pour aller sonner au premier avocat que nous trouverions, et lui expliquer... Et la cagnotte que nous venions à peine de créer, d'être délestée de 105€. Nous savons maintenant qu'en Espagne, une ceinture non bouclée coûte bien plus que deux repas ! Chaque fois que vous la mettrez, vous pouvez vous offrir un restau : c'est ce que vous aurez gagné! Et nous continuons de rouler. Nous ne sommes pas sur une autoroute, et c'est un peu longuet : nous arrivons vers 19h. Emplacement réservé, récupération du permis de pêche de l'Aragon, la barque pour demain : tout est prêt. Merci Internet !
Et comme d'habitude, B... au fourneau, et moi à la plonge. Repas et au lit.
Nous récupérons la barque - tient, c'est la même que la mienne, mais avec console et démarrage électrique
: le luxe, quoi ! Je prends le volant, et à l'avant, B... s'occupe du moteur électrique.
Petit problème : l'embarcadère est éloigné de notre
emplacement. Il faudra prendre le camping-car chaque jour pour trimbaler le matos : cannes, sac à leurres, batterie, moteur élctrique. Sans oublier le casse-croûte de midi. Nous avons aussi
apporté un écho-sondeur qui s'avèrera très utile pour déterminer le fond. Ainsi paré, nous pouvons attaquer ! Pour commencer, nous suivons les conseils d'un ami, habitué des lieux et allons au
premier coin marqué d'une croix sur la carte.
Premiers coups de ligne sous une falaise, dans les "casses", éboulis de gros blocs de pierre.
J'ai droit à deux décrochages : pas encourageant, pour un début ! Nous essayons un tas de leurres dont je ne me souviendrai jamais du nom. B..., pour ça, est une vraie encyclopédie. Encore heureux, c'est son boulot ! Au poisson manié, dans les cailloux, sur le sable, en profondeur, sur les "plages"; pêche intensive, avec un seul petit arrêt à midi pour manger. Sous un soleil de plomb. Je vois B... prendre des couleurs. Ce doit être pareil pour moi, et la crème de protection est restée au camion.
Au milieu de la journée, au "plastique", je prends coup sur coup deux belles perches. Un poisson
nouveau venu dans ce lac.
B... fait trois sandres. Nous en mangerons un. Pas de chance pour lui. Les autres, nous les remettons à l'eau. Nous ne
sommes pas à la mode du pays : ici, les pêcheurs viennent souvent avec leur congélateur, qu'ils remplissent, prenant tout, de toutes les tailles. On comprend pourquoi il y a de moins en
moins de gros sandres.
Nous retrouvons le camping-car vers 19h, crevés par l'air, le soleil, la réverbération. Pourquoi, une journée en barque est-t-elle souvent plus fatigante qu'une
journée à courir le long d'un ruisseau ? Nous serons vite au lit. Après la douche, le petit apéro ( j'en entend d'ici qui disent : "pourquoi petit..." ? ) et le repas.
La journée n'a pas été terrible. Nous sentons que nous ne sommes pas encore au point. Et si les perches sont belles, les sandres, par contre, sont petits
Le lendemain, départ vers 9h30. Notre barque de location nous attend, solitaire à son ancrage. Tout le monde est déjà sur l'eau, et
depuis longtemps pour certains. " Nous ne sommes pas ici pour nous faire du mal" dirait B... Et dans le camping-car, nous dormons comme des bébés bien sages. Nous ne pleurons jamais de
toute la nuit : le biberon, nous l'avons pris avant de nous coucher !
Le remplissage de la barque est toujours une corvée. Surtout pour B... qui, pour soulager mes jambes branlantes et douloureuses, se chargera comme un mulet, me laissant le soin de porter le jeu de cannes.
Sur toute la journée, B... varie les prises. Dans le classique, il sortira quatres sandres, jamais très gros. Ayant réussi à attraper une petite ablette, il la laissera tomber sur la tête d'une carpe.
6 ou 7 kg à peine, mais sur une tresse de 10/100ième, il faut quand même être prudent.
Et ça recommence sur un banc de sable, par 3 ou 4m de fond ! Cette fois, c'est avec un leurre en plastique muni d'un gros
plomb "sabot" qu'il tente d'assommer la bête. Et quelle bête ! Lourde, pas nerveuse, collée au fond. Mais pleine de compréhension et, ma foi, très coopérative. Elle se contente de se ballader
d'un côté à l'autre de la barque. Il faut quand même un petit quart d'heure pour en venir à bout, toujours sur la tresse de 10/100ième. Un silure d'environ 1,5m
On ne compte pas le nombre de décrochages, surtout au poisson manié. Quant à moi, je reste dans le traditionnel de Mequinenza : 4 sandres
Il fait un soleil de plomb et la crème solaire ne nous empêche pas de rentrer avec un lumignon à la place du pif.
Nous avons appris une chose : la sandre, en ce moment, se tient davantage sur les "plages", par 7 à 8m de fond que dans les rochers. Bien qu'ayant déja frayé, il n'a pas encore rejoint les grandes profondeurs, où on ne prend
que quelques "sandrillons" de 30cm.
Nous sommes encore les premiers au port . Décidément, nous ne devons pas passer pour des acharnés . Mais qu'elle est bonne, cette bière espagnole, après une journée passée sous le cagnard !
A 10h je couche mes jambes lourdes et enflées qui vont me faire souffrir toute la nuit. Demain sera un autre jour...
Un autre jour qui ne commence pas trop tôt : des fois que nous ne serions pas les derniers à partir ! Pas terriblement en forme, le vieux. Transpiration matinale, frissons, un peu dans du coton. Ca sent les lendemains d'un coup de soleil. Et peut-être d'un coup d'apéro... Quand on s'abstient de prendre des boissons alcoolisées pendant un certain temps, gare à la reprise ! Faut donc pas trop s'abstenir... Mais le temps est frais, le soleil voilé, la température idéale : on va se régaler.
Sauf que les sandres ne sont pas du même avis. La matinée est nulle. Rien de rien, ni au plastique", ni au manié. nous nous arrêtons au fond d'une crique pour manger. Notre arrivée provoque l'affolement des carpes qui sont là, sur la vase, toute occupées à convoler. Il y en a des quantités. Quand tout se calme, à la surface de l'eau trouble, on voit passer une multitude de petits poissons : des ablettes. Je sors ma petite canne et sur un hameçon de 20 j'en prends quelques unes. Pas grosses : 7 ou 8cm, et pas faciles à piquer.
Et c'est à l'ablette, plus ou moins morte - le vif est interdit paraît-il - qu'entre les nombreux décrochages et autres "coup de nez" je sors 7 sandres, jamais très gros ( 50, 55cm). B... , à part quelques touches, rentre ... bredouille! Ca me rapelle un autre jour, en Alaska, où, de rage, il aurait bien assommé un saumon avec son moulinet pour pouvoir en rentrer un ! Et nous allons boire une bière à Mequinenza où nous achetons des asticots - beaucoup trop gros pour ces petites ablettes.
Douche, repas et dodo. Classique...
Et le matin suivant, remplissage de la barque. B...devant, chargé comme une mule, prenant soin de la santé de son vieux compagnon, et moi suivant, porteur des cannes. Merci, B...!
Il tombe quelques gouttes : un bon temps pour la pêche .B... prend quatre sandres : un avec une salamandre en plastique, et les autres avec des ablettes .
Moi, je me contente de deux poissons. C'est pour corriger le déséquilibre d'hier ! Petite journée, sans rien de marquant.
Impossible d'émerger avant 8h30 ! Incroyable ce que l'on dort dans ce camping-car ! Nous sommes toujours les derniers à prendre le large, et nous allons directement à "notre" coin
d'ablettes. Rien avant midi, malgré la pâte que nous leur offrons. Patience : mangeons et nous verrons bien après. Il semble que nous soyons meilleurs avec le ventre plein puisque nous
réussissons à en prendre quelques unes ! Grâce à elles, B...ajoute 11 sandres et 1 perche au tableau.
Moi, 7 sandres et trois perches.
Vingt et un poissons sur la journée. Le record de la semaine.
Excellents ces filets de perche ! Quant aux sandres, on attendra qu'ils grossissent avant de les manger. Même si nous en entendons parler au camping, les prises de 70 ou 80cm sont rares.
Décevant. Avec tous les pêcheurs qui viennent remplir le congélateur amené pour l'occasion, les grosses pièces se font rares dans le coin. Il faudra bien mettre un jour une limite à tout cela...
Dès 9h ( ! ) nous fonçons vers notre coin. Nous avons maintenant nos habitudes. D 'ailleurs, c'est toujours sur les mêmes postes que sont les barques. Le sandre a ses
petits coins, ses lieux de réunions ! Trente minutes plein pot et nous arrivons sur nos ablettes. Enfin, en théorie, car aujourd'hui c'est le fiasco complet. Si le sandre est casanier, les
ablettes sont balladeuses. Reste les leurres. Mais les trois ou quatre postes repérés ne donnent rien. Encore une fois, il faut attendre l'après-midi pour pouvoir piquer une douzaine de ces
sardines d'eau douce.
Pas terrible.
Elles seront vite épuisées. A la seconde tentative, j'aborde en faisant un tel "bordel" ( dixit B...) avec la barque et le moteur, qu'elles disparaissent toutes. Sur le coup, B...
me fait un peu la gueule ! En cherchent bien, au fond des anses où l'eau est la plus chaude, nous en ferons quelques autres, mais le temps passe vite. Nous terminons la soirée sur le meilleur
endroit que nous ayons repéré sur la semaine, et où nous avons toujours été seuls.
Pour plus de rapidité, je monte mon bas de ligne directement sur la tresse de 10/100ième, sans émérillon. Résultat, je casse deux fois au ferrage : le fil nylon de 24/100ième cisaille la tresse au noeud. "T'as qu'à savoir faire les noeuds..." me dit B..., pas content de constater que ses leçons n'ont servi à rien ! Surtout qu'en plus, je mets en cause le matériel qu'il me vend !
Enfin une bête un peu plus grosse que les autres : je sors un sandre de 61 cm ( mesuré ). C'est sans doute le plus gros de la semaine
Je le remonte en "pompant", comme si c'était - ce que je pense tout d'abord - un petit silure. Aucune défense. Décidemment, le sandre ne sera pas mon poisson préféré - sauf sur la table !
On garde trois belles perches qui, elles se bagarrent avec puissance et nervosité. Si je reviens à Mequinenza, ce sont elles que je rechercherai.
Dernier jour : c'est le départ. C'est court, une semaine, voyage compris. Retour vers la France, en passant encore par le Val d'Aran. Sans mauvaise rencontre avec la Guardia Civil. Mais avec un bon repas dans le restaurant voisin du précédent. On peut comparer : c'est mieux, plus sympa et moins cher. Avis aux copains...
En conclusion :
Pêche moyenne de 7 à 8 poissons par jour ( sauf le fameux jour à 21 ) en comptant tout, petits et gros.
Dans l'ensemble, le sandre est petit et maigre : rarement plus de 60cm. Par contre, les perches sont belles et vigoureuses : il serait interressant de les traquer en particulier.
Le camping est bien, propre, avec sa petite épicerie et sa bonne bière.
Les barques louées sont à fond plat, en aluminium, avec un moteur suffisant de 10cv. (4 temps obligatoire )
Le prix ? 170 € pour l'emplacement du camping-car, l'électricité et deux adultes.
420 € pour 6 jours de barque avec 30 l d'essence qui nous ont suffit pour la semaine.
C'est ce dernier point qui plombe la semaine, mais venir avec sa propre barque nécessite de la faire immatriculer spécialement pour ce lac et de payer une taxe tous les ans.
Reste plus qu'à attendre la prochaine ballade. Je pense que ça ne va pas trainer...
Colombie Britanique. Autre état, autre permis : 58 CAD pour la licence annuelle de l'état, plus 21 CAD par jour pour la rivière. Pas donné, mais nettement moins cher qu'en
Slovénie.
A Sparwood, nous partons vers le sud, vers Fernie. J-P... et M... sont des amateurs de grandes rivières, avec de grands plats. Là où les truites sont les plus grosses et les plus
difficiles. Là où la truite ne devient intéressante qu'à partir de 50 cm ! Normal : pas besoin de faire autant de kilomètres pour prendre des "gwelles" : nous en avons chez nous.
Première impression : le long de la Elk River, les accès autorisés sont nombreux. Fini le fil de fer barbelé et plus rares les panneaux "no trepassing", "no enter".... C'est une très
belle rivière, à l'eau parfaitement claire, courant sur des galets sans la moindre mousse. Une rivière comme on les aime.
Arrêt au premier parking, au-dessus du côté extérieur d'un large virage où un enrochement soutien la talus de la route. Le coin, avec ses gros rochers me semble être un parcours bien
difficile pour mes vielles guiboles et mon équilibre incertain...
Je choisis l'aval
En cette fin de saison, dans un endroit aussi facilement accessible, les truites doivent avoir des mouches plein la gueule. J-P... et M...n'en ont cure : si elles sont là, ils les
prendront. Quant à moi,je coupe à travers champs et bois et j'arrive au bord de l'eau...après avoir parcouru trois fois plus de chemin que si j'avais suivi la rive ! Je pêche la bordure
d'un grand courant régulier pour attraper quatre jolies cutthroats, pendant que J-P... et M... en font trois ou quatre ...douzaines ! C'est à peine si j'exagère. J-P..., voulant me prouver que là
où j'étais il y a aussi du poisson, m'oblige ( ! ) à redescendre avec lui et joue les guides : "ta soie par-ci, ta mouche par là..." Le meilleur truc pour que je ne fasse que des "cagades". (les
gens du midi me comprendront ! ) . Heureusement, deux canoëts aux rameurs emmélés dans leurs pagaies me sauvent en venant se balader sous nos cannes. Et en pêchant, je consolide ma réputation de
dragueur. ( rien à voir avec la nénette du bâteau, dailleurs bien encadrée...) Avec les reflets du soleil et ma vue faiblissante, malgré les lunettes, j'ai beaucoup de mal à voir ma mouche. De là
à savoir si elle tire sur le fil... Pas grave : le plaisir n'en est que plus grand quand j'en prends une ! Et J-P... qui lui, les fait naître ! Je lui tourne le dos pour ne pas voir !
je prendrai quand même cinq autres poissons, dans un autre enrochement, le long de la route. J-P... en sortira une dizaine, plus haut ; et M..., en face de moi en fera deux.
L'avantage de la pêche en no-kill c'est que, même dans les endroits proches de la route, où tout le monde pêche, les truites sont toujours là. Plus craintives et un peu plus délicates quant au
choix de leur menu : la réussite n'en est que plus grande !
Un peu plus loin, toujours au bord de la route, pendant que j'enfile mon armure couleur "cuisses de grnouille",J-P... et M... qui sont descendus voir la rivière, remontent tout
exaltés : ça gobe partout, là, sous nos pieds ! Encadré par mes deux copains, je suis installé devant tous ces ronds sur l'eau. J'ai les truites sous ma canne, en train de se gaver de je ne
sais quoi, en bordure d'un courant. Bien sûr mes premières mouches passent au-dessus d'elles sans intéresser qui que ce soit. Pourtant, c'est tout près, sans reflet et je vois bien ma mouche. Je
l'assure : je ne drague pas ! Quelle déception, quelle frustration, quand vous voyez votre imitation descendre, encadrée de gobages, refusée systématiquement, avec le plus grand des
dédains, par un tas de bestioles en folie ! Dans ces moments là, le plus dur est de garder son calme... "Change de mouche, varie le menu. Attention, prend ton temps, fais bien ton noeud pour ne
pas que la première que tu auras la chance d'intéresser, ne se débine, mouche au bec." Quelle rage quand on ne voit revenir qu' un tortillon au bout de son bas de ligne ! J'essaierai tout,
et même un des fagots type "feu d'artifice" muni de pattes que j'ai acheté dans le pays !
Finalement, c'est avec une émergente en c-d-c , avec un gros sac
alaire - un sac à dos, comme je l'appelle - montée sur un hameçon de 16, que j'en srs une dizaine M... et J-P..., dont une seule dépassera les 40 cm. M...et J-P... en feront peu, en amont.
Encadré, observé, conseillé, je prends, sous mon nez, avec trois mètres de soie, deux belles cutthroads. Pour la troisième, ayant pris de l'assurance, je tire comme un malade pour remonter plus vite et en attraper vite une autre. Mon 16/10ième ne résiste pas ! Il fait nuit. Je prends une gamelle dans les galets - il y en aura d'autres - et nous rentrons. A J-P... la corvée du repas tout en sirotant le whisky du pays. Les M&M feront la plonge. Que les puristes nous jettent un tombereau de pierres, mais nous ne pouvons pas résister à l'envie de manger deux poissons de l'Elk River !
Et dodo.
Réveil après avoir été bercé par les très longs trains qui traversent les rocheuses.
Il faut bien qu'un jour nous pensions à rentrer... C'est le nez du camping-car tourné vers Calgary que nous reprenons la route. Arrêt rapide sur la Michel River où les M&M ne
peuvent passer sans immortaliser le moment.
C'est un torrent qui ne vaut pas la peine de sortir les cannes. D'ailleurs, la personne qui nous vendait les permis, à Fernie, ne nous a-t-elle pas dit que, pêcher la Michel River,
c'était courir d'un trou à l'autre, où se sont réfugiées toutes les truites à cause du manque d'eau, et qu'il suffisait de poser n'importe quelle mouche, n'importe comment, pour les prendre
toutes, les unes après les autres. Donc, aucun intérêt. Que c'est compliqué à comprendre, des pêcheurs !
Nous revenons par la Crowsnest Pass où la vue de quelques fouetteurs sur un lac nous arrête. Il y a toujours autant de vent dans ce passage, ce qui ne facilite pas le lancer du
streamer. J'essaie tout, notamment les bestioles artificielles aux mille couleurs, que j'ai achetées, il y a quelques jours. Rien. Les pêcheurs présents plient leur matos : c'était un jour de
concours. A côté, nous avons une voie ferrée - encore ! - et réunis, les kilomètres de train de la Canadian Pacificific et de l'Union Pacific.
Et dans la démesure, il n'y a pas que les trains, il
y a des camions aussi
Cap vers le Nord, par la Foresty Trunk Road. Maintenant, je sais où ils vont chercher les milions de piquets qui clôturent la plaine. Nous sommes dans des sapins, dominés par des sommets dénudés. Les deux ou trois rivières rencontrées sont petites, avec peu d'eau courant entre de gros galets.. Après avoir tourné vers l'Est, nous retrouvons une petite connaissance : la Old Man River. Au premier trou, nous jetons un oeuil. Entre deux violentes rafales de vent, à travers l'eau cristalline, deux ombres se dessinent. Deux monstres de près d'un mètre de long ! Deux bulltrouts. J-P... , on ne le tient plus ! Le voilà aussitôt dans la rivière, avec un gros srteamer noir, puis une grosse nymphe, puis une...cuillère !
Nous, de sur le rocher, on guide son tir ! Une cuillère ! Au bout d'une canne à mouche ! Il est vraiment temps de rentrer. C'est quand même la seule chose qui en fera bouger une.. Même M..., du haut de son rocher, leur fait sautiller un nymphe devant leur nez. Heureusement que nous n'avons pas d'asticots : ils seraient capable de mettre un bouchon toulousain
J'ai l'impression de voir deux gamins à la kermesse de l'école !
Enfin, un coin pour garer le camion près de la Old Man. Nous y passerons la nuit, malgré les panneaux qui ont réapparus. Nous pêchons avant le repas du soir, et j'ai droit au seul contrôle du
séjour. Le garde, grand et habillé comme à la parade me demande le permis, le consulte et se saisit de ma mouche qu'il osculte en levant le nez
au ciel. " no barbeless " . Bof...! Je ne comprends pas." Two hundred dollars ". Je ne veux toujours pas comprendre, mais je frime moins . Il m'arrache une autre mouche du gilet : "
200 dollars "... A la toisième mouche, il sort la pince et me montre comment il faut faire pour écraser l'ardillon de l'hameçon. Je prends l'air le plus ahuri possible - je sais : ça ne
m'est pas dificile ! - et... ça le fait rire ! Ouf, c'est gagné . Il repart et nous laisse un bouquin sur le pare-brise du camping-car, avec toute la législation. Nous l'avions déjà. Longtemps il
racontera à ses petits enfants qu'une fois, il a contrôlé un français, et qu'il peut affirmer que ce ne sont pas des gens bien fûtés, Mais pas méchants !
Whisky, repas, vaisselle et au lit. La nuit sera froide : il gèlera. A propos de whyski, le canadien doit être bon. Mes deux compères qui, en bons enfants du midi ne juraient que par
une fameuse boisson anisée, s'y sont parfaitement adaptés !
La journée s'annonce belle. Deux pêcheurs s'habillent près de nous et nous demandent de choisir : aval ou amont ? Nous partons vers l'aval.J-P... et M...ont de bonnes jambes et s'en
vont, sur la plaine, dans le lointain... Partant du camping-car, je descend lentement, essayant de repérer les gobages. Il me faut arriver à un trou au soleil pour voir le premier. Je prends
trois belles cutthroads et une autre ma casse.
Trop négligeant pour refaire les noeuds après plusieurs prises. Rejoins par les deux copains, nous remontons au camion pour manger. J'en profite pour m'étaler de tout mon long ( ça ne fait
pas si long que ça ! ) dans les galets. Mon épaule gaucha, déglinguée lors d'un précédent voyage au Maroc, m'en tiendra rigueur jusqu'à ce que j'aille la faire chouchouter par un chirurgien !
L'après midi, pendant que J-P... et M... restent sur des plats à se batailler en vain au milieu d'un paquet de gobages, je redecends vers "mon" trou. Et j'ai la riche idée de
couper par la prairie . Après moults détours en longeant les barbelets pour trouver un passage, j'arrive à mon coin en ayant parcouru trois fois plus chemin que si j'avais suivi la rivière ! J'ai
le même problème que les copains : ça mouche, mais ça ne prend pas. Je crois avoir trouvé la solution quand j'en prends une avec une fourmi.
Mais sans doute, c'est la seule mentalement retardée. Les autres continuent à bouder mes appâts.
Ca ne nous empêchera pas de bien manger et de bien dormir.
Le matin, nous retrouvons une route de montagne. Une bonne et vraie route qui tourne ! Enfin, un peu. Ce n'est pas la Corse, ici ! Passage par la station de ski de Kananaski et
arrivée sur la Bow Valley, à l'Ouest de Calgary.
Nous trouvons une vallée industrialisée, avec plusieurs retenues. C'est une grande rivière, avec un courant uniforme. Arrêt à la station de ski de Canmore pour faire des courses. Ca
ne respire pas la misère ! D'ailleurs, les prix au super marché ne laissent aucun doute sur la fortune des clients. Nous faisons une tentative de pêche, dans un camping, près du cours d'eau. Pour
moi : un gobage, une truite fario... de 25cm ! Ca fait bizzare : on se croirait chez nous ! Pour M... un gobage : une casse. Pour J-P...: rien. Après avoir bien cherché, nous trouvons un
coin pour la nuit. Prés d'une voie ferrée : une habitude !
Cete fois, c'est bien le dernier jour. Vu du pont, il y a bien trois ou quatre gobages matinaux. Des truites qui prennent leur petit déjeuner dans un endroit totalement sécurisé,
inaccessible depuis la berge. D'ailleurs, la berge elle-même est inccessible. La Kananaski qui se jète dans la Bow, doit être belle, plus haut. Mais comment l'atteindre ? Finalement, en
descendant vers Calgary, nous trouvons un parking près de la rivière. C'est l'après midi. Les hommes travaillent, les nénettes promènent leur toutou. c'est un parc à chiens, bien clôturé au bord
de la rivière. A l'entrée, un sac avec des toutounettes et un panneau : à partir d'ici vous pouvez promener votre chien en toute liberté. Et même si la voiture n'est qu'à cinq mètres de la porte,
on met la laisse pour sortir de l'auto, et on l'enlève à l'entrée du terrain vague. Car c'est bien d'un terrain vague dont il s'agit, avec sentiers tracés dans les herbes sèches. Et dans le
terrain vague,en pleine campagne, au bord de la rivière, on ramasse les crottes du chienchien. Dommage pour les herbes : on leur enlève l'engrais de la racine ! Moi, je ne pêche pas. Rangés, mes
waders. Ce qui oblige M... à me porter sur son dos pour traverser un gué.
Rien, les eaux sont pourtant belles. Mauvais moment,
ou pas de truites ? Nous ne le saurons jamais.
Il faut faire le plein, vider les eaux usées, laver le camion. Il y a plein de stations pour ça. On passe sur le site des J-O et c'est l'heure de trouver le dernier dortoir : une
zone industrielle près du loueur à qui il faut rendre le campig-car à 10h. Dernière péripécie : on se fera vider à 5h du matin. Nous sommes sur le parking d'une boîte qui embauche tôt.
Et nous voilà sur le vol du retour. Sept heures à somnoler jusqu'à Frankfort. Arrêt "mousse" et Frankfort-Toulouse. Récupération des bagages, à l'exception de toutes les cannes. Une
habitude nous dit J-P. La voiture est toujours sur le parking, en état. Pas forcée, rien n'a été volé. Il ne manque que du jus dans la batterie ! Deux minutes avec le booster d'un
garagiste et 50€ plus tard nous sommes sur les routes de France.
Nous récupèrerons les cannes seulement 15 jours et 20 coups de téléphone plus tard. La compagnie aérienne qui avait égaré le colis l'avait confié à un transporteur qui lui, l'avait
perdu !
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